‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 59 sur 65 · SRE TEA GO; (SP AN 02227 (CS 0 CAEN EE · texte numérisé non relu

SRE TEA GO; (SP AN 02227 (CS 0 CAEN EE

plus personnelle que les vers, Car le poète, délié des cadences traditionnelles auxquelles il ne peut dérober son vers, n'est plus obligé de rompre le rythme individuel de sa forme à des mesures toutes faites. Les éléments mesurés s’assemblent ici de diverses façons, et l’on a plutôt une suite de membres rythmiques que des vers réellement construits. Il se forme un rythme instable, imprécis et sensible, sans règles définissables, se faisant sans cesse et se défaisant, se marquant ou s’atténuant, selon la nature des pensées, nettement détaché dans les passages de sentiment intense et de ravissement lyrique, plus voilé dans le récit, les morceaux de raisonnement ou d'analyse.

Libre de tous les liens qui lattachaient à la société humaine, initié aux mystères de l'univers infini, Hyperion exprime sa nouvelle félicité dans un hymne à la nature dont nous essävons de mettre à nu les effets mélodiques par la disposition tvpographique des mots en fragments scandés.

O du | so dacht | ich mit deilnen GϾt|tern Natur |

Ich hab : ihn aus|getræumt | von Men/schendinglen

den Traum | und salge nur | du lebst | und was |

die Friedenslos|en erzwunglen erdacht | es schmilzt | wie Per/len von Wachs | hinweg | von dei[nen Flam|men

wie lang | ist es | dass sie | dich enthehlren o wie lang | ist es | dass ihlre Menge

dich schilt | gemein | nennt dich | und deilne Gœtter | die Lebend’ | gen die selligstil[len

es falllen die Men|chen wie fau/le Früchl|te

von dir | o lass | sie un|tergehn |

so kehrn | sie zu deilner Wurlzel wielder

und ich o | Baum des | Lebens | dass ich wie|der

grüne | mit dir | und deifne GiplJfel umat|me mit all | deinen | knospen|den Zweigen | denn alle wuch]sen wir aus dem gold/nen Sa|menkorn | herauf | (1).

Il ne faut pas voir dans ce passage une simple suite de métaphores qui se succèdent selon un rythme musical. Le sentiment poétique ne se sépare pas de l'expression harmonieuse qu'il revêt, car il est lui-même harmonie, évocation chantante de sons qui traduisent les émotions et les pensées. Il y a ici un accord intime, indissoluble du rythme et de l’idée, l'harmonie semble naître avec la pensée, de sorte que l'effet réel est synthétique et simultané, produit par la combinaison subtile des éléments intellectuels, sentimentaux et musicaux.

Mais, pour faire apparaître les bases rythmiques de cette prose, il ne suffit pas de scander un passage d’effusion lyrique particulièrement mélodieuse, Toutes sortes de correspondances, allitérations, assonances, éclat ou étouffement des sons, poids ou légèreté des syllabes, accélération ou ralentissement des mesures, symétrie ou inégalité des groupements, concourent ici à la qualité musicale de la phrase. .

Voici quelqres exemples d'expressions allitérées

« Wie die Biene unter den Blumen » (2),

« die liebliche Luft » (3),

« Meine Arme flogen der freien Flut entgegen » (4).

L'assonante, c'est-à-dire la répétition d'une même voyelle à l'intérieur des mots, se rencontre moins fréquemment dans le roman d’'Hôlderlin

« Wie hass ich alle die Barbaren... die tausendfältig « die jugendliche Schünheit iüten und zerstoren » (1).

L'étouffement des sons peut exprimer le caractère vague et mélancolique des choses qui ne sont plus et qui n'existent qu'à l’état de souvenir. Tel est le ton dominant dans Hyperion, où le héros évoque des événements passés dont le récit ne fait que réveiller en lui une ancienne impression, Les sentiments, dépouillés de leur’ force primitive, apparaissent parfois comme à travers un voile : « Fern «und tot sind meine Geliebten und ich vernehme durch « keine Stimme von ihnen nichts mehr » (2).

L'harmonie de ces lignes produit sur nous une impression de mélancolie et de lointain qui vient, en partie, du rythme calme et lent, de l’accentuation régulière, de la plénitude des sons due à l'abondance des syllabes en ïe, ei, i et e muet.

Les passages qui expriment une émotion intense telle que l’amour et l'enthousiasme patriotique, les apostrophes aux divinités de la nature et les périodes didactiques, se distinguent par l'éclat des sons et la correspondance des propositions dans la phrase généralement longue et cadencée : « Abtrünnig bin ich geworden von Mai und « Sommer und Herbst, und achte des Tages und der Nacht « nicht mehr, wie sonst, gehüre dem Himmel und der « Erde nicht mehr, gehüre nur einem, aber die Blüte des « Mais und die Flamme des Sommers und die Reife des « Herbsts, die Klarheit des Tages und der Ernst der Nacht, «und Erd und Himmel ist mir in diesem Einen vereint ! « So lieb ich » (3).

Pour exprimer une sensation physique ou concréter une idée abstraite, Hôlderlin imite parfois les bruits et les mouvements de la nature par l'harmonie rythmique de la

Ole

phrase : « Wenn ein lindes Wehen meine Wange be- « rührte » (1).

L'articulation lente et molle, l'abondance des syllabes en we et Wa, qui se succèdent à intervalles réguliers, évoquent le frôlement de la brise.

« Wie Nebel im Herbste » (2). Ces sonorités adoucies donnent l'impression d'un brouillard qui passe.

« Es schwinden, es fallen « die leidenden Menschen.…..

« Wie Wasser von Klippe

« zu Klippe geworfen

« Hahrlang ins Üngewisse hinab » (3.

Le rythme de ces vers imite le mouvement et le bruit monotone des eaux qui coulent sans jamais s'arrêter et se perdent, comme nos jours, dans l'infini.

IT. — Les Images

Hôiderlin concrète parfois ses sentiments et ses pensées en leur donnant la valeur objective d’une forme, d’une couleur, de la lumière, du mouvement où du son.

Les formes caractéristiques du monde extérieur lui inspirent peu d'images. [1 faut cependant citer celle-ci

« Wir wollen wachsen da hinauf, und dort hinaus die Aste und die Zweige breiten » (4).

Ainsi, l'activité humaine qui aspire à un but toujours plus haut éveille chez le poète la vision d’un arbre dont les branches s’élancent vers le ciel,

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