‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 28 sur 65 · H. W., IL 143 (4) H. W., IL · texte numérisé non relu

H. W., IL 143 (4) H. W., IL

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Hyperion, lui aussi, semble détaché du monde, isolé et dépaysé parmi les hommes, mais il garde au fond de son cœur, une suprême consolation, l'espoir de rencontrer un jour l'âme qui s’harmonisera avec la sienne (1).

Ils s’absorbent, tous les deux, dans la lecture de Platon, et, dans cette philosophie, ils découvrent, avec enthousiasme, le monde de leurs rêves (2). H semble alors que l'union de leurs âmes dans la pure intellectualité d’un idéal qui ne périra jamais, élève leur amitié au-dessus des limites du temps et lui confère un caractère éternel.

L'élément essentiel de l'amitié d'Hyperion et d’Alabanda, c'est l'admiration d'Ilyperion pour une nature plus vigoureuse qui l'éveille de son beau rêve de Kalaurée et qui l'entraîne vers la vie active comme les chevaliers aux brillantes armures arrachèrent Parzival aux contemplations de Soltane.

L'héroïsme d'Alabanda éveille les somnolentes énergies d'Hyperion, incapable de grandes intiatives personnelles, mais épris, lui aussi, de dévouement patriotique et prèt à suivre, jusqu'au sacrifice de soi-même, ceux qui osent les premiers pas. Leur entente semble reposer sur leur nostalgie commune d'un monde idéal qui n’est plus et qu'ils désirent, de tout cœur, faire revivre dans la société moderne. Leur patriotisme se révolte au spectacle de la Grèce asservie, accablée par une domination despotique, el ils jurent de la ranimer, de lui rendre sa splendeur première ou de périr eux-mêmes, Enthousiasmés par cette vision d'avenir, ils voudraient anéantir tout ce qui est, effacer jusqu'aux moindres traces de l’ancienne organisalion, afin d'édifier une vie nouvelle sur un sol purifié.

«O, mon frère d'armes bien-aimé ! », s'écrie Alabanda,

(LH WW ILSS6:

Co « maintenant [que je te connais] je possède cent bras!» (x).

Et il demande à Hyperion « de lui tendre la torche dont la flamme doit brûler les mauvaises herbes qui envahissent la lande » (2).

Telle est l’ardeur démesurée qui succède, sous l'influence d'Alabanda, au quiétisme philosphique présenté, dans les premières lettres, comme le but final de l'éducation d'Hyperion. Et Hôlderlin semble se souvenir ici de l'action qu'exercèrent, sur sa propre jeunesse, des camarades tels que Hegel et Schelling.

« Le printemps des peuples reviendra », dit Hyperion, « lorsque l'enthousiasme, comme une pluie bienfaisante, « ranimera les cœurs, lorsque la favorite du temps, « l'Eglise nouvelle, sortira des formes anciennes et « impures » (3). Or, en 17095, Hegel écrivait à Schelling : « Que le règne de Dieu arrive, et que nos mains ne restent « pas inactives ! Raison et liberté, tel sera toujours notre « mot de ralliement, et notre point d'union l'Eglise invi- « sible » (4). En quittant Tübingen, Hôlderlin et Hegel s'étaient donné, comme mot d'ordre, l'expression : « Reich Gottes ». « À ce mot », écrit Hôlderlin, le ro juillet 1794, « nous nous reconnaîtrons toujours, en dépit des change- « ments et du temps » (B).

Par l'échange enthousiaste de leurs pensées el de leurs sentiments, Hyperion et Alabanda prennent profondément conscience de leur grande mission. De là vient le caractère grave et sacré de leur amitié. « De jour en

(PANVNIT 39:

(2NHP WE; 11,39:

(4) Cité par J. Klaiber. « Hôlderlin, Hegel und Schelling in ihren schwäbischen Jugendjahren ». Eine Festschrift zur Jubelfeier der Universität Tübingen. Stuttgart, 1877, n° 213,

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