‹ Études sur l'Islam en Côte d'IvoireChapitre 15 sur 67 · Odienné · texte numérisé non relu

Odienné

a) Senoufo. — Les Senoufo (Siénémana), peu nombreux dans la région d'Odienné, sont tous inclus dans le canton du Naoulou. De mémoire locale, les différents sous-cantons, Sewala, Zonohola, Guendéla, Bona, jouissaient, de leur autonomie. Le bouleversement islamique de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle amena leur union sous l'autorité de Daba, chef du sous-canton Bona. Tous les Senoufo d'Odienné formèrent ainsi une seule unité politique : le Naoulou. Avec le temps Daba, devenu aveugle, puis impotent, perdit à peu près toute autorité. Ses successeurs étaient trop jeunes pour le remplacer. Au surplus, les conditions n'étaient plus les mêmes. Bref, on dut, en août 1916, scinder le Naoulou et rétablir les anciennes divisions.

Le personnage le plus important est Noumoukié Koné, qui commande le sous-canton de Sewala (villages de Ngoloblasso, Boroumasso, Dzéguétiéla et Karasso). Il est peu riche, mais vit dans l'aisance, grâce au travail de ses nombreuses femmes et enfants. On trouve à peine quelques dioulas musulmans dans ces i.5oo Senoufo animistes. On n'en trouve pas plus dans les autres cantons.

Mandé fétichiste. — C'est ici le principal centre des provinces mandé restées fétichistes, entre les deux pôles musulmans des Màlinké de Kankan et de Beyla, et des Mandé-dioula de Korhogo-Kong. .Mais leur islamisation par leurs frères de races, de langue et de mœurs n'est sans doute qu'une question de temps.

Ces provinces sont : le Folo, dont le chef Kassoum Diémessi, né vers 1870, habitant Maninian, a été sofa de Samory et a fait colonne en cette qualité dans le pays de Korhogo. Les 2.5oo Mandé de ce canton sont fétichistes.

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On ne trouve quelques musulmans qu'à Maninian, Madina et Sokoro. Les Foulanké, qui habitent ce canton, sont métissés de sang peul ; le Gouaiiangala, dont le chef Tiékessé Koné, né vers 1890, habitant Sogorodougou, a fait, en qualité de sofa d'Ahmadou Touré, des expéditions dans le Naoulou senoufo. Les 2.000 habitants (28 villages) sont fétichistes, sauf quelques musulmans à Mohi Mossadougou, Férémandougou, Tendirima Sokoro ; le Toron, dont le chef Kélesseri Diarassouba, né vers 1860, habitant Kaniasso, descend de Massa Sokala Fani, fondateur de la province. Dans les luttes du Kabadougou, il prêta aide à Ahmadou Touré, le suivit en qualité de sofa dans le Ouorodougou, les pays de Touba, Man et Bougouni. Il était avec Samory, au moment de la prise de ce dernier. Rentré à Kaniasso, il fut presque aussitôt chef (1896). Ses i.5oo administrés, comme lui, sont rebelles à l'islam; le Bodougou, dont le chef Massa Doumbia, né vers i865, habitant Tienko, prit la fuite avec la plupart de ses 2.5oo administrés vers la Sibiriba (Bougouni), au temps des dévastations de Vakaba Touré, despote d'Odienné. Peu de musulmans. Revenus chez eux par la grâce des Français, les gens de Bodougou sont restés en relations avec leurs alliés de Bougouni ; le Bambala dont le chef, Fabéré Bamba, habitant Bougoussou, a été captif à Bafoulabé, libéré en 1896, et nommé chef de canton en 1898, à la mort de son frère. Le millier de Mandé de ce canton est fétichiste, sans trace d'islam; le Massala, dont le chef Bambatié Kourouma, né vers 1880, habitant Kimbérila, a succédé en 1890 à son père Mori Kourouma, sur l'élection des villages. Ce canton a beaucoup souffert des déprédations musulmanes. Mori combattit les Touré d'Odienné et de Samatiguila (destruction de N'Dola) et fut vaincu. Son canton fut placé sous la domination des Touré. Cette domination cessa lors de notre venue et le Massala recouvre son autonomie; Bambatié, trop jeune alors, ne prit pas part

La PRiÈKE A Olienné.

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à ces événements. C'est un chef de grande envergure, intelligent et obéi, prestigieux et admiré; son influence dépasse son canton. Il a un penchant fâcheux pour le dolo. Il a voué aux musulmans du pays, particulièrement à ceux d'Odienné et de Samatiguila, qui ont tourmenté son enfance, une antipathie non déguisée. Ses administrés, au nombre de 2.400, sont tous fétichistes.

Mandé musulmans. — Avec les trois cantons mandé musulmans d'Odienné, nous touchons au cœur même de l'islam historique et religieux de la région ; ce sont le Samatiguila, le Sienkono, le Tiénéet le Kabadougou. Le Samatiguila (ou Sambatiguila), sis sur la grand'route d'O.dienné à Bougouni, a joué un rôle fort important dans les luttes pour la prépondérance engagées par l'islam contre les animistes de la région d'Odienné. Toutes les traditions en rappelleat le souvenir. Le premier marabout, établi en cette région, fut Hadji Diaya Téguéré. Il résida dans la région avec l'autorisation de Siraza Diarassouba, chef de tout le pays.

Vers 1820, VakabaTouré, de Samatiguila, chef de guerre musulman au compte des Diarassouba, fît une expédition heureuse contre le Toron, puis des razzias fructueuses dans les pays du Bambala, du Seydougou, de Koulikoro, de Guéléba. Sur ces entrefaites, les Diarassouba de Vakaba entrèrent en désaccord, puis en lutte, et « le valet chassa le maître », comme dit Le Campion.

Les Diarassouba vaincus durent se réfugier dans la canton ingrat du Nafana. Samatiguila est demeurée la ville la plus musulmane delà région, « la ville Sainte» en quelque sorte, celle en tout cas où l'esprit musulman de vieille date s'est conservé le plus complet. Elle se devait de donner un appui complet à tous les conquérants noirs : Ahmadou Touré, Samore, etc.. Elle s'enrichit considérablement dans ces guerres de razzias. L'instauration de la paix française

et la libération des captifs devaient forcément nous l'aliéner. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'aujourd'hui, sous les apparences correctes, cette population nous témoigne la plus grande réserve, et souvent une hostilité sournoise.

Le chef du canton est Bakari Dialo, dit Sidiki, né vers 1880, qui tient depuis igiS la place de son père, Vanzoumana, vieux, fatigué, fini. Intelligent, réfléchi, actif, il a eu du mérite à commander fort convenablement ce canton, composé des villages de Samatiguila et de Tiesseriba (i.ooo habitants), où l'on trouve une profusion de marabouts orgueilleux, pédants, sûrs de l'amitié divine. Bakari Dialo possède une petite instruction arabe acquise auprès de son frère Almamy Diabi. Il est en relations correctes, mais plutôt froides, avec ses voisins, les chefs fétichistes du Toron et du Massala,

Les personnalités notoires de ce monde maraboutique du Samatiguila sont :

Vadiguiba Diabi, né vers i885, fils et successeur de Vadiguiba Diabi, almamy du village et marabout bien connu, qui a laissé de nombreux talibés dans la région. Il relevait du qaderisme de l'école maiinké de Kankan.

Son père, Karassou Mamadou, né vers 1825, s'est éteint au début du siècle. Il jouissait d'une grande considération. Avec ses dix femmes et ses nombreux enfants et petits- enfants, il représentait fort bien le patriarche biblique. On le considérait comme le chef des marabouts de la région : il disait aux officiers, du début de l'occupation, que son père Anzoumana Diabi avait dans sa jeunesse reçu une affiliation d'une zaouïa de Tombouctou. Par la suite, il y envoya des courriers, mais aucun d'eux ne revint jamais. C'est cet Anzoumana Diabi qui dominait religieusement dans la région, lors du passage de René Caillié (i" août 1827), et cette influence fut fort utile au voyageur. Celui-ci note, en eff"et, quelques semaines plus tard, àTiéné, où l'immobilisaient la maladie et d'horribles souffrances : « J'étais étran-

ger, mais sous la protection de l'almamy de Sambatiguila, ce qui, je crois, leur inspirait une sorte de crainte. »

Son fils Karassou n'hérita pas tout de suite de cette succession spirituelle : elle passa à Silama Tiéba, de Soukouralla, et ce n'est qu'à la mort de ce dernier que Karassou fut considéré comme chef religieux du pays. Entre autres disciples, Karassou laissa un marabout de choix : Laféré Lamina, né vers 1825, et qui vient de mourir à un âge avancé.

Le représentant actuel de la famille Vadiguiba fait l'école à cinq ou six enfants : c'est un arabisant de médiocre valeur et sa réputation n'est pas encore assise. Il paraît bien en main et rallié à notre cause. C'est en tout cas un des rares marabouts locaux à vivre en bons termes avec le chef de village. Il a été l'almamy de la grande mosquée de Sambatiguila jusqu'à 1919, date où il a été remplacé par son frère Mo Youssoufou Diabi.

Vakoussa Diabi, delà même famille et de la même voie, né vers 1870, est un petit maître d'école. C'est un homme intelligent et dévoué.

On peut dire la même chose de Issiaka Diabi, né vers 1878, petit maître d'école ouvert et sympathique.

On citera pour mémoire les autres marabouts de Samatiguila qui dispensent à 3, 4, ou 5 élèves la maigre science coranique qu'ils possèdent et dont l'esprit d'opposition est caractérisé.

Mori Birama Diabi, né vers i865, qui fut jadis expulsé du cercle de Bougouni pour avoir construit une mosquée dans le village de iMaféléla, entièrement fétichiste; Marna Sanissi Diabi, né vers 1860, qui paraît le plus intelligent, le plus instruit et aussi le plus dangereux. C'est en quelque sorte le chef de l'opposition; Nabé Saranorho Diabi, né vers 1854, dont l'école est la plus florissante (12 à i5 élèves); Ibrahima Saranorho, maître d'une école d'une dizaine d'élèves ; Bénia Diabi, né vers i85o, Ahmadou

Kandé, né vers 1860; Samouka Samakassi, né vers i852, Morifou Silla, né vers 1880, tous petits maîtres d'école.

En résumé, Samatiguila avec une dizaine d'écoles, une clientèle scolaire de 70 à 80 enfants, une mosquée diouma très fréquentée, est un des principaux centres islamiques du pays malinké. Sa force de rayonnement sur les pays fétichistes qui l'encerclent est à surveiller. Il n'est pas jusqu'aux querelles cléricales qui n'achèvent de lui donner l'aspect d'une petite métropole religieuse. En 1898, à la suite de discussions byzantines et de rixes, chacun voulant être le grand chef religieux, un certain nombre de marabouts fut envoyé à Nioro pour un séjour obligatoire d'un an. En 1902, et pour le même motif, deux d'entre eux furent appelés à Dabakala auprès du commandant de région et jurèrent sur le Coran de rester tranquilles et de s'abstenir de toute polémique. Cette agglomération a été visitée par René Caillié en 1827, et à cette date il avait déjà remarqué un caractère très islamisé.

Le Folo, ou pays de Maninian, ne renferme que deux villages, où Ton puisse trouver un marabout méritant une mention : Madina, où Mori Sarandé, né vers 1880, fils et élève de Sokadan Sarandé, est almamy et maître d'école (i5 à 20 à élèves); Sokoro, village islamisé de quelque importance, où Ton compte cinq marabouts maîtres d'école, dont surtout Bakari Cissé, et une cinquantaine d'élèves.

Un seul village, Mahandiana, est à noter dans le canton de Vadougou. Use signale par ses trois marabouts : Lamin Saranorho, né vers 1890; Mani Sako, né vers i85o; Anzoumana Fafana, né vers 1890, tous qadrïa, et dont l'école renferme chacune une douzaine d'élèves.

Le Si'enAono comprend 2.000 Mandé et 16 villages, dont deux seulement, Bako, le chef-lieu, et Kambosso, sont exclusivement musulmans, les autres sont surtout fétichistes et font volontiers quelque opposition au chef Vakaba Koné, parce qu'il est musulman. Vakaba, né vers 1882,

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est de la famille héréditaire des chefs. 11 a succédé en juillet 1897 à son cousin Dioulatié Koné.

Le Kabadougou, ou pays du marabout Kaba, est le pays d'Odienné même. Il comprend y.Soo habitants, dont 5. 000 environ sont musulmans, et 41 villages. Les premiers musulmans qui s'établirent dans le pays furent appelés par Sirassa Diarassouba qui résidait à Déou, dans les collines, aux environs d'Odienné. Sirassa Diarassouba était le chef des Diarassouba et le maître d'une grande partie de l'actuel Kabadougou. Ces musulmans vinrent de Kankanen dernier lieu, sous la conduite de Fongoué Kamara et Féréba Lissé, pour aider Sirassa dans ses guerres contre le Ouassoulou. Ces faits ne doivent pas remonter au delà de i5o ans, s'étant produits à l'époque de la venue de xMoussa Barhayorho, Issifou Kamaraté Hadji Diaya. Vers 1826, les Diarassouba furent chassés du pays par Bakaba et durant se réfugier dans le canton actuel du Nafana. Le village d'Odienné fut construit ; il devint la capitale du royaume des Touré, communément appelé Vakabadougou.

Les Diarassouba vaincus et chassés. Va Kaba razzia le Bodougou, le Niémédougou de Bougouni, etc.

Ibrahima, son hls, qui lui succéda, ravagea le Todougou et une partie du Fouladougou.

Mokhtar, successeur de Ibrahima, fît la guerre dans les cantons de Bougouni, puis dans l'actuel Ouorodougou, dans le iMassala, etc.

Ammadou, successeur de Mokhtar, dévasta le Ouassoulou, leBambala, parties du Naoulou, du Fouladougou, les pays du Naoulou, du Fouladougou, les pays de Guiborosso et de Morondo; finalement, il se joignit aux hordes de Samory. Ayant épousé une des filles de cet almamy, il devint un de ses chefs de guerre et participa à la plupart des expéditions dans la haute Côte d'Ivoire. Déporté à Tombouctou en 1898, avec un certain nombre de ses compagnons, il y

vécut en paix, ne manifestant son caractère emporté que dans des disputes avec ses camarades d'infortune. Libéré en igoS, il est revenu mourir à Odienné.

C'est à peu près à cette date que les nombreux captifs des Touré furent remis en liberté par nos soins et retournèrent en foule dans leur pays d'origine.

A Ahmadou Touré succédèrent ses trois frères, qui déchus du pouvoir, sont toujours en vie et vivent en seigneurs retraités. D'abord Moriba Touré, né vers 1845. Il était chef d'Odienné au moment de l'arrivée des blancs et avait plusieurs fois gouverné le pays pendant l'absence d'Ahmadou Touré qui était en colonne. Il commit un grand grand nombre d'exactions et fit mettre à mort beaucoup de captifs. Pour ces raisons, il fut interné à Bafoulabé. De retour à Odienné, il se livra à la vente des captifs et fut interné à nouveau à Bingerville (1915-1912). A cette date, il est revenu à Odienné. C'est un homme très intelligent et extrêmement énergique ; il fait la plus vive opposition au chef actuel d'Odienné. Il est en tout cas trop astucieux pour sortir des limites de la correction. Son prestige paraît bien éteint, et il n'a conservé quelques relations qu'avec les gens de Soukouralla, dont sa mère, Madio Koné, était originaire.

Ensuite Mori Soukari, né vers 1848. Il prit part dans sa jeunesse aux colonnes de Mokhtar Touré et de Samory. Nommé chef d'Odienné par nos soins, il commit de telles exactions qu'on dut l'interner à Séguéla. Il en est revenu en igoS, vieux, ruiné, fini. Mori n'est plus capable de jouer un rôle, il est d'ailleurs médiocrement intelligent.

Le dernier des fils de Va Kaba Touré, Lanténé Seriki, n'a fait aussi que passer sur la chaise du commandement d'Odienné. On se lassa vite des errements familiaux qui continuaient avec lui : exactions, sévices, opposition à notre autorité. Il fut destitué et envoyé en internement au Bandama. Il en est revenu en igoS et après avoir vécu

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une dizaine d'années à Soukouralla, d'où sa mère Lanténé Koné était originaire et où il avait conservé des relations, il s'est fixé à Odienné. C'est un caractère faible et sournois, qui fait une sourde opposition à son neveu, le chef actuel. Il n'a d'ailleurs qu'une influence minime, et restreinte au seul clan des vieux Touré.

Ibrahima Touré, né vers i865, fils de Mokhtar et petitfils de Va Kaba, chef actuel d'Odienné et du Vagadougou, a remplacé son oncle Lanténé en 1902. Faible et apathique, Ibrahima est comme l'enfer, « pavé de bonnes intentions », mais il lui manque l'énergie pour les réaliser. Il est assez bien obéi à Odienné, encore qu'il y rencontre une opposition sérieuse. iMais les gros villages de Guéléba, Kéré, Féréfégoula, Seidougou, lui échappent complètement. Son instruction arabe est fort médiocre. Il préside avec assez de dignité le Tribunal de subdivision. Ibrahima a un passé guerrier de quelque valeur. Il a fait colonne dans le Bombala, le Ouattaradougou, leNafana et à la suite de Samory dans le Badougou et vers Bobo Dioulasso. Il en a conservé une certaine allure. Il est d'ailleurs fort orgueilleux et aime le faste et la mise en scène, comme les anciens représentants de celte petite cour royale d'Odienné. En dehors de ces anciens chefs, un seul notable Touré mérite une mention : c'est Mouroulaye Touré, né vers i85o, disciple qadri de Karamoko Toukara de Ségou. Il est en relations suivies avec Soukaralla, d'où sa mère Borondré Koné est originaire. Intelligent et rusé, mais apathique, il vise à entretenir de bonnes relations avec tout le monde, mais il est évident que ses sympathies personnelles vont à Moriba Touré, son ancien «. patron ». Il peut être utilisé comme élément de concorde.

Le clan rival des Touré est celui des Silla, dont le chef est Godigui Silla vers 1810. Sa mère, Mama Diarassouba était une païenne du Nafana. Il a pris part aux colonnes d'Ahmadou et ae Samory et a conservé une certaine acti-

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vite qu'il dépense dans le commerce. Il va en caravane jusqu'à Daloué et Bamako. Intelligent, énergique, très écouté dans les clans des Silla, Godigui a fait alliance avec les Touré dissidents pour tenir tète au chef de village, Ibrahima. Ces rivalités locales n'ont d'ailleurs aucune répercussion dans le domaine politique.

Tous ces chefs et notables Touré et Silla sont musulmans à la façon des grands chefs noirs. Ce n'est pas par une piété exemplaire qu'ils se distinguent : quant à leur harem, qui contient toujours de lo à 5o femmes, il ne se différencie en rien de ceux des chefs fétichistes.

Odienné s'honore de plusieurs marabouts de renom; le plusconnu estIsmaïlaSarandé, né à Samatiguilavers i85o, almamy de la ville d'Odienné depuis igii, où il a succédé à son frère Saranké Boa. Il a une vingtaine d'élèves coraniques et donne un rudiment d'enseignement supérieur à 2 ou 3 d'entre eux. Sans être de première force, il tranche pourtant sur ses collègues par sa connaissance de la littérature sacrée; il n'a d'ailleurs aucune bibliothèque. Intelligent, respectueux, Ismaïla est le type du vieux marabout pondéré et conservateur, qu'il faut traiter avec égards et grande douceur, et savoir utiliser comme facteur de conciliation et d'apaisement dans la politique locale. Ismaïla a tenu, en 1916, à signer en notre faveur, une déclaration de loyalisme : il est certainement le personnage religieux le plus réputé de la région. Il n'a aucune fortune, et ses fils travaillent aux lougans pour le faire vivre. Il a reçu l'oued qadri de son frère Saranké Boa, qui le tenait de Bakari Silla, marabout centenaire, qui a un pied coupé et habite à Karakoro, près de Siguiri.

Les autres marabouts d'Odienné : Moriféré Sarandé, né vers 1877, Ibrahima Sarandé, né vers i885, Kassémi Cissé, né vers 1880; Va Kaba Diabi, né vers i865 ; Kouroudi Diakaté, né vers 1878 ; Ba Moussa Sarandé, né vers i883 ;

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Mori Sirima Cissé, né vers i887;Mori Karaba Touré, né vers 1888, tous malinké, sont des notables de la ville, dont l'influence ne dépasse pas leur quartier. Ils dirigent tous, soit en permanence, soit par intermittence, de petites écoles coraniques dont la clientèle scolaire varie entre 5 ou 6 élèves. Le plus connu paraît être Va Kaba Sarandé, fils du Sarandé Boa précité. Il a reçu l'ouird tidiani à Daloa (Haut-Sassandra) au cours d'un voyage de commerce, d'un, pèlerin de passage, Al-Hadji Ismaïla. Celui-ci avait été initié à la voie, à la zaouïa même de La Mecque, par Mohammed ibn Tahir.

La vieille mosquée d'Odienné a été détruite lors de l'occupation de la ville par le colonel Combes en 1898.. Les habitants n'osèrent pas en reconstruire aussitôt uneautre ; ils se contentèrent pour leurs prières d'une grande case carrée. C'est d'ailleurs ainsi qu'il en était dans tous, les villages de la région où les mosquées avaient été détruites par Samory. Par la suite et avec l'apaisement,, une jolie mosquée dans le style soudanais a été édifiée en 191 3 par les jeunes gens de la ville, après une collecte qui servit à payer les matériaux. C'est un carré de i5 mètres de côté environ, percé d'une porte vers l'ouest, de deux au nord et de deux au sud. Le muezzin se juche, pour l'appel à la prière, sur l'une des poutrelles qui hérissent le minaret.

Plusieurs villages du Kabadougou sont partiellement musulmans; ce sont : Sananférédougou, Gueléba, Foulla et Féréfougoula.

A Sananférédougou, le chef de village et almamy est Sananféré Touré, fils et successeur de Samori Touré, mort en 1910. Sa mère, Soba Kamangué, était une fétichiste de Djirila(Dodougou). Toute cette famille a pris part aux razzias des Kaba et de Samory, s'y est enrichie, puis a été ruinée par la libération des captifs. Elle ne saurait

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donc avoir pour nous de grandes sympathies. Sananféré n'est que médiocrement intelligent et instruit. Il sait pourtant se faire obéir. Il a fait, à différentes reprises, l'école aux enfants du village, mais a cessé depuis cinq ans. Ce village, englobé dans une région entièrement fétichiste, peut constituer un centre de rayonnement islamique.

Ouéléba, sur la frontière même de la Guinée, a été créée par des musulmans du pays de Sankaran. Cette création, ainsi que celle du village voisin de Seydougou, ne remonte pas au delà des guerres de Va Kaba. Des trois marabouts : Ibrahima Cissé, né vers 1870, Saramori Cissé, né vers 1878, Mori Dienné, né vers 1879, ^^^ compte Guéléba, le premier, almamy local, est de beaucoup réputé. Sa famille est originaire du Bakongo (Kankan) et venait dans le lointain des âges de Galé-P^outa. Il a pris part dans sa jeunesse aux guerres de Samory, en qualité de sofa. Son école compte une quinzaine d'enfants, dont plusieurs viennent de l'extérieur, et notamment de Soukourella. Intelligent, énergique, hostile à notre domination, il est à surveiller.

FouUa renferme plusieurs marabouts dont un seul mérite une mention : Dioussoufou Saranorho, né vers 1870. Son école renferme une quinzaine d'élèves.

Béréfégoula fut fondée par Féré Mori Konaté, un des douze compagnons de Moussa Barhayorho, dans son voyage à La Mecque. La sépulture de ce saint homme se trouve à proximité du village sous un kolatier et est l'objet de pèlerinages. Le marabout et almamy actuel est Ahmadou Kandé, né vers 1872, dont l'école compte une dizaine d'élèves.

Tiémé semble être le centre musulman le plus ancien de la région. Le premier disciple du Prophète qui arrive dans la région vers le milieu du dix-huitième siècle venait de Ségou et portait le nom de Fara Kaba Silla. Ses descendants peuplent le village.

Tiémé a l'honneur d'avoir hospitalisé pendant cinq mois (août 1827-janvier 1828), l'intrépide René Caillié, le premier et peut-être le plus grand de nos pionniers africains. Il y parvenait, débouchant de Samabatiguila le 3 août 1827. « Nous arrivons, dit-il, vers i heure et demie de l'après-midi, au joli petit village de Tiémé, habité par des Mandingues mahométans; il est ombragé par une quantité d'énormes bombax et par quelques baobabs » ; il rendit aussitôt visite au chef du village, « vieillard vénérable de la secte des Bambaras, mais soumis à la loi de Mahomet » ; il y a là une confusion dans l'esprit de Caillié. Bambara signifie ici fétichiste. Le chef du Tiémé ne pouvait donc pas être à la fois bambara et musulman. En réalité, c'était bien un Bambara, c'est-à-dire un Malinké, fétichiste, mais il affectait comme beaucoup d'autres une certaine coqueterie à l'égard de l'islam. Caillié reçut de lui avec le meilleur accueil un beau morceau de viande crue, qu'il reconnut le soir au repas pour être du sanglier, « je fis d'abord quelques difficultés », dit-il, mais comme tout le monde en mangeait sans scrupule, il ne se gêna plus et fit comme les autres.

« Il peut contenir cinq à six cents habitants, partie Mandingues et partie Bambaras. Les deux nations sont séparées par un mur; elles vivent cependant en bonne intelligence, malgré la différence de religion. Ces Mandingues sont musulmans et les Bambaras sont païens; toutefois, ceux qui descendent d'une mère mandingue se croient supérieurs aux Bambaras francs, mais n'en restent pas moins idolâtres. »

Cette description est toujours exacte, sauf que Tiémé a grandi depuis René Caillié et dépasse aujourd'hui le millier d'habitants.

Mamari Silla a été dans la génération qui disparaît un personnage notoire. Il fut l'élève du grand marabout Makoné Mamadou ; son arrière-grand-père était le chef des

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marabouts de la région. C'est lui qui construisit la mosquéecase de banco et de chaume dans le style soudanais, où' Caillié lit ses dévotions.

Mouroulaye Silla, chef du canton et du village de Tiémé, est né vers 1877. Il a succédé à son frère Tiéba Silla. Leur père Soisséma descend en droite ligne de Fara Kaba. Mouroulaye paraît sournois, mais il a assez d'énergie pour diriger un village musulman, fort difficile à manier, et assez de docilité et de bonnes intentions pour s'acquitter convenablement de sa tâche.

Kamohi Silla, almamy de la ville, est né vers i85o. Sa famille se rattache dans le lointain aux Silla de Nioro. Il a fait lui-même, dans sa jeunesse, partie des colonnes d'Ahmadou et de Samory. C'est aujourd'hui un bon vieux très considéré, mais de peu d'influence, qui fait l'école coranique à une quinzaine d'enfants. Il a quelques connaissances d'arabe, mais il s'en sert surtout pour écrire le malinké en caractères arabes.

Karamoko Daw, né vers 1860 à Tossima (Dienné, Soudan) ancien guerrier d'Ahmadou Kaba, fait l'école à une douzaine d'enfants. Il est plus versé dans les différents dialectes mandé qu'en arabe. 11 s'ingénie à les transcrire tous en caractères arabes.

Les autres marabouts de Tiémé : Siriki Silla, né vers 1872, Mamadou Kandé, né vers 1876, Mori Silla, né vers 1868, Youssoufou Silla, né vers 1862, sont autant commerçants et cultivateurs que maîtres d'école. Ils n'ont pas de personnalité bien accusée, ils relèvent tous, comme l'ensemble des gens de Tiémé, soit de iVlamari Silla ancien almamy du village, soit de Kounioumani Dialo, de Samatiguila, tous deux moqaddem qadrïa de la région.

Entre 1900 et 19 12, est venu à Tiémé un marabout maure originaire du Sahel soudanais, Amourlaye Haidara. Il venait de Sikasso qu'il dut évacuer en 1898, lors de la prise de cette ville. Il se joignit à Foô, frère de Bademba,

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et ils allèrent rejoindre Samory à Boubana. Il suivit l'almamy jusqu'à sa capture. Il se réfugia alors à Samatiguila, puis à Odienné, et se fixa finalement à Tiémé. Il faisait l'école à quelques enfants, mais ne jouissait pas d'un grand prestige religieux. Pour que sa ferveur parût relâchée aux Malinké, il fallait qu'elle ne fût pas bien vivace; on raconte, par exemple, qu'il ne jeûnait que trois jours pendant le Ramadan. En résumé, il vendait des gris-gris et faisait quelques petites cultures. Il disparut en 1912.

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