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& commencement l’homme et les dieux étaient un, « puisque déjà, bien qu'inconnue à elle-même, la beauté « éternelle existait. La seconde fille de la beauté est la « religion, le sage aime en elle la beauté infinie, uni- « verselle, le peuple aime les enfants de la beauté, les « dieux qui lui apparaissent dans leurs formes variées » (1).
Ainsi, la religion grecque, telle que la conçoit Hülderlin, regarde la beauté divine comme un reflet de la beauté humaine, elle affirme la valeur de l'être humain qui ne connaît dans ses rapports avec la divinité ni sentiment d'infériorité et de supériorité, ni crainte du châtiment. Elle s'exprime par un culte populaire, intimement lié à la vie de la nation, fondé sur l'amour et la joie.
Le caractère populaire de la religion grecque apparaît encore plus nettement dans le poème de l’Archipel :
« J'entends les chants lointains de la fête sur la colline « verte et l'écho des bocages. Le cœur des jeunes gens « se dilate et l'âme du peuple vibre dans la liberté des « hymnes. On célèbre le Dieu qui règne sur la mon- « tagne » (2).
Ainsi, l'intimité de la nature, des hommes et des dieux qui fleurit dans la société grecque avait pour principe l'amour. L'Athénien franchit par l'amour la distance qui le sépare de la perfection divine : à l’effroi du chrétien en face des mystères de l'infini, il oppose la sérénité, la grâce souriante (3).
Tels sont les éléments essentiels qui se mêlent dans la conception d'une Patrie idéale telle que la rêve Hyperion. Blessé par le monde qui l'entoure, il se réfugie dans la
(D'HS WE 406;
(2) Der Archipelagus. H. W., I, 273.
(3) La conception d'Hôlderlin vaut beaucoup plus par la chaleur de l'enthousiasme personnel que par son originalité. Hôlderlin reprend
les idées de Hegel sur la nécessité d’un culte populaire et les idées schillériennes du poème «aux dieux de la Grèce ».
vision consolante de cette Patrie et il dépasse les angoisses du réel. C’est ainsi que prennent naissance ses conceptions helléniques, et de telles conceptions expriment nécessairement la personnalité du héros plutôt qu'une réalité objective. Hyperion n’a pas le culte de la vérité historique, la passion des vieilles pierres dont les formes mutilées et les inscriptions presque illisibles ressuscitent pour l'observateur acharné la rayonnante image de la vie antique. Il aime la Grèce comme il aime la nature et Diotima : il projette dans l'humanité grecque, dans l’organisation politique et religieuse des Athéniens, le symbole du beau et du parfait dont sa nostalgie idéaliste avait enfanté la première vision, et, leurré par le mirage de ses créations intérieures, il s’imagine que cette Patrie rêvée exista réellement dans le cadre hellénique. De toute son âme, il aspire à la faire revivre sur le sol appauvri de la Grèce moderne.