‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 3 sur 65 · HOW. IV; 2F 5) H. W., IV · texte numérisé non relu

HOW. IV; 2F 5) H. W., IV

et l’organisation rappelaient encore le cloître (1), comptent parmi les plus décisives de sa formation morale. C'est là que devait éclore la première idée d'Hyperion.

À l'ombre des vieux murs de Tübingen, Hôlderlin contracta, avec des camarades d'élite, tels que Neuffer, Hegel, Schelling, de belles amitiés durables et fécondes. [ approfondit de plus en plus son étude de la littérature grecque, il s'enthousiasma à la lecture de Platon sans, toutefois, rester indifférent aux suggestions du siècle. En effet, il se ressentit, lui aussi, de l’ébranlement formidable que les nouvelles de la Révolution française communiquaient à ce monde d étudiants épris des idées de liberté et de progrès ; il suivit le mouvement philosophique allemand des hellénistes, du kantisme et de la théologie qui ouvrait à la pensée des voies nouvelles, tandis que la révolution faisait entrevoir un ordre social meilicur.

Du développement de ses penchants naturels, de l'action simultanée de ses études, de son milieu et de Son époque, jaillit ainsi un faisceau d'expériences personnelles et de circonstances extérieures qui déterminent son évolution morale de 1788 à 1793, et qui projettent leur influence dans Hyperion.

De nature imaginative et rêveuse, Hôülderlin se sent attiré par l'intelligence lumineuse et dominatrice de Schelling, par l'esprit essentiellement positif de Hegel, par la fermeté morale qu'il admire chez Neuffer sans pouvoir la réaliser en lui-même. Sympathie profonde, faite d'affection fraternelle et passionnée à laquelle se mêle un respect voisin de la vénéralion, dépendance morale d'une nature faible et malléable, subjuguée par une personnalité plus forte, qui l'entraîne dans son sillage, tels sont les caractères essentiels de l'amitié dans la vie et dans l'œuvre d'Hôlderlin. Ces caractères qui ‘se manifestent dans les vers que le jeune poète dédie à ses amis pendant

(1) CLravenie. — La Jeunesse d'Holderlin, p. 45 et 46.

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son séjour à Tübingen, nous les retrouverons dans le sentiment quil expose dans son roman, et ils réapparaîtront beaucoup plus tard, avec une force saisissante, dans les vers An Eduard (1) où Hôlderlin prête à son ami, Isaac de Sinklair, la force irrésistible du génie d'Alabanda et fait de lui « der Gewaltige, der Achill »-qu'il voudrait suivre au combat.

Les amitiés d'Hôlderlin furent déterminées, en grande partie, par ses affinités inteliectuelles,

Le sentiment et la pensée se pénètrent chez lui si intimement l’un l’autre que les élans de sa sensibilité, amitié ou amour, tendent toujours à se spiritualiser et s'unissent aux influences philosophiques ou littéraires, dans l’aspiration enthousiaste de toute sa personnalité vers le beau, le vrai, le bonheur.

Mais, à aucune autre époque de son existence, cette intimité du cœur et de la pensée n'apparaît aussi nettement qu'à Tübingen. Dans Hegel et Schelling se révélaient des esprits qui complétaient le sien, qu'il devinait capables des mêmes exaltations, des mêmes félicités spirituelles. Ils se réunirent pour lire et commenter les Grecs, Kant, Spinoza, dont l'influence détermina l'orientation de leur développement intellectuel.

L'éclosion de ces amitiés si fécondes est donc liée au grand événement de la formation hellénique d'Hôlderlin, la lecture de Platon. En effet, si le poète avait été initié à la littérature grecque par la Lateinschule de Nürtingen où le culte de l'antiquité était de tradition depuis que Martin Crusius y avait composé, au xvr° siècle, des sermons en grec, la beauté profonde, la simple majesté de la pensée hellénique ne lui apparut qu'à Tübingen, lorsqu'il lut Platon, penché sur le même livre que Schelling et Hegel (2). Dans l'idéal platonicien, il crut

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(2) Karl RosExkraxz. — Hegels Leben, p. 40.

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voir se révéler la beauté parfaite qu'il avait pressentie jusqu'alors sans la connaître, « J'ai vécu », écrit-il dans une lettre débordante d'enthousiasme, « des heures « divines, me croyant parmi les disciples de Platon et « suivant, du regard, l'essor de ce génie merveilleux » (1).

Cette belle vision de a jeunesse athénienne, se pressant autour de Socrale et de son disciple, devint, pour lui, le symbole de l'amitié idéale, inséparable des fécondes exaltations de l'esprit.

L'affection qui l'unit à Stäudlin eût été plus complète, écrit-il en 1594, s'il avait eu le bonheur de rencontrer son ami « sous les platanes qui ombrageaient les rives « fleuries de l'Iyssus, 1à où Socrate gagnait, par sa « parole, les cœurs des jeunes gens, où Platon leur faisait «entrevoir des Paradis » (2). Quelques années plus tard, dans son roman, il devait caractériser, par une image analogue, le sentiment tendre et respectueux de son jeune héros pour un ami plus âgé et plus expérimenté : « Sais- Lu », demande Hyperion, « comment s'aimaient Platon et « son disciple Stella ? C'est ainsi que j'aimais, c'est ainsi « que je fus aimé ! O, j'étais un enfant heureux ! » (3).

Cette vision du monde hellénique à travers Platon avait donc profondément ébranlé la pensée et le cœur du jeune poète.

L'Eros plaltonicien qui contient à la fois l'amitié, l'amour, l'aspiration enthousiaste d’une collectivité vers la perfection, lui apparut comme l'idéal suprême, et cet idéal était personnifié par la prêtresse Diotima qui vient enseigner à Socrate lui-même la vérité de la philosophie et de l'amour (4).

Gelte belle image de Diotima, encore toute livresque à

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