‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 62 sur 65 · GS SANENE EL CHEN SET · texte numérisé non relu

GS SANENE EL CHEN SET

d'un champ florissant. Puis il identifie les vestiges de cette splendeur et les épis oubliés après la moisson,

« Ich liebe meine Heroen, wie die Fliege das Licht » (x).

Le lien qui unit les deux membres de cette comparaison apparaît d'abord confusément, mais dans la suite, le poète indique lui-même le moyen-terme qui lui a permis de construire l’image : « Ich suchte ihre gefährliche Nähe, « und floh und suchte sie wieder. »

Les images factices sont le produit d'une intention véritable, d'une recherche méthodique ayant pour but de compléter un ensemble par des traits analogues. Après une image qui annonce un certain rapport entre deux choses, le poète reprend ce rapport, le double, le triple, le décuple par l'accumulation d'images équivalentes

« Hätten die Schnitter, « Scheunen mit seinen Halmen bereichert, so wäre nichts « verloren gegangen, und ich wollte mich begnügen, « hier als Ahrenleser zu stehen » (2).

die dies Korufeld gemäht, ihre

Les exemples suivants montrent que l'enchaînement du sens ne détermine pas seul lextension de lPimage. Les rapports des mots, l'homonymie et l'allitération contribuent à entraîner de telles associations de métaphores :

— « So würden wir dir sagen, dass wir da sind aufzu- « räumen auf Erden, dass wir die Steine vom Acker lesen « und die harten Erdenklôüsse mit dem Kraft zerschlagen, « und Furchen graben mit dem Pflug, und das Unkraut « an der Wurzel fassen, an der Wurzel es durchschnei- « den, samt der Wurzel es ausreissen, dass es verdorre « im Sonnenbrande » (3).

Presque toutes les images du même genre que nous pourrions citer seraient empruntées aux entretiens des

personnages.

D'une manière générale, dans Hyperion, la discussion semble moins imagée que le récit où les métaphores sont l'expression d'un état d'âme, Mais lorsqu'elles apparaissent dans la conversation, elles s'accumulent et se déterminent les unes les autres.

Les images sont toujours le signe d'une sensation, d'un sentiment ou d'une pensée. Eles se classent donc d'après leur signification mentale,

Celles dont l'origine est physique, où la sensation détermine le sentiment et l’idée sont très rares dans Hyperion. Nous n’en pourrions ciler qu'une :

« Wir hatten eine herrliche Fahrt nach Chios gemacht.…. « wie Lüftchen über die Mecresfläiche walteten über uns « die freundlichen Zauber der Natur » (1).

Par contre, Hôlderlin affectionne les métaphores proprement intellectuelles du genre de celle-ci

« Der Mensch ist ein Gewand, das oft ein Gott sich « umwirft, ein Kelch, in den der Himmel seinen Necktar « giesst » (2).

D'une manière générale, c’est l’idée qui éveille chez lui et qui entraîne l’image. À vrai dire, de telles images ne reproduisent pas les aspects du monde. Les manifestations de l'esprit et du cœur s'expriment par l'intermédiaire des données extérieures et leur imposent leur caractère ou leur loi, Puis, au terme de l’évolution imaginalive, cette matière même disparaît et le poète n'imagine plus que ce qu'on ne peut ni voir ni entendre

Hôlderlin donne aux images une valeur morale par l'emploi d'épithètes tout idéales, dépourvues de couleur et de beauté pittoresque, mais qui font participer la nature à la vie intérieure.

Telest le cas dans les expressions suivantes

Das schmeichelnde Meer — die freudige Kornblume —

(SEEN EMTIMIOE

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die trauernde Erde das seelenvolle Grün — die lebensmüde Erde — der schüchterne Mond.

C'est donc surtout par le choix des adjectifs que se révèle la tendance du poète à charger ce qu'il voit de tout ce qu'il sent. Son imagination se détache de la réalité dont elle transforme les apparences en y mêlant des images morales. L'objet n'est plus décrit dans sa simplicité et sa réalité, il paraît modifié par l'émotion intérieure,

Mais Hôlderlin a conscience que l'expression la plus subtile ne peut rendre complètement la nuance d’un sentiment ou d’une pensée, que tout mot précis est une barrière, que toute épithète trop nette enclot l'émotion comme si elle était finie. Aussi préfère-t-il souvent aux traits nets et marqués l'emploi d'un substantif abstrait qui rend mieux l'essence permanente des choses que leurs appa- “rences fugitives

— Die Blüte des Mais — die Flamme des Sonmers — — die Reife des Herbsts — die Klarheïit des Tages — der érnst der Nacht (x).

11 symbolise de même la personnalité de Diotima :

« Das Einzige, das meine Seele suchte » (2).

« Das Heilige, das so anspruchslos zur Seite mir « ging ») }:

De cette tendance à l’abstraction qui caractérise Hôlderlin, vient en partie la noblesse de son style métaphorique. Il évite avec soin toute locution populaire ou proverbiale et nous ne trouvons dans son roman qu'une seule image exprimée en langue vulgaire

« Athen war Alexanders Dirne geworden » (4).

Nourri de littérature grecque et latine, Hôlderlin puise

(4) HW. II, 101.

er AIN

souvent la substance de ses images dans la mythologie antique

« Wie ein Geist der keine Ruhe am Acheron findet, « kehr’ ich zurück in die verlassenen Gegenden meines « Lebens » (r).

« Wie Jupiters Adlér dem Gesange der Musen, lausch « ich dem wunderbaren, unendlichen Wohllaut in mir. »

« So lange schlich die Zeit, wie der Hôüllenfluss trüb « und stumm, in dem Müssiggange vorüber. »

Mais, à côté de l'influence païenne, il faut signaler celle du christianisme qui déteignit fortement sur la langue d'Hôlderlin, L'étude de la théologie et la lecture des livres saints avaient développé en lui des habitudes de style qui se traduisent dans son roman par des métaphores et des expressions d'origine biblique.

Disposé, par nature, à la tristesse, il devait sentir profondément la mélancolie qui se dégage de la bible où retentissent si lugubrement les échos de la douleur humaine, où se révèle la petitesse de l’homme dans l’univers, le néant de sa vie réduite à la faiblesse et condamnée au malheur.

La grande malédiction qui semble planer sur le monde terrestre, Hvperion lexprime par une image empruntée à la genèse « So schmeicheln und schleppen die Meuschen es [das Gôllliche] heraus, auf das Feld des Fluches, dass es, wie sie, im Schweisse des Angesichts sich abarbeite » (2).

Nous lisons au troisième chapitre de la genèse :

« Jehova dit à Adam : « La terre est maudite à cause

de toi. C'est à la sueur de ton front que tu mangeras « Ton pain, »

Ecœuré par le spectacle de la misère humaine, Hyperion

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