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protectrice. Lui faudrait-il, maintenant, la jeter aussi dans les flots ? Non, ce serait folie. « Tu fus mienne », s'écrie-t-il, « et tu resteras mienne » (1).
Mais Diotima pénètre mieux qu'Hyperion lui-même les secreis de son cœur : Le héros a été déçu par l'action, il n'a pu faire vivre réellement l'idéal entrevu à Kalaurée et le rêve qui l'avait enchanté avant la défaite a perdu son pouvoir magique. Ce rêve ne peut plus être, pour lui, un aboutissement, Hyperion ne retrouvera pas, dans l'amour, le contentement absolu dont il avait eu l'illusion près de Diotima : « Il est naturel », lui écrit-elle, « que tu ne « puisses plus aimer, parce que tu vis échouer de plus « nobles desseins. Qui a souffert, comme toi, dans la tota- « lité de son être, ne goûte plus les joies partielles, qui a « senti, comme toi, la fadeur du néant et les affres de la « mort, ne revit que parmi les dieux » (2).
La mission de Diotima est terminée près d'Hyperion, et, comme l'ami, l'amante disparaît. Elle s'était épanouie, comme une belle fleur, au soleil de l'amour. Mais, loin d'Hyperion, la fleur se flétrit et lombe en poussière, consumée par une vie intérieure trop intense « devant « laquelle la vie terrestre pâlit et s’évanouit comme les « feux de la nuit s'éteignent devant l’aurore » (3).
Ses forces physiques l’abandonnent peu à peu, tandis que son esprit se détache du monde pour s'envoler vers les divinités de la nature, dans la Patrie idéale dont il est issu.
C'est donc par la contemplation de la nature, par l'amour mystique du monde qu'Ivperion fera revivre dans son cœur le souvenir de son amie disparue. Les mystérieux attouchements de l'éther infini évoquent, pour lui, la douceur de ses gestes, et la voix de Diotima, qui
(4) HW Ar 476; (2) H. W., IL, 168.
vibre dans le murmure des brises, lui révèle l'éternel amour, l'immense harmonie de l'âme et de l'univers (x).
: Dans cette aspiration idéaliste de l'âme vers la beauté, la sagesse, la perfection, l'amour présente, comme l'amitié, un caractère éducatif.
On lit dans le Banquet, de Platon : « Le vrai chemin « de l'amour, c'est de commencer par les beautés d'ici- « bas, et, les veux attachés sur la beauté suprême, de s’y « élever, sans cesse, en passant, pour ainsi dire, par tous « les degrés de l'échelle... jusqu'à ce que de connais- « sances-en Connaissances, on arrive à la connaissance par « excellence qui n'a d'autre objet que le beau lui-même. » Telle est l’idée fondamentale de l'éducation esthétique et sentimentale d'Hvperion. I projette d’abord en Adamas, puis en ÂAlabanda et en Diotima, son idéal d’un type humain parfait. Cet idéal dont il croit contempler la réalisation objective devient le but de son éducation, et il s'efforce de s’en rapprocher en remportant sur lui-même de continuelles victoires. On lit dans le roman
« Depuis longtemps déjà l'influence de Diotima mettait « de l'équilibre dans mes facultés » (2).
Près d'elle, il entrevoit, non seulement la félicité, mais aussi une moralité supérieure : « O Diotima », s’écrie-t-il, « avec toi j'aurais été heureux, j'aurais été parfait » (3).
Ainsi, Hyperion ne peut être heureux en lui-même, c'est-à-dire par la conscience pure et simple des affections de sa vie intérieure au contact du réel, I sort de lui-même par le transport de l'amour, il prête au réel les splendeurs de ses enthousiasmes. Mais, du fait qu'il projette dans Île monde extérieur les richesses de sa personnalité, il crée un monde nouveau, le monde idéal de l'amour. C'est ainsi qu'Hyperion, entraîné par ses propres aspirations,