‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 54 sur 65 · CAN SEE (3) H. W., IL · texte numérisé non relu

CAN SEE (3) H. W., IL

(4) The song of Selma, p. 413.

(5) The song of Selma, p. 414,

La lune qui paraït entre les nuages évoque pour lui là

nuit sinistre où périrent ses enfants, Tandis que le torrent mugit à ses pieds et lé vent dans les cimes des arbres, la brise d'automne glace son cœur. Il sent approcher ja tempête qui emporiera ses dernières feuilles. « Demain », dit-il, « le voyageur viendra, il viendra celui qui me « connut dans ma beauté, ses regards me chercheront « sur la plaine et ne me trouveront pas » (1).

La lecture d'Ossian avait profondément ému le jeune Hôlderlin, et nous percevons, dans Ivperion, l'écho de cette émolion,

De même que l'influence du poète écossais s'oppose, dans Werther, au souvenir lumineux des scènes homériques, Hôlderlin emprunte à la fantaisie ossianique, plu- (Ôt que des détails précis, une atmosphère de mélancolie, un ensemble de teintes assombries qui mettent en lumière l'éclat de ses visions helléniques.

Comme Gœthe, lorsqu'il voulut exprimer la révolte impuissante qui agilait le cœur de Werther, le découragement profond qui poussait le héros vers la tombe, Hôlderlin, tout naturellement, fut séduit par ses réminiscences de l’élégie ossianique, lorsqu'il transporta, dans son roman, l'éternel motif des regrets, ses nostalgies personnelles d'un passé à jamais évanoui, le sentiment pénible de la médiocrité présente après les grandeurs antiques.

La psychologie d'Hvyperion n'est donc pas étrangère à l'influence du sentimentalisme du « Sturm und Drang », et on retrouve chez le héros d'Hôlderlin quelque trace de la subjectivité exaltée qui fait la valeur originale du personnage de Werther, mais qui doit, fatalement, le conduire à sa perte.

Ce qu'il y a de trouble, d'angoissant dans l’âme de ces héros dont la volonté trop faible sombre devant l’explo-

(1) The song of Selma, p. 413.

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sion du sentiment, s'harmonise, pour Hülderlin comme pour Gœthe, avec les sourdes révoltes et les vains désespoirs qui vibrent dans l’élégie ossianique.

Mais Hyperion n'est pas à proprement parler un roman sentimental dans le sens de Werther.

Les tendances héroïques, l'épreuve de l'action arrachent Ivperion à son rêve de pure sentimentalité. Son idéalisme s'écarte des aspirations werthériennes en ce qu'il tend vers une fin à la fois plus lointaine et plus complexe, vers un absolu spirituel qui annonce le rêve romantique

de Tieck et de Novalis,.

De loutes les œuvres qu'a produites le « Sturm und Drang », l'Ardinghello de Ieinse est celle «où l'individualisme génial se présente sous sa forme la plus achevée el la plus harmonieuse » (4).

Cet aspect de la psychologie du « Sturm und Drang » se reflète dans les tendances héroïques d'Hyperion, dans son désir de créer réellement le monde de ses rêves, d'édifier des valeurs nouvelles,

Or, il y a tout lieu d'admettre qu'Hôlderlin subit l'infMuence de l'Ardinghello pendant l'élaboration d'Hyperion.

La correspondance d'Hôülderlin permet cette hypothèse (2) qui se vérifie d’ailleurs par l'étude comparée des deux romans.

(1) A. Jouver. — Wilhem Heinse, p. 340.

(2) Hôlderlin eut avec Heinse des relations personnelles suivies. Il le rencontra à Cassel où il accompagna M° Gontard et ses enfants en juillet 1796. De retour à Francfort, il écrivit à son frère, le 13 octobre 1796 : « Heinse voyagea et demeura avec nous ». — H. W., IV, 271. — Mais, bien avant cette date, il avait lu et apprécié l’ « Ardinghello », puisque son hymne à l'Harmonie, composé en 1790, porte une citation empruntée au roman de Heinse, — H. W., I, 3.

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Il existe, en effet, de profondes analogies de pensée entre la conception d'Hyperion et celle d'Ardinghello.

Les deux héros évoluent de la nostalgie contemplative à l'idéal actif.

Le penchant d Ardinghello pour les arts s'oppose, dans son âme, aux suggestions de la vie active, Mais le héros obéit à ces suggestions. De Rome, il écrit à Benedix « Ce sont les dernières heures que je passe au Vatican, « je veux, je dois partir ! Hélas ! c’est un adieu définitif « que je dis à l'art, l'art n'est pas ina destinée, L'avoir « cru est une erreur de ma jeunesse. Le cœur et l'esprit « réclament une nourriture plus vigoureuse et on ne la « trouve que dans la nature vivante et dans la société « des hommes, dans la réalité du combat et de la guerre « qui nous dressent contre eux, de l'amour et de la paix « qui nous unissent à eux » (1).

Hyperion a vécu, dans l'île de Kalaurée, un rêve d'hellénisme dont les enchantements combattent, dans son cœur, l'aspiration héroïque. Mais à l'appel d’Alabanda, il entend le cliquetis des armes, il voit reluire les épées et, comme Parzival, il s’éveille de sa torpeur : « Tu « voudrais », dit-il, « triompher par des mots et enchan- « ter le monde par des formules magiques ? Mais tes « mots sont inutiles comme les flocons de neige qui ne « font qu'assombrir le ciel et tes incantations s'adressent « aux convertis, les incroyants ne les entendent pas... « Harmodius, je veux ressembler à ton myrte dans « lequel se cachait une épée » (2).

Mais cette idée apparaît fréquemment dans la littérature du xvu siècle, Il convient done de signaler ici non pas un emprunt, mais une simple analogie.

Il n'est pas impossible qu'Hôlderlin ait emprunté au

(1) Hesse. — W'erke. Carl Schüddekopf, Leipzig, 1902, IV, 240... cité par Jolivet, W. Heinse..

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