‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 41 sur 65 · RUSSE · texte numérisé non relu

RUSSE

traits essentiels de l'idéal social et de l'idéal religieux dont Hülderlin crut voir la réalisation dans l’état politique et dans la religion des Grecs.

En effet, l'humanité parfaite des Athéniens a créé une société parfaite, Et la liberté qui fut la condition nécessaire de la formation de l'âme grecque, caractérise l'organisation de l’état grec.

Mais, quelle est l'origine de la liberté grecque ? Son épanouissement, pense Hülderlin, fut favorisé par les qualités morales du citoyen grec, par le caractère restreint des communautés, et par la tradition historique.

« L'Egyptien », dit Hyperion, « supporte le despotisme « de l'arbitraire, et le fils du Nord accepte le despotisme des « Tois, c’est-à-dire l'injustice sous la forme du droit » (1). C'est qu'en effet, l’'Egyptien a une tendance naturelle à diviniser le pouvoir absolu, et l'habitant du Nord, qui ne sent pas assez la divinité et la suprème liberté de la nature, conserve une foi superstitieuse en la valeur des lois humaines (2).

Mais l’Athénien a conscience du caractère divin de la personne humaine et de sa communion avec la vie libre et divine de la nature. Aussi, il ne reconnaît à aucune autorité le droit de lui imposer des lois tyranniques (3).

Le caractère restreint des communautés grecques favorisa l’éclosion de la liberté, car le citoyen, au lieu de se perdre dans le tout, comme l'habitant d’un empire plus vaste, avait conscience de sa valeur individuelle et de son rôle dans l'Etat (4).

Enfin, les légendes qui constituent la première histoire d'Athènes semblent préparer l'avènement de la liberté. Hyperion rappelle, avec enthousiasme, l'initiative géné-

(1) HW TSt07 CHE

(CMS EAN EN Pubs

alor

reuse de Thésée qui voulut restreindre lui-même son pouvoir royal (1).

Cette liberté politique et morale qui régnait dans l'Etat grec eut, pour résultat, les grands dévouements de la Grèce héroïque et la qualité supérieure des aspirations individuelles, amour, amitié, activité joyeuse et sereine, intelligence de la nature, piété fervente envers ses forces divinisées,

Le sentiment religieux, tel qu'il s'exprime dans le culte grec, est donc né de l'excellence morale de l'âme hellénique. Et ce culte apparaît à Hyperion comme la plus belle, la plus profonde, la plus consolante des religions. Il renie les croyances de ses jeunes années, douces illusions dont il a reconnu la vanité. Il est athée au sens de Fichte. « O, toi », dit-il, « que j'invoquais comme si tu régnais au-dessus des étoiles, toi, en qui je reconnus le créateur du ciel et de la terre, aimable idole de mon enfance, ne m'en veux pas de t’avoir oubliée ! » (2).

Mais il garde, au fond de son cœur, une ardente nostalgie d'amour et de pieuse confiance qui ne peut s'accommoder d'un manque total de croyance religieuse. Cette nostalgie, il la projette dans les formes imposantes des divinités antiques dont il fait les symboles de l’éternel ct de l'absolu.

Un soir, en face des ruines d'Athènes baignées par les lueurs du couchant, Hvyperion ranime pour un instant le peuple athénien, interprète privilégié de l'harmonie éternelle. Et il traduit le principe qui engendra ses arts et sa religion dans ces pensées d'une forme presque sibylline :

« Le premier-né de la beauté est l’art. Dans l'art, « l’homme se rajeunit et se reflète, il veut se sentir lui- « même, et c'est pourquoi il pose en face de Tui sa propre « beauté, C’est ainsi qu'il s’est donné des dieux, car au

Page 1