ARE
entre 1789 et 1793, et ces deux manifestations du génie d'Hôlderlin sont profondément liées l’une à l’autre (x).
Lorsque le poète quitta le Stift de Tübingen, ce fut pour aller se reposer quelques mois près de sa famille, dans l'atmosphère natale de Nürtingen, attendant de trouver un emploi en harmonie avec ses connaissances et.ses rêves d'avenir. Cet emploi, il l'obtint par l'entremise de Schiller qui lui fit proposer un préceptorat dans la famille de Charlotte von Kalb. Il accueillit avec enthousiasme l'idée de se rapprocher de Iéna qui était alors le foyer de la vie intellectuelle allemande et de vivre dans l’atmosphère de Schiller dont l'exemple avait guidé sa formation intellectuelle. |
C'est donc avec foi, avec une pleine confiance en la vie qu'il partit pour Waltershausen le 20 décembre 1793.
Hôlderlin mit à prolit le calme du château et la retraite dans laquelle vivait la famille de Kalb. Il lut et médita le Phèdre de Platon, le traité de Schiller sur la grâce et la dignité, la critique du jugement de Kant.
L'influence de ces lectures, surtout celle de la critique du jugement, est très sensible dans la version d'Hyperion qui parut dans la Thalia de Schiller, en novembre 1794.
Cette version présente la forme épistolaire qui réapparaîtra dans la rédaction de 1597. Dès le début du fragment, le héros semble parvenu au terme de son évolution morale, et dans les lettres qu'il adresse à son ami, il raconte cette évolution, il l'apprécie.
Le but moral qu'Hyperion s'était proposé d'atteindre paraît être l'idéal kantien, Il a reconnu la supériorité de la raison sur la sensibilité et il a fait un effort pour secouer le joug des instincts (2). Volontairement, il s'est soustrail
(1) Aucun document ne nous permet de faire coïncider la première élaboration d'Hyperion avec celle des grands hymnes. L'hypothèse d'une préparation du roman à l’époque de Tübingen ne s'appuie que sur l’analogie de l'inspiration dans Hyperion et dans les hymnes.
(2) Nous étudierons l'influence de Kant sur le Thalia-Fragment dans le chapitre V,
à toutes les influences qui pouvaient enrichir sa sensibilité ;: il a fui le contact des autres hommes, il s'est réfugié dans la solitude pour n'écouter que la voix de sa raison. « L'isolement, loin de tous ceux qui vivent, voilà ce qu'il cherchait » (x).
Dans cette solitude, Mélite lui apparaît en éducatrice ferme et éclairée, et, de suite, il lui voue un amour éternel, fait surtout de vénération profonde pour l'idéal moral qu'elle incarne.
Mais leur intimité dure peu. Séparé de Mélite, Hyperion vit dans l'espérance de la retrouver « à une époque inconnue de la vie éternelle » (2) et il répand sur la nature l'amour qui fait déborder son cœur. La nature, en effet, dont il s'était écarté, l'appelle et le sollicite ; il croit entendre « des voix qui s'élèvent des profondeurs de la terre et de la mer » et qui lui demandent : « Pourquoi ne m'aimes-tu pas, moi ? » (3).
Ces événements sont déjà anciens au moment où Hyperion les relate. Il a quitté sa patrie pour aller chercher la vérité au delà des mers, mais l'énigme qu'il n'avait pu pénétrer ni par la réflexion personnelle, ni par les enseignements de Melite, ni par la contemplation de la nature, reste pour lui un angoissant mystère. « Je le chercherai », s'écrie t-il, « jusqu'à ce que je l’aie trouvé, le mot de « cette grande énigme, qui sera ma vie ou ma mort » (4).
Lorsqu'Hôlderlin quitta Waltershausen , en janvier 1709, il essava de réaliser le rêve qu'il caressait depuis longtemps : il s'installa à Téna, près de Schiller, de Fichte, de tous les grands maîtres de la pensée allemande, espérant y vivre de son travail littéraire, sans faire appel à la générosité de sa mère. Il abandonna, presque entière-