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En 191 5, on arrête à Bondoukou, après une année de surveillance, un pèlerin vagabond, Al-Hadj Abou Bakr, qui, arrivé de la Mecque par Fort-Lamy, où on lui avait donné un laissez-passer, s'était signalé dans la Baoulé, à Bondoukou et à Bouna par des palabres douteux. Il déclare alors qu'il ne relève que du sultan de Stamboul. Remis en liberté avec invitation à chercher fortune ailleurs, il continue ses pérégrinations sur la Gold Coast. On ne l'a plus revu.
La famille des Mourad est plus intéressante et a fini par s'acclimater en Côte d'Ivoire. Abdoul-Karim Mourad ould Omar est originaire d'Arabie. Il est né à la frontière de la Syrie et du Hedjaz vers 1860 .
11 arriva du Sénégal, vers 1904, venant de Médine où il aurait professé l'arabe. Il commença, à l'exemple de plusieurs de ses compatriotes, par demander des aumônes aux indigènes, à titre de natif des saints Lieux venant de la Mecque. Il })ut ainsi se constituer rapidement un petit pécule qui lui permit de se livrer au commerce des livres saints. Pour les besoins de son commerce, il entra en relations avec Ahmadou Bamba, pontife des mourides sénégalais, et avec les principaux marabouts de la colonie. — Il est toujours resté en relation avec eux. Comme c'est un fin lettré arabe, Cheikh Thioro, ancien cadi supérieur de Louga et l'un des frères d'Ahmadou Bamba, lui confia son fils,qu'Abdoul-Karim emmena, avec lui, à la Côte d'Ivoire.
Après un premier séjour aa Sénégal, Abdoul-Karim partit au Lagos, où il ouvrit une école musulmane, d'où il fut chassé.
Il revint au Sénégal, en décembre 1908, et y resta un mois, pendant lequel il alla encore rendre visite au marabout de Thiéyaine. Il s'embarqua, le 2 février 1909, pour Grand-Bassam.
Il resta à Grand-Bassam de février à octobre, à Kotonou de novembre à décembre, à Porto-Novo de décembre 1909
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à avril 1910. On le trouve en perpétuelle errance à Abomey en mai, en Guinée en juin; on perd sa trace de juillet à fin octobre. Il reparaît au Sénégal le 2 novembre. Il visita Ahmadou Bamba, qui était à Diourbel cette fois, dans le courant du mois et partit sur l'Afrique pour Grand- Bassam, le 2 janvier 191 1. Depuis cette date, il est retourné en Nigeria, mais on l'a vu à maintes reprises en Côte d'Ivoire et au Sénégal.
Il s'intéresse aux manuscrits arabes, recueille ceux inédits, qu'il peut trouver, pour les faire éditer au Caire ou à Beyrouth chez Moustafa Al-Habi Al-Halabi, à qui il doit d'ailleurs de l'argent.
Plusieurs ouvrages arabes, dont les manuscrits lui ont été remis par Ahmadou Bamba, ont été ainsi publiés par ses soins : on en trouvera la liste dans « L'Islam au Sénégal » (Les Mourides d'Ahmadou Bamba). Il a encore fait paraître les poésies religieuses d'Ibn Al-Mouhibb et une grammaire arabe d'Ibn Bouna, iMaure de la tribu des Tadjakant, qui a fait un commentaire apprécié de l'Alfiya.
Deux autres ouvrages, également remis à Abdoul-Karim par Sérigne Bamba, seraient en cours d'édition : l'un est un commentaire du Coran, ayant pour titre « Dzahabou-1 Ibriz », de Mohammed Al-Yadali, marabout du Trarza, de la tribu des Oulad Deïman, l'autre un commentaire de Sidi Khalil « Al-Mouyassar » de Mohand Baba, également de la tribu des Oulad Deïman.
Tout compte fait, Abd El-Karim Mourad paraît être surtout un commerçant, et sa véritable voie, enfin trouvée, est le trafic des kolas, des tissus et du sel.
Il a installé son neveu Mohammed Mourad ould Mohammed ould Omar à Korhogo. Ce jeune homme, dont les parents sont arabes et morts au Hedjaz, a été recueilli et élevé par son oncle. Il l'a suivi dans beaucoup de ses pérégrinations et finalement, à cause de son mauvais état de santé, s'est établi à demeure à Korhogo et a ouvert une boutique.
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Il a épousé une femme baoulé et en a deux enfants en bas âge. « Ma femme, raconte-t-il, se dit musulmane pour me faire plaisir, mais ce n'est pas vrai et au surplus la chose ne m'intéresse pas. Je la vois pourtant quelquefois faire sa prière. » Mohammed Mourad paraît sympathique, il n'est nullement dangereux. Il ne participe d'ailleurs à aucun des exercices religieux de la mosquée.
Le Ouorodougou a vu, ces derniers années, passer deux Arabes nord-africains qui ont disparu sans laisser de traces, après plusieurs escroqueries caractérisées. Le premier, Chérif Salah, est signalé vers 191 2. C'est un jeune Tunisien, commerçant à Dimbokro. Il était arrivé à Mankono sous couleur de commerce. En réalité, il cherchait surtout à vendre des bagues miraculeuses, au point de vue de la procréation, et qui n'eurent pas le moindre succès. Il fut reçu assez froidement par les marabouts de Mankono, qui le logèrent dans une mauvaise case, et comme cadeau de bienvenue, lui offrirent un maigre cabri de quelques semaines. Ils consentirent toutefois à l'admettre au premier rang à la prière. Salah, écœuré de ces procédés, déclara que ces musulmans étaient de bien tristes érudits, tout à fait étrangers aux choses de Dieu ; puis ne faisant pas ses frais, il disparut.
L'autre, Ahmed ould Bekkaï, originaire de l'Oued Rhir (Constantine) venait également de la côte dans un but de commerce. Il fut immédiatement discrédité par ses demandes continuelles de vin de palme... pour faire du pain? Il n'eut même pas un cabri. Il est vrai qu'il ne mit jamais les pieds à la mosquée.
Un personnage plus redoutable fut le nommé Sidi Laminé Sérijou, détenu plusieurs années pour escroquerie à Mankono. Métis de Maure et de femme noire, il mita profit son teint clair pour se faire passer pour Arabe chez les fétichistes, il est vrai. Vivant un peu comme les santons d'Algérie, impressionnant les gens simples par son mélange
de sorcellerie et de connaissances coraniques, il escroqua ainsi un nombre considérable de bœufs et beaucoup de numéraire, fut dénoncé par les musulmans de Mankono. Lui aussi a disparu, à sa sortie de prison. On le reverra.
Chérif Ali ben Tahar, de Qmar, tribu des Oulad Abd El-Qader, de l'Oued Souf (Constantine). Né vers iBSg, il quittait ses oasis du sud constantinois et errait en commerçant de Tunis à Oran. Il vint au Maroc, où on lui parla du Sénégal. Il continua ses pérégrinations sur la côte d'Afrique, en visita les différentes localités, monta'par Dimbokro jusqu'au Soudan, tint boutique à Sikasso et, finalement, après maintes aventures, trop longues à rapporter, ce commerçant, type échappé des Mille et une nuits, s'est fixé à Bouaké. Il y fait le commerce de bétail, servant d'intermédiaire entre les maisons de commerce et les indigènes. Il a, jadis, à San, épousé une femme songaï, fille d'Arma, et n'en a qu'une fillette.
Son frère Ham^a, qui l'a rejoint vers 1908, est son associé et son courtier. Il a épousé Oumati, fille de Chérif Habib, qu'on verra ci-après.
Chérif Ali est un homme usé par le climat colonial et complètement désabusé. Il n'a pas d'ouird, ne se mêle nullement aux musulmans locaux, ne va jamais à la mosquée et fait ses dévotions chez lui. Il reconnaît lui-même que l'Islam n'a jamais fait de progrès et est peu susceptible d'en faire chez les populations agni. Il en donne comme exemple les nombreux mariages que les Soudanais musulmans contractent avec des femmes du pays. Elles se disent musulmanes pendant la durée du mariage et pour faire plaisir à leur époux. Mais elles ne remplissent aucune obligation religieuse, et avec la rupture du mariage abandonnent jusqu'au titre de musulmane. C'est un homme intelligent et instruit, sans aucune influence locale.
Chérif Habib ould Moulay Omar ould Sidi Mohammed ould Moulay Mahdi est de la lignée des Chorfa de Néma-
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Oualata. Il est né vers 1870, est venu ici vers 1900 et a ouvert diverses boutiques sur la voie ferrée : Tiémélikro, Agboville, Dimbokro, Bouaké. A Dimbokro il fait même le boucher. Il sert, en réalité, de représentant aux nombreux Maures, marchands de bestiaux, qui descendent du Nord, facilitant l'écoulement de leur marchandise, ou en la leur achetant lui-même. Il a épousé diverses Soudanaises et en a eu des enfants. Son frère, Mohammed Salah, venu jadis avec lui, est décédé il y a quelques années. Chérif Habib a été affilié jadis au qadérisme par son oncle, Moulay Abd Allah ould Moulay Ismaïl; il paraît, d'ailleurs, beaucoup plus occupé de commerce que de religion.
Il emploie divers coureurs de brousse et agents d'affaire, dont le plus intéressant paraît être Mohammed Abd Allah ould Hanina, des Tadjakant de Tindouf, originaire de Sokolo, garçon fort intelligent et ouvert.
Mohammed Abd Allah ben Ali appartient à une tribu maure du Hodh (cercle de Goumbou-Nara, Haut-Sénégal et Niger) et y est né vers 1869. Il y a une vingtaine d'années qu'il erre dans la haute région de la Côte d'Ivoire et dans les ^ares ou gros centres de la zone sylvestre. Venu au début pour commercer, il s'est peu à peu habitué à vivre sur le pays, s'occupant à de petites besognes de traitant quand l'occasion s'en présentait, vivant le plus souvent aux crochets de ses coreligionnaires et même des fétichistes. Loin de nos postes, on l'a vu parader de village en village à la tête de 40 à 5o talibés, aventuriers de tout poil. C'est un individu peu intéressant et douteux au point de vue politique. Après plusieurs altercations à Dimbokro et Bingerville, il a été invité à regagner son pays d'origine.
En dehors de ces personnalités, plus ou moins notoires, il faut signaler les quelques douzaines de Maures, en général originaires du Hodh et du Sahel soudanais : Kounta, Tadjakant, Ahel Taleb Mokhtar, Chorfa, hassanes même, qui circulent le long de la voie ferrée et des grandes pistes
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caravanières, amenant sans arrêt du Nord, par Bougouni et Sikasso, de petits troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres, aussitôt consommés qu'arrivés et remportant des kolas, des tissus, du thé, du sel, etc. Ils n'exercent aucune influence islamique sur les populations de la forêt et cherchent surtout à s'enrichir par le négoce. Il apparaît nettement que s'il arrive quelquefois aux dioula mandé de parler religion aux animistes, sans succès d'ailleurs, on ne saurait faire un semblable grief aux Maures et métis maures du Nord.