‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 55 sur 65 · CHEN”, IL · texte numérisé non relu

CHEN”, IL

roman d'Ardinghello le motif de l'insurrection grecque dont Heinse lui-même avait puisé les premières données dans le Voyage pitloresque de la Grèce du comte de Choiseul-Gouffier (1).

On lit, en eflet, dans Ardinghello : « Dès que les Grecs « parviendront à se dégager quelque peu de l'écrasante « destinée qui les oppresse, comme ils sanimeront el « s'enflammeront ! Les Maïnotes des montagnes de Sparte « ne sont pas encore soumis, eux et les Monténégrins, « héros d'Ilyrie et de Carie, dignes de leurs ancêtres » (2).

On ne relève aucune correspondance de termes entre les lignes que nous venons de citer et les passages d'Hyperion où il est question de la révolle des Grecs. Mais rien ne s'oppose à ce que l'allusion si précise de Heinse ait engagé Hôülderlin à tirer parti de cet événement.

Le motif général du roman du xvur siècle qui présente le héros comme un pèlerin s'acheminant à travers les épreuves de la vie vers un but pieux, s'exprime dans Ardinghello et dans Hyperion en termes presque identiques.

Ardinghello écrit à Benedix

« Ich bin ein junger Pilger, der nach dem Vortreffli- « chen auf Erden wandert » (3).

Hôlderlin se nomme lui-même « der stille Pilger » (4) et il fait dire à Hvperion

« Ich wandre durch mein Vaterland » (5).

Nous avons découvert des points de contact dans l'exposition et dans la conception générale d'Hyperion et d'Ardinghello. 1 nous reste à comparer, au point de vue des idées et de l'expression, les thèmes essentiels des deux

() Jouiver. — W. Heinse, p. 350.

(2) Heinse, W., t. IV, p. 386.

(3) Heinse, W., t. IV, p.91:

(4) An Thills Grab H. W., L, 457.

(D) SHEANENT EM

romans : Idéal humain, amitié, amour, sentiment de la nature, hellénisme. è

Hyperion et Ardinghello réalisent un type humain. Ils symbolisent la vigueur et la beauté d'une jeunesse harmonieusement développée, prête à recevoir l'éducation de la vie.

L'ardeur juvénile, altérée de luttes et de triomphes, éclate dans les passages suivants

Ardinghello

« La fleur de sa jeunesse s'épanouissait, ses lèvres « fraîches prononçaient d'irrésistibles paroles, son regard « n'élait que lumière et flamme. Grand, de stature harmo- « monieuse, plein de hardiesse, il semblait un être supé- « rieur » (+).

Hyperion

« Comme l'aigle de Jupiter charmé par le chant des « Muses, j'écoute la merveilleuse harmonie de mon cœur. « Fort et joyeux, grave et souriant, je joue, en pensée, « avec le destin et les Parques sacrées. Dans l'épanouisse- « ment de sa divine jeunesse, mon être se réjouit de « lui-même et de tout » (2).

La belle humanité s'identifie avec la divinité. La grâce d’Ardinghello et d'Hyperion évoque l'image des jeunes

dieux.

Ardinghello « rentre parfois dans une barque légère, « parée de pampres et de lierre, sa Ivre dans les bras, « tel un jeune Bacchus » (3).

Et Hyperion ressemble à un jeune Dieu « son arc est « tendu, ses flèches frémissent dans son carquois » (4).

L'amitié d’Ardinghello et de Benedix rappelle, comme celle d'Hyperion et d'Alabanda, les amitiés sentimentales

(1) Heinse, Werke, t. IV, p. 8.

(CMS CAN ÉENTEUGRE

(3) Heinse, W., IV, 41.

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