‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 29 sur 65 · D) AIN · texte numérisé non relu

D) AIN

€ jour », dit Hyperion, « nous éprouvons l'un pour l'autre « plus de vénération et plus d'amour » (1). |

C'est dans cette noble affection qu'ils puisent l'énergie nécessaire pour essayer de ressusciter en Grèce l'idéal disparu de liberté, de. beauté et de perfection. Et, dit Hyperion, « les tyrans de l'antiquité avaient raison d'inter- « dire des amitiés telles que la nôtre, car elles donnent à « l’homme la force d’un demi-dieu » (2).

Ainsi, Alabanda personnifie les suggestions de la vie active, et, ces suggestions assaillent le héros, d’abord lorsqu'il pleure le départ d'Adamas, puis à Kalaurée lorsqu'il s’abandonne aux enchantements d'un amour idéal. La première rencontre d'Hyperion et d'Alabanda éveille, chez Hyperion, le désir de s'employer réellement, personnellement à faire revivre le passé, mais il n’est pas encore mûr pour l’action et la figure d'Alabanda s’efface devant l'apparition de Diotima.

Près de son amante, Hyperion s'exalte dans la poésie du rêve, il entrevoit un avenir de beauté et de perfection dont Diotima est le gage. Mais le rêve ne peut être un aboutissement, et, quand retentit l'appel guerrier d'Alabanda, Hyperion s'arrache à l’amour de Diotima, à l'illusion, pour faire vivre dans le présent « le monde d'Adamas et de Diotima (3).

Mais l’action le décoit, Devant le naufrage de ses espérances palriotiques, de nouveau, il se réfugie dans le rêve et il songe, un instant, à s'unir à Diotima.

À la veille de quitter la Morée pour regagner leur Patrie, les deux amis s'entretiennent de ce projet. C’est alors qu'Alabanda révèle à Hyperion son amour pour Diotima, et il refuse d'aller vivre près d'eux, car il craint de troubler leur paix par sa souffrance. Toute joie, dit-il, exige

ty os

un sacrifice, et il s’immole généreusement à leur bonheur.

Emu d'une douleur qu'Alabanda lui avait dissimulée jusqu'alors, Hyperion, dans un élan d'amitié passionnée, voudrait « pouvoir lui donner Diotima » (+).

Cet amour d'Alabanda pour Diotima ne joue aucun rôle dans l’affabulation, mais il présente une valeur symbolique. Alabanda et Diotima s'opposent l'un à l'autre comme l'action et le rêve. Mais, du fait qu'ils s'opposent, ils se complètent, et leur union réaliserait l’'épanouissement de la belle humanité. Tandis qu'Hôlderlin s’est peint lui-même dans Hyperion qui aspire, à la fois, au beau rêve et à l'action héroïque, à l'amour de Diotima et à l'amitié d’Alabanda, son âme, partagée entre ces deux tendances différentes, ne peut trouver, dans l’une d'elles, le contentement absolu, une fin morale.

Hyperion éprouve pour Alabanda un sentiment infiniment riche et complexe, fait de tendresse délicate et de passion ombrageuse, de confiance spontanée et de douloureuses susceptibilités, d'enthousiasme héroïque et d’aspirations idéalistes. Sous l'influence de ce sentiment, son âme s'exalte et s'éveille à la vie active. L'amitié détermine donc, en une certaine mesure, son évolution morale, mais elle n'est pas l'aboutissement de cette évolution.

Déçu par l'action, Hyperion demande au rêve l'oubli du présent, et, Alabanda disparaît de la vie du héros au moment où celui-ci se décide à rejoindre Diotima. Ils se disent alors un éternel adieu, et, comme Don Carlos après la mort du marquis de Posa, Hyperion ne reconnaît toute la grandeur de son ami qu'au moment de le quitter « La flamme de ses yeux », dit-il, « m’anéantissait comme « un arrêt des dieux, et je ne trouvais pas une parole « pour le retenir » (2).

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