‹ Études sur l'Islam en Côte d'IvoireChapitre 12 sur 67 · COMMERÇANTS ET MARABOUTS MAURES · texte numérisé non relu

COMMERÇANTS ET MARABOUTS MAURES

« La connaissance que vous avez obtenue du caractère des xMores, pendant votre long séjour en Barbarie, rend parfaitement inutile, à votre égard, les avis qu'on pourrait donner. Cependant, il sera bon de remarquer jusqu'à quel point on pourrait avoir confiance en ceux qui résident à Coomassie, et s'il serait politique de les employer comme interprètesou autrement, car, par religion autant que par intérêt, ils doivent être plutôt portés à nous nuire qu'à nous protéger. Il est possible cependant que vous les trouviez moins attachés à leurs principes religieux qu'au désir de s'enrichir, et que par des mesures prudentes, vous réussissiez à tourner l'influence qu'ils exerce sur le gouvernement d'Ashantee, en faveur des intérêts britanniques. 5^

Dans le courant de igoS, un marabout mi-blanc, mihaoussa, originaire de Kouka (Northern Nigeria), du nom de Mohammed Othman, est signalé par ses prédications et perturbations sociales dans la forêt. Il arrive, vers mai, à Bondoukou, où il est possible de le surveiller de près. Là, on apprend qu'il a quitté Diafokou dans le Baghirmi, vers 1903, et qu'il s'est rendu, par ordre du Mahdi chez les populations du golfe de Guinée pour réformer les musul mans et amener les païens à la voie droite. A Bondoukou, la parole de cet envoyé du mahdi est puissante sur l'esprii des indigènes. Il fait des quêtes, ordonne la destruction des tam-tam, s'absorbe en de longues prières extatiques dans les mosquées, conseille la mort de tous les animaux de couleur noire, prescrit de nese vêtir que d'étoffes blanches, et un beau jour, dépassant la mesure, invite tous les mulsulmans à faire aiguiser leurs sabres, car l'heure du Mahdi est proche et les Blancs vont être chassés. Il fut arrêté avec sa femme et ses serviteurs et envoyé à Dakar. Ses serviteurs, qui étaient d'origine dahoméenne, furent ramenés chez eux. Quant à lui et à sa femme, ils furent l'objet d'un arrêté d'expulsion, expédiés sur Lagos, et signalés à l'attention des autorités anglaises (décembre igoô). On ne lésa

plus revus. On a pu constater plus haut que certaines de ces prédications, et notamment la destruction des animaux noirs, avaient été reprises à leur compte par des sorciers fétichistes de la forêt.

La propagande de Mohammed Othman avait des continuateurs ou des initiateurs. Le 8 août igoS, on arrêtait à Bouna un métis de Toucouleur et de xMaure de Sokolo, Oumara Faroukou. C'était un disciple du grand marabout Karamoko Moussa, alors établi à Salaga. Le but de Karamoko était, semble-t-il, de se rendre à Tombouctou, point terminus de sa mission, tout en recrutant de nouveaux adeptes à l'islam. Oumara Faroukou déclare que ni lui ni son maître n'avaient de relations avec le marabout Mohammed Othman précédemment arrêté. Oumara Faroukou fut dirigé sur Bingerville. De renseignements obtenus il résulta que Karamoko Moussa, de Salaga se dirigea vers Oua et de là remonta vers le Nord. Son prosélytisme fut particulièrement brutal et la chicotte fut le grand argument de ses prédications. Plusieurs indigènes qui mettaient une certaine tiédeur à se convertir furent roués de coups.

Chose extraordinaire, cette étrange prédication n'émut pas outre mesure les fonctionnaires anglais, qui se bornèrent à inviter Karamoko à quitter au plus tôt Oua et la région voisine. Or il fut établi par la suite que Karamoko Moussa n'agis sait point pour son propre compte, mais avait des relations suivies avec Mohammed Othman et n'était autre, lui aussi, qu'un émissaire de Si Mahdi, ou du moins se disait tel.

En 1906, un Cheikh arabe de Médine, Siyed Mohammed ould Chérif Soma Allah, débarque à Bassam, et après une exploration minutieuse de la lagune et de la basse forêt, arrive à Toumodi, puis déclare se fixer définitivement à Tiassalé pour y faire du commerce. 11 est sans moyens d'existence. On le surveille de près, ce qui rend impossible toute prédication intéressée. 11 se remet en marche et finalement disparaît sans laisser de traces.

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