D)RÉ ANNE ELS
« montagnes du pays allemand seront les montagnes des « muses, comme autrefois les cimes sacrées du Par- « nasse » (1). Et, la vision suprème de son rêve patriotique, c'est l’apothéose de l'Allemagne, le triomphe du génie allemand sur les autres civilisations, Les dieux de la Grèce eux-mêmes pâlissent devant cette splendeur nouvelle de la Germanie, prêtresse de l'avenir, conseillère des rois et des peuples.
Dans Hyperion, Hülderlin chante uniquement les divinités antiques, mais il célèbre ailleurs l'idéal chrétien, et, dans les poèmes postérieurs à 1800, cet idéal se mêle au culte des dieux grecs.
Il évoque « l’image de Dieu qui vécut parmi les hommes », l'amour du Christ, sa souffrance, sa mort, et les félicités de la rédemption qui naquirent des larmes et du sang répandus sur le Golgotha (2). Le Christ qu'il aime, c'est un Christ dionysiaque, symbole d’une nature humaine très riche, très intense, qui a vécu toutes les douleurs et qui s'élève, saignante encore, mais triomphante, au-dessus de l’abîme entrevu. La vie libre de l'esprit divin, ainsi dégagée des contingences, se déploie, à l'infini, dans l’exaltation dionysiaque, dans les ardeurs du vin, et, le Christ, uni à ses disciples par « le mystère de la cène » ne peut être étranger aux « demi-dieux qui firent pousser les vignes » (4). Il apparaît au poète comme le frère des héros et des grandes divinités de Olympe, il est le plus jeune, le plus touchant de la lignée céleste, le plus proche de notre cœur (4).
C'est donc par la valeur profondément humaine de son apparition, que le Christ s'apparente aux divinités antiques dont Hyperion célèbre la sereine et triomphante humanité,