‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 45 sur 65 · MEL NT 516 \ H. W., L · texte numérisé non relu

MEL NT 516 \ H. W., L

Comme ces divinités, comme la nature, il symbolise la calme sérénité, l'éternelle félicité de l'idéal qui ne sont point la béatitude inerte de linconscience, mais une radieuse victoire de l'esprit divin, le prix de la souffrance : « L'homme acceptera la douleur », dit Hyperion, « car son « bonheur ne peut dépasser celui des dieux. Or, les dieux « ont souffert, Toute existence doit souffrir, et d'autant « plus profondément qu'elle est plus proche de la perfec- « Lion. La nature sacrée ne souffre-t-elle pas ? C’est au « prix de douleurs infinies qu'elle atteint le faîte de ses « éternelles félicités » (r).

Ainsi, le culte de l'antiquité grecque se manifeste, dans le roman d'Hôülderlin, sous deux aspects différents. La première partie d'Hyperion est dominée, tout entière, par la vision nostalgique de l'idéal qui fleurit jadis dans la belle humanité grecque, dans l'harmonie heureuse de la politique et de la religion, de la poésie et de la philosophie qui caractérise la vie athénienne, Gette vision suscite, chez le héros, d'insurmontables regrets, un profond désenchantement du présent.

Puis, survient la guerre de l'indépendance grecque, les énergies somnolentes d'Hyperion se réveillent à l'appel d'Alabanda. Il combattra pour embellir le présent et il conduira son peuple au devant d'un avenir meilleur. Ef, dans ce désir d'action immédiate sur le présent, dans le dégoût d'Hyperion au spectacle de la décadence grecque et de lavilissement de lAllemagne, les aspirations modernes ef nationales d'Hôülderlin se mêlent aux éléments grecs (2).

(2) L'œuvre d'Hôlderlin est inséparable du mouvement hellénique du xvine siècle Mais pour rappeler les caractères de ce mouvement, il faudrait entrer dans des considérations qui dépasseraient de beaucoup le cadre de ces études consacrées à Hyperion. D'ailleurs, ce travail a été fait par Karl Justi: (Winkelmann, sein deben, seine Werke, ànd seine Zeitgenossen), 2 vol, 1866-72. Nous comparerons l’hellénisme d'Hôlderlin et l’hellénisme de Heinse, lorsque nous étudierons l’influence de l «(Ardinghello » de Heinse sur la conception d’ « Hyperion ».

Cette nostalgie patriotique du poète qui éclate dans les dernières pages du roman, n'est pas inconciliable avec le rève hellénique des deux premiers livres. Comme l'hellénisme et le paganisme d'Hôülderlin, comme les tendances chrétiennes qui se réveillent chez lui après 1800, elle est un aspect de son idéalisme, de l'immense aspiration de son âme vers la beauté et la perfection telles qu'elles existent dans le monde de l'esprit, indépendamment des symboles dont elles empruntent la forme.

Le passé grec et la Germanie de l'avenir, les divinités helléniques et le culte chrétien diffèrent de Diotima, de la nature, non par l’abstraction qu'ils représentent, mais seulement par la forme tout extérieure de l’image qui les contient. Et, les nostalgies de l'âme qui aspire vers ces symboles sont issues, comme d'un foyer unique, de la personnalité même du poèle, du sentiment douloureux d'un désaccord profond entre les visions de sa vie intérieure et les réalités du monde sensible, de son aspiration enthousiaste vers l'idéal.

La première forme de cette aspiration idéaliste fut l'amour spontané de la nature. Hôlderlin croit avoir connu le bonheur au temps lointain de son enfance, dans la non différenciation de sa conscience et du monde extérieur, alors que son âme jouait naïvement avec les brises et les fleurs du bocage. La vie de l'univers lui apparut comme un ensemble de forces individualisées, distinctes les unes des autres par l'éclat particulier de leurs splendeurs.

De cette beauté, il fit inconsciemment un symbole de l'excellence morale, et, l'amour s’éveilla dans son cœur : « O ! Dieux fidèles et aimables », s'écrie-t-il, « puissiez-vous « savoir combien je vous aimais ! » (1). Ainsi, la Beauté,

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