‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 48 sur 65 · MEN · texte numérisé non relu

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(2) Cité par Xavier Léon : La philosophie de Fichte, p. 201, (S)SE ENV, 11:276;

développement harmonieux de la personnalité, C'est par cet aspect qu'elle devait séduire Hôlderlin.

Fichte donne la certitude du bonheur sur terre. Ge bonheur, l'homme le trouve dans la libération du moi absolu qui permet à l'esprit de réduire toutes les barrières qui s'opposent à sa libre expansion. Cette allégresse, Hyperion l'éprouve lorsqu'il sent s'évanouir « la nuit et la misère de son âme » (1) à l'apparition de Diotima.

Comme Fichte, Hôülderlin a foi dans l’action, dans l'effort, qui, s'ils ne mènent pas toujours au but, gardent, du moins, la valeur de la bonne intention ; et, l'effort, pour lui, n'est pas la règle des ascètes qui amoindrit l'être physique aux dépens de l'être moral, c’est l’action enthousiaste et joyeuse des héros qui donne au corps son épanouissement, sa plénitude. |

« Heureux celui qui a conscience de sa médiocrité », s'écrie Hyperion, « celui qui perçoit en lui-même l'appel « vers le progrès infini, vers l’activité immortelle » (»).

La morale de Fichte se dégage de la morale religieuse. Puisqu'il n'existe rien au-dessus du moi absolu, créateur du monde, ce moi, c’est Dieu, et la divinité n'a aucune réalité en dehors de l'homme.

Ivperion est athée au sens de Fichte, TI s'aperçoit qu'il n'existe pas d'esprit bon et puissant en dehors du moi, aue toute source d'énergie et de consolation, il faut la chercher en soi-même : « Cherche le secours en toi- « même », dit-il, « il n’y a pas de Dieu » (3).

Ainsi Hôlderlin a subi l'influence de la philosophie fichtéenne et les grands principes de cette philosonhie ne sont pas étrangers à 11 conception du roman d’'Hyperion.

Mais. il ne pouvait v avoir entre Hülderlin et Fichte de vérifable sympathie intellectuelle : ‘des différences de

caractère trop profondes séparaient le Professeur d'Iéna au profil énergique, au verbe autoritaire, et le poète rêveur qui planait au ciel des Idéaux de Platon et dont l’exaltation spirituelle restait sans effets sur le réel.

Hôlderlin fut séduit par certains aspects de la philosophie de Fichte qui semblaient satisfaire son idéalisme, et, cette philosophie, sans essayer de l'approfondir et de la concilier avec les systèmes qu'il connaissait déjà, il la fit sienne, car il projeta en elle ses nostalgies intimes de liberté et de pureté spirituelles.

Des affinités plus profondes poussaient Hôlderlin vers Schelling, et la philosophie de Schelling devait satisfaire, mieux que celle de Fichte, l'aspiration fondamentale du poète, son grand désir d'unité, d'harmonie entre les facultés de l'âme humaine, entre l'âme humaine et la nature (1).

Son amour pour les beautés de la nature entraîne Hvperion loin de Kant et de Fichte, et Hülderlin semble renier ses anciens maîtres lorsqu'il fait dire à son héros : « Ne « faire qu'un avec ce qui vil, à ces mots, la vertu comba-

(1) Après avoir suivi les cours de Fichte, Hôlderlin lut le traité de Schelling : « Du moi en tant que principe de la philosophie », paru en 1795. Pendant l’été de 1795, il eut entre les mains & les lettres philosophiques sur le dogmatisme et le criticisme ». Ces deux ouvrages purent donc l’influencer directement en 1797, lorsqu'il terminait la rédaction de son roman. En 1798, avant la publication du deuxième volume d’'Hyperion, parut le traité de Schelling sur : « L'âme du monde ». Le système de l’idéalisme transcendental et le système d'identité ne furent publiés qu’en 1800 et 1801. Mais les idées de Schelling étaient assez familières à Hôlderlin pour qu'on retrouve, chez lui, certaines conceptions de son ami avant qu'elles aient été connues du public.

« tive dépose les armes et l'esprit de l'homme abandonne « son sceptre » (1).

Cette vertu, Bellone courroucée qui impose ses lois par la force, c'est l'impératif catégorique de Kant, et, l'esprit souverain de l'homme qui commande, sceptre en main, c'est le moi absolu de Fichte. Le règne de ces deux idoles philosophiques semble anéanti par les efforts de Schelling pour concilier la valeur de l'âme humaine et la majesté de l'esprit universel (2).

Cependant, la connaissance du système de Fichte préparait Hôülderlin à adopter les conceptions de Schelling, car, malgré les divergences, les idées essentielles de Schelling sont issues de la philosophie de Fichte, Hôlderlin a donc pu s'assimiler les idées“de Schelling sans renoncer absolument à l'idéal fichtéen et l'influence simultanée des deux philosophes se fait sentir dans la dernière rédaction du roman.

Hyperion à toujours foi dans la puissance invincible de l'esprit qui se dégage peu à peu de l'emprise du réel et aui atteint, au prix de lentes et pénibles victoires, sa liberté souveraine : « Les vagues écumantes du cœur », dit-il, « ne s'élèveraient pas ainsi jusqu'à devenir esprit, « si elles ne se heurtaient au roc antique et muet du « destin » (3).

Comme Fichte, il admet que l'esprit humain libre et parfait puisse agir sur la nature pour la rendre morale et créer, dans le monde, le règne de l'esprit universel «TS viendront, nature ! les hommes que tu attends, «un peuple rajeuni te raieunira aussi, et tu deviendras « comme sa fiancée, et l'ancienne union des esprits se « renouvellera avec toi » (4).

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