‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 8 sur 65 · HOW · texte numérisé non relu

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il projette en elle le rêve d'humanité idéale que les Grecs réalisèrent. Il admire chez cette jeune femme à peu près de son âge, mais bien plus apte que lui à se mesurer avec les difficultés de la vie, l'union de l'esprit pratique, de la calme sérénité et des enthousiasmes vibrants. Elle réalise la totalité et l'harmonie des aspirations, elle lui apparaît comme l'incarnation de la beauté, de la sagesse, de la perfection qu'il croyait à jamais disparues : « La majesté « et la tendresse, la joie et la gravité, le jeu charmant « et la sublime tristesse, et la vie et l'esprit, tout s'unit « chez elle en une divine harmonte » (x).

Cette figure féminine, d’un charme très pur et très prenant, Hülderlin l'embellit encore des nuances chatoyantes de son rêve et, près d'elle, il entrevoit pour la première fois ce que peut être l'amour.

Avant de connaître Suzette Gontard, il n'avait éprouvé que des passions illusoires et passagères. Sa tendresse pour Louise Nast s'était rapidement évanouie et on reconnaît à peine les traits de la jeune fille dans la vague silhouette de Mélite. Son affection pour Elise Lebret, qui paraît passionnée dans le début, s'effondre bien vite dans un mélancolique désenchantement, et si M*% de Kalb l’intéressa par son extraordinaire vivacité d'esprit, elle ne lui inspira point d'amour, car elle répondait trop peu à l'idéal de beauté fragile et de délicate tendresse qu'on cherche toujours chez la femme,

Les éléments de perfection qu'il avait rencontrés chez différentes figures féminines et qu'il avait idéalisées dans ses rêves, M Gontard les réunit en une seule personnalité harmonieuse et équilibrée. Le jour où elle lui apparut, une vie nouvelle commença pour lui et son cœur, jadis accablé par les angoisses de la solitude et du découragement, salue les beautés du monde et revient à la vie. Comme Hvperion, il éprouve donc sous l'influence de

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l’amour une renaissance de tout son être, et le r1 février 1796, un mois après son arrivée à Francfort, il écrit à son frère : « Il était grand temps que je rajeunisse un « peu, sans cela, j'aurais été vieux avant d’avoir atteint « la moitié de mon âge » (x).

En effet, Hülderlin rencontre Diotima dans une de ces périodes de dépression morale qui alternent chez lui avec les enthousiasmes délirants. Il se sentait accablé par le poids de l'existence, et l'amour est pour lui un rayon divin qui vient illuminer la nuit de sa mélancolie. Sa force et son courage se raniment peu à peu ; comme un Convalescent, il trouve d’exquises jouissances dans les moindres charmes du présent. Il ressemble, dit-il, à une plante « tombée dans la rue avec sa terre et son pot ; ses pousses « et ses racines furent blessées, et, transportée dans une « terre nouvelle, c'est à peine si des soins délicats l’em- « pêchent de mourir. Mais elle restera toujours quelque « peu flétrie et étiolée » (2).

Ainsi, la fermeté de M°° Gontard, son calme, sa séré- nité, apaisent et égaient l'âme troubiée du poète, elle jui apparaît comme une muse charmante « plus belle que celle de ses rêves » (3) dont le chaste baiser inspire l'enthousiasme et réveille l’activité littéraire. De son âme rajeunie et viviliée, s'élèvent des hymnes séraphiques à l'amour, à l'amitié, à la nature, et lui, qui avait coutume de travailler lentement, il achève, en quelques mois, les deux premiers livres de son roman et il les fait paraître à Pâques 1797. « Le premier volume de mon Hyperion », écrit-il en février 1797, « paraîtra à Pâques, au plus tard ; « des circonstances fortuiles en ont retardé la publi- « cation » (4).

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