‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 26 sur 65 · HN IT · texte numérisé non relu

HN IT

(SRHEW ITS 1 CD) ON MILTe (5) HWAIL'51.

contagion de l’héroïsme, par le charme d’une tendresse à la fois passionnée et délicate, presque féminine.

Séparé du guide de sa jeunesse qui fut, pour lui, un ami paternel, Hyperion éprouve les angoisses d’une profonde solitude morale, el, comme pour fuir cette mélancolie, il quitte son île natale et se dirige vers Smyrne. Il vit seul, car les accents passionnés de son cœur restent sans écho dans la société qui l'environne, incapable d'enthousiasme et d'émotion profonde. Il se sent épuisé par cette existence vide el languissante et « ses jours semblent à jamais flétris » (1) lorsque Alabanda entre dans sa vie.

C'est tout d’abord la beauté physique d’Alabanda qui éveille la sympathie d'Hyperion. Sans oser lui adresser la parole, Hvperion éprouve une joie profonde à le voir passer sous les grands arbres, « beau comme un jeune Titan dans un peuple de nains » (2). Il l'attend aux portes de Smyrne pour contempler son visage pur et bronzé de médaille romaine, et, dit-il, « c’est un instant délicieux « que celui où cet homme plonge avee une calme fierté « son regard dans le mien, tandis que, rougissant tous « les deux, nous passons l’un près de l’autre » (3). Hyperion se sent irrésistiblement attiré par la souple et vigoureuse stature d’Alabanda, par la noblesse morale empreinte sur ses traits, par la flamme de ses yeux sombres. « Sa « haute taille », dit-il, « témoigne de sa force » (4) et il tressaille « au timbre héroïque de sa voix » (6). Une confiante et fraternelle tendresse s'éveille aussitôt dans son cœur pour celui qu'il nommera désormais « le radieux jeune homme », son « héros bien-aimé » (6).

(44 à o PAL PP PSE 25 Æ W:, IE 33.

(G) H. W., Il, 34.

(4) HW, Ir, 35:

(SY HW, IF, 34:

(6) Der herrliche Jüngling, H. W., IT, 34.

Ainsi, Hyperion est vivement impressionné par les charmes physiques d’Alabanda et il les décrit avec complaisance, tandis qu'il évoquera à peine la silhouette de Diotima, enveloppe vaporeuse et fragile de l'âme vers laquelle il aspire.

Cet élément grec*de l'attrait physique dans l'amitié donne au sentiment qui unit Hyperion et Alabanda un caractère passionné, étranger à lFamour du héros pour Diotima.

Poussés l'un vers l’autre par une obscure fatalité, ils devaient nécessairement se rencontrer « tels deux torrents « qui descendent de la montagne, rejettent la terre, les « pierres, le bois qui entravent leurs cours pour se frayer « un chemin l’un vers l’autre » (1) et se confondent en un fleuve majestueux qui roule vers la mer. Hyperion croit avoir rencontré l'être unique au monde qui soit capable de sympathiser avec ses plus intimes pensées. Il se détache du reste de la terre pour vivre dans la sphère mi-réelle, mi-utopique de celte amitié.

Aussi, lorsqu'il se sépare d’Alabanda, il croit avoir perdu tout le contenu de sa vie qui lui paraît inconsistante et vide. « C'est grâce à toi», s'écrie-t-il, « que j'étais encore « debout ! tu étais le dernier espoir de ma jeunesse » (2). Puis, quand après un long silence, son ami l'appelle au combat, il s'élève, en son cœur, un hymne de joicset d'enthousiasme qui couvre, un instant, les accents plus timides de l'amour : « Je ne serai point spectateur », dit-il, « là où il faut agir, je ne me contenterai point «€ d'aller aux nouvelles, lorsque c’est Alabanda qui bran- « dit le laurier » (3).

Comme toute passion, le sentiment d'Hyperion pour Alabanda est ombrageux, inquiet, et, les scènes de jalou-

(LA NESTES 86 (2) H. W., IL, 60.

Page 1