HOW
(4) Prarox. — Œuvres. Trad. V. Cousin. VI, le Banquet.
l’époque de Tübingen, Hôlderlin devait l'identifier, plus tard, avec la femme qu'il aima. Elle devint le symbole de son idéalisme, elle exprima toute sa pensée, tout son arniour. |
Ainsi, les éludiants de Tübingen regardaient vers la Grèce : à l'exemple des meilleurs esprits de leur temps, ils cherchaient, dans la civilisation hellénique, les modèles impérissables du beau et du parfait qui jamais ne furent dépassés.
Mais, le présent, lui aussi, était digne d'être vécu. En France, le génie de la Liberté se levait, triomphant, comme jadis en Grèce, et, les peuples éveillés de leur torpeur, frémissaient d'enthousiasme. En Allemagne, la pensée longtemps repliée sur elle-même, prenait son essor, enrichie et vivifiée par les apports de la philosophie kantienne. ,
Hôlderlin et ses camarades sentaient bien qu'une ère nouvelle s'annonçait, que l'humanité venait de faire un pas de géant vers une libération matérielle et morale.
Ils chantaient, avec ardeur, ce magnifique espoir
« L'heure d’une création nouvelle a sonné », écrit Hôlderlin en 1790, « des germes anciens, une moisson s'élève, « lourde de bénédictions... Tu apparais à l'horizon, et, « déjà, ta splendeur nous illumine, siècle nouveau, siècle « de la liberté ! » (x).
Et, plus tard, nous percevrons, dans le roman, les échos de ces enthousiasmes
« L'homme ne jouit pleinement de sa jeunesse que
lorsqu'il brise des chaînes..., lorsqu'il écrase, comme
une vipère, le siècle immonde qui disparaît... O ! Diotima, pourrai-je vieillir, si jamais je délivre la Grèce ! » (2).
Dans cet héroïsme du jeune Hôlderlin, dans son désir
d'action immédiate sur le présent, les tendances modernes ont donc autant de part que l'élément grec.
S'il chante les héros de Marathon dans l'hymne à la Grèce (1), il évoque ailleurs les vieux bourgs de Heïdelberg, de Tübingen et les gloires du passé germanique. S'il s'enthousiasme à la lecture de Platon, il n’en aime pas moins la Hermannsschlacht (>) de Klopstock et Don Carlos fut « le nuage doré qui lui déroba, pendant sa jeunesse, les laideurs de la vie » (3).
Les idées essentielles de son aspiration vers un monde plus beau sont celles de nature et de liberté qu'il trouva formulées dans l'œuvre de Rousseau et dans la littérature du Sturm und Drang. En 1791, il cite, en tête de son hymne à Inumanité, cette pensée de Rousseau : « Les « bornes du possible, dans les choses morales, sont moins « étroites que nous ne pensons. Les âmes basses ne croient « point aux grands hommes ; de vils esclaves sourient « d'un air moqueur à ce mot de liberté » (4).
C'est dans l’épanouissement de cette vie si riche du cœur et de l'esprit, qu'Hôlderlin sentit naître en Jui la première pensée de son roman. |
L'œuvre se trouve mentionnée, pour la première fois, le 8 juin 1792, dans une lettre de Magenau à Hôlderlin
«Tu veux être romancier », écrit-il, « puisse Thalie te « guider sûrement entre les précipices qui menacent, sur « Ce terrain, le voyageur inexpérimenté » (5).
Ces lignes sont évidemment une réponse, mais la lettre antérieure, par laquelle Hülderlin devait annoncer à
(HAN ERP 5e 2) H:.W., IN, 272.
3) HENVS LIN 9;
Magenau son intention d'écrire un roman, n'a pas été conservée, Nous ne savons donc pas depuis combien de temps le poète s'était formulé à lui-même cette intention et il nous est d'autant plus difficile de déterminer exactement l’époque à laquelle il se mit au travail, que rien ne subsiste de la première version d’'Hyperion élaborée à Tübingen.
Cependant, je serais tentée de faire remonter la genèse du roman jusqu'à l'élaboration des hymnes composés de 1589 à 1792.
En effet, une même inspiration vibre dans l’œuvre épique et dans ces poèmes qui annoncent les principaux molifs d'Hyperion. L'Hymne à la Grèce exprime une nostalgie hellénique toute pareille au désespoir d'Hyperion lorsqu'il recherche, parmi les ruines, les traces d’une beauté à jamais disparue.
Nous lisons dans Hyperion : « Je bâtis un tombeau où « mon cœur puisse reposer, je me retire en moi-même, « car, tout autour de moi, c'est l'hiver... je me retire dans « la félicité du souvenir » (+).
Et dans l’Hymne à la Grèce : « Puisse cette larme être « la dernière de celles que mes yeux pleurèrent au souve- « nir de la Grèce sacrée ! O, Parques, faites retentir vos « ciseaux, Car mOn cœur appartient aux morts » (2).
Dans les hymnes à la Liberté, à l'Amitié, au Génie de la Jeunesse, s'ébauche l'idéal héroïque de la seconde partie du roman. Les strophes lyriques des poèmes exaltent, comme les entretiens d'Hyperion et d’Alabanda, l’action enthousiaste et spontanée, le dévouement sublime de l'individu-qui se sacrifie au bonheur futur de l'humanité.
En effet, le jeune Hôülderlin croit profondément en un avenir très beau qui se lévera, rayonnant, au-dessus des ruines du passé. C'est à la génération présente qu'échoit
(HW, IT 85.