‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 31 sur 65 · EMILE · texte numérisé non relu

EMILE

(3) Carl Viror. — Die Briefe der Diotima. Lettre 17. (4) H. W., IL 69.

(5) Carl Viéror, — Die Briefe der Diotima. 17.

pe

Et Diotima essuie ses larmes pour dire à Hyperion « Suis l'impulsion de ton âme. En lui obéissant, on abou- « Lit souvent à un échec, mais souvent aussi, en ne lui « obéissant pas. Il est plus noble de partir, tu partiras « donc » (1).

La ressemblance entre Diotima et Suzette Gontard se précise dans la seconde partie du roman, quand Hyperion, séparé de son amante, correspond avec elle et envisage la possibilité de s'unir réellement à elle.

Le caractère essentiel des lettres de Suzette Gontard paraît être l’analogie frappante de la pensée et du style avec la manière d'Hôlderlin. Elle subit inconsciemment l'emprise du poète, elle fait siennes ses idées et sa langue et devient ainsi, réellement, l’Athénienne, la Diotima qu'il avait cru voir en elle. Le même phénomène psychologique se manifeste dans la correspondance de Diotima et d'Hyperion.

La vie morale d'Hyperion alimente l'existence de Diotima qui ne vit que par lui. « Les fleurs », lui écrit-elle, « ne vivent que par le soleil, et moi, je ne vis que par toi » (2). La destinée héroïque de son amant absorbe la sienne tout entière, et son cœur n'est plus qu'un écho vibrant des enthousiasmes et des désillusions d'Hyperion. « Ta flamme », lui écrit-elle, « brûle en moi, ton esprit « s’est substitué au mien » (3).

Ainsi, on retrouve, dans la figure de Diotima, quelques traits de caractère, certaines manifestations de la vie intérieure qui évoquent la personnalité de Suzette Gontard, telle que l'ont révélée ses lettres à Hôlderlin, Mais le poète n'a transporté dans l'héroïne du roman aucun signe physique, aucun détail précis qui nous permette de voir en elle l'image fidèle de celle qu'il avait aimée. Et, au fond,

la Diotima de Francfort diffère assez sensiblement de l'amante d'Hyperion. Suzette était femme et passionnément éprise du poète ; bien qu'elle eût fait siennes ses conceptions idéalistes, elle ne pouvait, comme la jeune fille du roman, s’absorber, tout entière, dans la spiritualité d'un accord idéal. Ses rapports avec Hülderlin ne se réduisent pas comme ceux d'Hyperion et de Diotima, à une pure harmonie intellectuelle dans laquelle les amants font abstraction de l'espace et du temps pour contempler, avec extase, leurs images idéalisées, comme figées dans un miroir, où elles restent toujours semblables à ellesmêmes. Non, il faut à Suzette des impressions vivantes et vraies, or, la personne physique change à tout inoment, selon la disposition morale, selon l’état de santé. Se séparer pour longtemps, pour toujours, c'est donc bricer le plus fort des liens qui nous unissent, c’est tuer l'amour (1). Elle pense souvent aux lettres, aux livres du poète, écrit-elle en mars 1799, mais elle pense aussi à « ses cheveux » (2) et, quelques lignes plus loin, elle analvse ce sentiment : « Un lien puissant et immuable « nous unit dans le beau et dans le bien, au delà de toute « pensée, dans la foi et dans l'espoir. Mais ce lien de « Famour a une existence à la fois spirituelle et réelle ; « des sens (non la sensualité) en font partie » (3).

L'armante d'Hyperion, au contraire, renonce, avec une douce mélancolie, à s'unir à lui, à le revoir jamais. Et son amour, cependant, reste vivant et intense : « Séparons- « nous, tu as raison. Adieu, héros bien-aimé !.. Tu « retourneras, un jour, parmi les dieux, dans la vie libre, « sainte, éternellement jeune de la nature... Tel est ton « désir, et c'est aussi le mien » (4).

(1) Carl Vigror. — Die Briefe der Diotima. 22, (2) Id.

(Sd 23

Hôlderlin, lorsqu'il essaya de faire vivre le personnage de Diotima, paraît avoir été influencé, non seulement par le souvenir de Suzeile Gontard, mais aussi par le modèle de Lotte, dans Werther.

Diotima est douée, comme Lolte, d'un esprit posé, d'une raison ferme et nette qui ont le pouvoir de calmer l'agitation inquiète d'Hyperion. Il compare les fluctuations de sa vie intérieure à la houle des flots, tandis que la divine sérénité de Diotima est lîle bienheureuse qui domine la mer agitée (x).

On retrouve chez Diotima quelque chose de l'activité discrète, de la simplicité qui font le charme de Lotte. Il n'y à en elle rien d'artificiel, rien d'étudié, ses attitudes et ses paroles sont l’expression spontanée d'une âme naïve et ardente, et lorsqu'Hypérion évoque son image, parmi les fleurs de la prairie, nous pensons à Lotte entourée de ses jeunes frères et sœurs. « Elle semblait », dit-il, « active « de la main et du regard, coinme une sœur ainée qui « voit accourir vers elle une foule d'êtres chers, avides « de caresses. Il n'y avait en cela aucune affectation, cette « tendance avait grandi avec elle » (2).

Comme Lotte, elle est capable d'accomplir avec grâce

et d'ennoblir une tâche vulgaire. Hvyperion reconnaît qu'elle « parle du foyer avec âme » (3) et il ne sait rien de plus noble que « cette noble jeune fille qui entretient « Ja flamme bienfaisante, et, semblable à la nature, pré- « pare les aliments qui réjouissent le cœur » (4).

De même, Werther admire, chez Lotte, l'heureuse harmonie des tendances qui semblent s'opposer les unes aux autres. « La simplicité et la raison, la bonté et la

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