‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 33 sur 65 · US TI · texte numérisé non relu

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par l'échange continuel de leurs impressions et de leurs pensées, ils prennent de plus en plus conscience de l’amour idéal et intellectuel qui les unit.

Un tel amour devait, par son intensité, et par la qualité supérieure des aspirations qu'il fait naître, transformer profondément la personnalité morale des héros,

Chez Hyperion, l'égotisme des rédactions antérieures, le culte du moi, selon Fichte, disparaît sous l'influence d'un amour vrai. Il fait place au ravissement enthousiaste, à la perte complète de soi-même dans la contemplation de l'objet aimé. Hyperion semble sortir de lui-même pour s'abandonner au rêve, pour vivre de la vie morale de Diotima, car il voit en elle la source pure de toute beauté humaine et divine (1). Désenchanté des hommes et des dieux, le ciel lui paraissait désert et la terre où coulaient jadis les flots d’une vie riche et intense avait dégénéré en une insignifiante « fourmillière » (2). Mais, au rayonnement de Diotima, le ciel et la terre d'autrefois semblent lui sourire encore, car il retrouve en elle comme le reflet humain et infiniment gracieux des divinités disparues.

Son amour prend ainsi la ferveur d’une religion. En Diotima, il adore, dit-il, « l’idole de ses rêves solitaires » (3), la divinité vivante et agissante dont il avait entrevu, jadis, dans le mirage de son cœur, les traits encore indécis.

Diotima éprouve, elle aussi, la perte de tout son être dans l’amour, l'oubli d'elle-même et du monde extérieur dans la contemplation de celui qu'elle aime. Son intelligence d'Hyperion devient ainsi une foi en lui : « J'ai « oublié le printemps, l'été, l'automne, je ne distingue « plus ni le jour ni la nuit, je n’appartiens plus ni au ciel, « ni à la terre, je n’appartiens qu'à un seul. Mais les « fleurs du printemps, les flammes de l’été, les fruits de

« l'automne, la clarté du jour et le recueillement de la « nuit, le ciel et la terre s'unissent en lui.» (1).

= L'exaltation et les enthousiasmes de cette passion spirituelle atteignent ieur paroxisme, lorsqu'Hyperion, rappelé à l'activité héroïque par une lettre d'Alabanda, s’arrache brusquement à son rève d'amour, et va rejoindre son frère d'armes sur les champs de bataille de Morée.

Diotima ne se révolte pas contre la nécessité de cette destinée géniale qui porte en elle d'inévitables douleurs. Elle impose silence à son désespoir. « Tu partiras », s’écrie-t-elle, « car, tel que tu es, je n'ai ni la force, ni « le droit de te retenir » (2).

Mais, au moment où ils se quittent, ils ont l'intuition profonde de l'éternité de leur amour qui survivra au temps et à l'éloignement, car l'attachement terrestre n'est qu'un pâle reflet du lien véritable qui les unit dans la sphère mystique des âmes. « La nuit était venue », dit Hyperion, « les étoiles se levaient dans le ciel, l’éternité « régnait en nous ei au-dessus de nous, et, dans une « étreinte aussi douce que la caresse de l’éther : — Insensé, « murmura mystérieusement Dioltima, avec le sourire « d’une immortelle, qu'est la séparation P » (3).

A ces mots, une paix sereine pénètre dans le cœur d'Hyperion, les angoisses de l’adieu s’adoucissent au mirage de l'espoir car « les éloiles seront le rendez-vous « de leurs âmes, elles les uniront tant que leurs lèvres « resteront muettes » (4).

Tandis qu'Hyperion combat au loin pour l'indépendance de sa Patrie, son souvenir s’idéalise dans l'âme de Diotima.

Elle voit en lui le héros dont l'image avait enchanté

(4) Id.

ne Et

ses rêves d'enfant, figure triomphante, mais saignante encore de luttes récentes, « faite de noblesse et de douleur » (1). C'est lui qui sauvera le peuple grec de l'anéantissement d'une décadence complète et qui lui rendra sa beauté originelle (2). Et ce héros sublime lui appartient, car elle vit du rayonnement de sa gloire : « O mon

bien-aimé », lui écrit-elle, serait-il possible que je me « flétrisse lorsque tu l'épanouis. Mon cœur, peut-il se

laisser accabler, lorsque l'enthousiasme guerrier fait « tressaillir toutes les fibres de ton être ! » (3).

Hyperion, de son côté, souffre à peine de leur séparation, car il s'élève, par l'intensité de sa vie intérieure, au-dessus de toute contingence. Son âme, libre comme les esprits bienheureux qui errent sur les rives du Lethé, se rapproche de l'âme de Diotima et « le destin ne régit plus leur amour » (4).

Il revoit Alabanda. L'enthousiasme guerrier se réveille en lui et il unit, dans l’ardeur de son aspiration héroïque, son amour pour l’absente et son amitié pour le frère retrouvé (5).

Puis, vient la prise de Misistra, l'effondrement des espérances patriotiques d'Hyperion, la défaite de sa pensée trahie par ses compagnons d'armes. Il veut abandonner à jamais un pays dans lequel il n’a pu réaliser la Patrie de ses rêves pour se réfugier avec Diotima dans quelque vallée cachée des Alpes ou des Pyrénées et réchauffer son cœur malade au feu d'un amour paisible (6). S'il a vu sombrer toutes ses illusions, il lui reste encore l’image de Diotima sauvée du désastre comme celle d’une divinité

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