‹ Études sur l'Islam en Côte d'IvoireChapitre 19 sur 67 · Korhogo · texte numérisé non relu

Korhogo

La subdivision de Korhogo, incluse actuellement dans le cercle de Kong, le chef-lieu du cercle étant d'ailleurs à Korhogo, comprend iio.ooo imposés, soit 160.000 habitants environ. Les trois quarts sont Senoufo et animistes. Un quart, soit 40.000 âmes, est musulman et Mandé-Dioula.

Korhogo comprend deux agglomérations : Korhogo-ville et Koko. Celle-ci, dont le sens est : « derrière le marigot », est le véritable centre islamique avec d'ailleurs des quartiers sénoufo. Korhogo-ville, dont le sens est : « l'endroit déboisé », est le village Senoufo et animiste, le siège de Gbon Koulibaly, chef de canton qui, lui, se dit musulman. Les deux agglomérations ont leur mosquée : Koko, la mosquée des Mandé-Dioula qui est en môme temps la mosquée-cathédrale (Diouma) ; Korhogo-ville, la chapelle de Gbon.

La chapelle de Gbon n'a qu'une minime importance ; mais la mosquée de Koko est une grande bâtisse de 20 mètres de côté, dans le modèle des mosquées soudanaises, avec contreforts de pisé. Elle est beaucoup trop grande pour le nombre et le zèle de ses habitants, et on ne se sent plus le courage de relever tout un côté qui tombe en ruines. On va donc la réduire à des proportions plus modestes. On rappelle avec satisfaction dans le pays que c'est à Maurice Delafosse, dont le souvenir est resté très vivant dans toute la région, qu'est due l'initiative de cette construction.

Korhogo, fondé comme poste administratif en févriermars 1903, devint le chef-lieu de la circonscription de Bandana le i""" mai suivant et le chef-lieu du cercle de Kong, ce qu'il est toujours, le i^"" juin igoS.

L'agglomération, qui comprenait 2.000 habitants, en comprend aujourd'hui 3. 000 environ.

GROUPEMENTS ET INDIVIDUALITES ISLAMIQUES IjZ

La subdivision de Korhogo compte un certain nombre de personnages notoires:

A tout seigneur tout honneur : la personnalité en vedette est Gbon Koulibaly, chef du canton de Korhogo, dit Kiembara. Il est né vers 1868 et a succédé vers 1892 dans son commandement à son père, Soubakano, décédé. Il dut presque aussitôt prendre la fuite devant les bandes de Samory, se réfugia à Sikasso, auprès de Babemba, et revint chez lui, en iSgS, lors de l'arrivée des Français. Il fut aussitôt confirmé dans son commandement et rendit de précieux services pour la reconstitution du pays. Gbon possède en effet une très grande autorité dans son canton de 112 villages et de ig.3oo imposés dont 17.600 Senoufo animistes et 1.700 Mandé Dioula musulmans. Quant à ses voisins, s'il n'exerce sur eux aucun droit de suzeraineté effectif, il est tout de même leur guide; il donne le ton et sert d'exemple. Il a eu maintes fois l'occasion de nous rendre des services auprès de tel ou tel chef Senoufo et ne demande qu'à mettre son influence à notre disposition. Gbon a montré, dès le début de la guerre, qu'il s'agisse de fournitures de graines ou de coton, ou de recrutement de tirailleurs, la meilleure volonté; aussi a-t-il reçu successivement le Mérite agricole et la Légion d'honneur.

C'est avec une grande surprise qu'on a appris, il y a quelques. années, que ce chef Senoufo tendait vers l'islam. Aujourd'hui il se dit, non sans quelque hésitation, musulman. Il est de fait qu'avec son ignorance complète des choses de l'islam, y compris la prière élémentaire, qu'il ne fait que rarement et mal, avec son inobservance du jeûne, avec ses vingt-cinq femmes il n'a rien d'un musulman, même médiocre. Il préside au surplus le tribunal de subdivision animiste et juge au point de vue de la coutume. Cette situation a attiré bien à tort des observations d'un inspecteur des Colonies. La religion de Gbon, si on peut appeler religion ses velléités islamiques, importe peu; c'est

l'application de la coutume senoufo qui doit tout primer et il faut simplement veiller à ce que les marabouts, ses conseillers et chapelains, n'appliquent pas sous son couvert, aux Senoufo animistes le droit coutumier islamisé des mandé-dioula.

L'exemple de Gbon est troublant; il a pu séduire quelques-uns de ses administrés et les amener avec lui au « salam ». Qu'adviendra-t-il ? l'islam gagnera-t-il le peuple senoufo par ses chefs?

C'est dans la famille desSoumaré qu'on trouve les marabouts les plus distingués et les plus instruits de Korhogo et même de la région. L'ancêtre, Ibrahima, Sarakollé de Bakel, né vers i836, vint ici en 1860 pour y commercer ; après diverses pérégrinations, il finit par s'installer à Nambigné et y ouvrit une école coranique. Il y est mort en 1918. Dequis plusieurs années, il était suppléé par son fils Mamadou. Mamadou Soumaré, né vers 1882, s'est installé à Korhogo et y commerça. C'est un arabisant des plus distingués, le seul à vrai dire de toute la haute Côte d'Ivoire qui puisse soutenir facilement une conversation en arabe littéraire, et qui possède une culture islamique très générale. C'est, de plus, un homme intelligent et dévoué. Il se rattache au tidianismeomari par son père, son oncle Fodé Ladji Daramé de Bakel, Cheikh Ibrahima Diallo de Kaédi, et Fodé Mamadou Ane de Bakel, disciple du grand Torodo. Souleyman Soumaré, cousin de Mamadou, est interprète au bureau du cercle. C'est aussi un bon arabisant et un serviteur dévoué.

Anzoumana Souaré, Dioula, né vers i83o, mort le 26 mars 1910, était une des vieilles et plus sympathiques figures de Korhogo, dont il était l'almamy depuis un quart de siècle. Son grand-père, Ladji Souaré, était originaire du Kiaka (Macina). A son retour du pèlerinage, à la fin du dix-huitième siècle, il s'installa à Kong, s'y maria y fit souche. Son fils aîné, Karamoko Abou, fut un personnage connu de Kong. Anzoumana, fils de Karamoko, fit ses

GROUPEMENTS ET INDIVIDUALITES ISLAMIQUES lyS

études à Kong, voyagea beaucoup, et finalement s'installa vers 1870 à Korhogo. Son enseignement coranique, très renommé chez les Dioula du cercle, sa petite bibliothèque, sa connaissance relative de l'arabe lui avaient valu une réputation de savant dans toute la région. Il n'était plus appelé que « Ségué », le cheikh. C'est par lui, semble-t-il, que Gbon a été attiré à l'islam. Anzoumana a laissé deux fils : Fadibi, né vers 1870, et Mori Ba, né vers 1872. Grands dioula tous les deux, ils sont le plus souvent, surtout le second, sur les routes du Soudan ou de la Côte d'Ivoire. Fadibi dirige depuis 20 ans l'école coranique, que son père âgé, quasi aveugle, lui avait abandonné. C'est lui qui, après son père, remplit les fonctions de chapelain de Gbon. Cette famille relève du qadérisme de l'école de Kadicha.

Karamoko Ali Fofana, Dioula, né vers 1869, était un marabout considéré de Koko, originaire de Faraninga, sans grande instruction ; il dirigeait une école d'une demidouzaine d'élèves, insuflisante d'ailleurs à le faire vivre, car c'était son frère, tisserand, qui pourvoyait à ses besoins.

En 191 3, à la mort de Ségué Soumaré, il fut élu par ses coreligionnaires almamy de la diouma locale. Malade, quasi aveugle, il dut se retirer en 1916 et ne tarda pas à mourir. Il n'avait pas d'affiliation.

Anzoumana Diani, vers 1872, à Bobo Dioulasso, est d'une famille Dioula, originaire de Kong. Son père Oumarou Diani était un marabout de renom. Dans le lointain, Mohamdi Diani, père de Ibrahima, père d'Anzoumana, père d'Oumarou était un marka de Dia, venu s'établir à Kong au dix-huitième siècle. Anzoumana a beaucoup voyagé dans sa jeunessse; c'est ainsi qu'au cours d'un de ces voyages, il reçut à Dienné l'affiliation qadrïa d'un marabout marka du cru. Cheikh Omar. Celui-ci, par Almamy Hamadou de Ségou, Almamy Qassim de Ségou, et Cheikh Abdoul-Qadir se rattachait au Cheikh Bekkaï des Kounta (f i865), dont le souvenir est encore si vivace dans la

moyenne vallée du Niger. Anzoumana s'est tassé sur ses vieux jours. Il cultivée ses lougans, ou emploie ses serviteurs à faire du colportage; il dirige à temps perdu une petite école coranique ; sa science arabe, médiocre d'ailleurs, lui a valu d'être longtemps le coadjuteur des deux derniers almamvs de Korhogo, que leur âge et leur état de santé tenaient écartés des cérémonies. Il a fini par les remplacer en 1916. Il jouit de l'estime générale. C'est un homme sympathique. Son filsBa Sirima, né vers 1870, est venu avec son père à Korhogo en 1884. Il fait le cultivateur et le commerçant. Il n'a pas d'affiliation et déclare n'en avoir pas besoin pour l'instant. Il est assesseur au tribunal de subdivision. Amara Diani, cousin de Ba Sirima, né vers 1875, fils d'Ibrahima, est cultivateur et commerçant; il s'affiliera bientôt au qadérisme de son oncle.

Al-Hadji Konaté, Dioula de Koko, né vers 1860, est tour à tour commerçant, cultivateur et maître d'école. C'est un personnage secondaire de la suite spirituelle d'Anzoumané.

Mostafa Cissé, Dioula, né vers 1870, à Koko, est l'almamy des jours de fêtes de la diouma depuis 191 7. Il se dit fils de Mori, fils de Mostafa, fils de Ba Karamoko, fils de Cissé Koro, qui fut le premier qui vint du Ouagadou soudanais, au milieu du dix-huitième siècle. Mostafa a reçu l'ouird qadri d'un certain Al-Hadji, Haoussa de passage ici, et qui paraît un missionnaire de l'école Poullo de Sokoto.

Ba Fatigui Koulibali, Dioula, maître d'école de Koko (7 élèves), est aussi un émigré de Kong. Il fait encore de temps en temps un voyage commercial. Il se rattache à la vieille école qadrïa de Kong par son père Mostafa, par Oumara, parlbrahima, par Almamy, par Anzoumana, par Oumara et par Ba Mori, tous Koulibali et Mandé-Dioula de Kong.

Balé Koulibali, Dioula, maître d'école de Koko (6 élèves), né vers i855, se rattache aussi au qadérisme des gens de Kong. Il a reçu l'ouird de son père Sélima, disciple d'An-

zoumana Kamaraté, de Bouandougou. Celui-ci était disciple de Karamoko Sidiki Saranorho de Kong. Il est assesseur au tribunal de cercle.

A citer enfin, pour être complet avec la gent maraboutique de Korhogo-Koko : Souleyman Koulibali et Oasman Ouattara, tous deux maîtres d'école, dioula, morts en 1911 et 1918, et qui ont laissé quelque renom, et AbdouUaye Tamba Bakari, Toucouleur, missionnaire tidiani de Ségou, qui à la suite de démêlés avec les habitants a dû partir vers Sikasso.

Sur le même pied que Korhogo-Koko, il faut au point de vue islamique mettre le centre de Kadioha qui s'enorgueillit de ses quatre mosquées, dont une diouma, de ses douze écoles coraniques et de ses notables musulmans. Les mosquées, toutes de banco avec contreforts et piliers, sont bien entretenues.

L'école de Kadioha a été mise en honneur par la haute valeur et la sainteté du grand Ba Karamoko Keita, dit Almamy Saranorho, pôle islamique de la région pendant plus d'un demi-siècle.

Ba Karamoko était né à Kadioha vers i835. Il était de famille maraboutique fort ancienne et son père était déjà chef des marabouts locaux. Fort intelligent, d'une moralité irréprochable et en bons termes avec les Français, ce petit vieillard à l'œil vif fut toute sa longue vie le véritable maître de Kadioha, dont les chefs successifs s'inspirèrent toujours de ses conseils.

Pendant l'occupation du Sano par les bandes de Samory, il vécut en bons termes avec les représentants du despote, auxquels il procura des vivres, mais il se défendit toujours par la suite d'avoir été dévoué à Samory, alléguant n'avoir agi ainsi que par contrainte.

L'influence morale de Ba Karamoko ne s'étendit guère au delà du Sano, du Boron et du Diédougou, où, en rap-

lyS ÉTUDES SUR l'islam EN COTE d'iVOIRE

ports constants avec les chefs, il exerça sur eux une action sensible. Il étendait particulièrement cette sorte de domination sur Cissé Saouaté, chef de Kadioha. Il fut le chef reconnu des marabouts de la région et l'almamy en titre pendant plus d'un demi-siècle de la grande mosquée de Kadioha. Cette mosquée fut d'ailleurs l'œuvre de son père et fut édifiée, puis maintes fois restaurée depuis avec le concours et les aumônes des musulmans et même des fétichistes de Kadioha.

A Ba Karamoko, mort vers 1908, succéda son frère Bansoumana Keita; né vers 1840, Bansoumana, dit aussi Karamoko Ba, n'avait pas l'envergure de son frère aîné. Il se contenta de diriger modestement les talibés de la région, mais en vertu delà force acquise la zaouïa continua à progresser et a fait sous sa direction des adeptes dans le Kiembara et le Kanogoba.

Bansoumana a disparu vers 191 5. Ce sont ses deux neveux qui président maintenant aux destinées de la zaouïa qadrïa de Kadioha, Babou Keita et Batiguibou Keita.

Babou (ou Babourou) Keita, d'origine dioula, est né vers 1867 et prétend se rattacher dans le lointain à une famille de Ségou. Il a été mêlé, malgré lui, aux événements qui ont précédé notre arrivée. Il suivit le chef du Sono et Tiémorho Bilali dans la colonne dirigée par les sofas de Samory contre les habitants du Kanogoba. Depuis cette date, il est revenu à la vie plus digne d'homme d'étude et de prières. Intelligent, pieux, instruit, très digne dans ses attitudes, Babou proteste de son amitié à la cause française et rien ne permet d'en douter. Il entretient des relations avec toutes les personnalités de la région et même du bas Soudan. Il jouit d'une très grande considération et exerce les fonctions d'almamy à la grande mosquée de Kadioha. C'est un personnage intéressant et à ménager.

Batiguibou Keita, né vers i865, petit maître d'école, est beaucoup moins notoire.

Il suffit, semble-t-il, de donner les noms des personnages notoires, tous dioula, et la plupart maîtres d'école professionnels ou occasionnels de Kadioha. Ce sont des personnages de second plan : Sidi Saranorho, né vers 1870, Alfa Moussa Cissé, né vers i865; Bakassoum Keita, né vers i865 ; Farikou Saranorho, né vers i863 Badji Haidara, né vers 1870; Bemba Dembélé; né vers 1871 Seidou Cissé, né vers 1869; Saïdou Touré, né vers 1860 Seidou Taraoré, né vers 1868 ; Karamoko Fofana, né vers 1868 ; Karamoko Fofana, né vers i855; Tahadi Cissé, né vers i858. Ils sont tous les élèves coraniques et les disciples qadrïa de l'Almamy Sarahorho.

Voici cette chaîne qadrïa de la zaouïa de Kadioha : Almamy Saranorho; Labassou Saranorho, de Kadioha; Ba Samba Saranorho, de Kadioha; Fa Sidiki Saranorho de Kong; Fa Al-Hadji-Saranorho de Kong; Qassouma Saranorho de Kong. A ce nom la chaîne se lie à celle des Saranorho de Kong, et se rattache aux Kounta du seizième siècle, comme on le verra sous le titre de Kong.

Le canton de Kadioha se partage entre Mandé Dioula musulmans (1.400 imposés) et Sénoufo animistes (i.ioo). Le chef du canton est Ba Karamoko Ouattara, qui ne jouit pas d'une grande influence personnelle, mais qui bénéficie de l'application que mettent et mettront toujours les Ouattara et les Keita à conserver leur candidat au pouvoir.

Kapélé est un centre islamique de quelque importance. On y trouve plusieurs écoles fort renommées dans la région. Les personnages notoires sont :

Labassou Saranorho, d'origine Dioula de Kong, né à Samatiguila au cours d'un voyage de son père vers 1878. Son père s'étant finalement retiré à Kapélé, Labassou y est resté. 11 a une petite instruction arabe et, vu sa bibliothèque de huit volumes, passe pour le marabout le plus lettré du canton. Son école est fréquentée par une demi-

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douzaine d'enfants. Labassou est qadri, de l'obédience de i-,ansana Saranorho, dit Karamoko Bissi, de Kong, qu'on verra plus loin. Labassou a deux frères, Ba Saouté, qui le seconde et le remplace à l'école, et Sabama Saranorho, beaucoup plus occupé du commerce des kolas et des bestiaux que de maraboutisme. Tous trois sont intelligents et ouverts et paraissent dévoués.

Baba Touré, Dioula de Kong, né vers 1860, est établi à Kapélé depuis 1890 ; il y fait du commerce, et à l'occasion -donne l'enseignement coranique à trois enfants de sa famille. Il n'a pas d'ouird. Les Touré sont originaires du pays mandé. C'est Ibrahima Touré, père de Sidi Karajnoko, père deMaandiou, père de Gaoussou, père d'Amara, père de Baba qui vint le premier chercher fortune dans la région de Kong.

Ba Sanassi Saranorho, né vers i85o, appartient à une vieille famille maraboutique de Kong. Son père, Alfa Souieimana, y a laissé un nom ; son grand-père Al-Hadji Saranorho fit le pèlerinage des Lieux Saints vers 1840, et revenu à Kong, y a acquis le prestige d'un saint. Ba Sanassi s'est installé à Kapélé au cours d'un voyage commercial. Jl a renoncé avec l'âge au négoce et vit du produit de ses 'lougans, qu'il fait travailler par ses enfants et serviteurs. C'est un homme simple, de peu de valeur intellectuelle, pacifique. Son école compte 4 à 5 élèves.

Les Dembélé ont donné deux noms à la gent maraboutique de Kapélé : BaBoukari, né vers i85o, mort vers 1914, qui n'a laissé qu'un souvenir eff"acé ; Bakari, né vers 1870, qui exerce le double métier de tisserand et de maître d'école. Il est certainement meilleur tisserand que lettré arabe. Avec ses yeux clignotants et malades, il n'a pas une mine sympathique. Bakari n'a pas encore d'ouird, mais se fera affilier au tidianisme « quand il aura le temps ». Il ira dans ce but à Bamako et à Ségou, où il a des parents qui y commercent et qui le guideront dans cette voie.

Les Dembélé ne sont établis à Kapélé que depuis la destruction de K-ong. Leur père, Sori, fils de Bakari, fils de Pondo^ fils de Youssoufou, fils d'Ibrahima, fils de N'Fallï (Al-Fadhil), fils de Mori K.ounadi, y a vécu et y est mort. C'est ce Mori qui le premier vint du pays Mandé, vers la un du dix-septième siècle, et s'installa dans la région de Kong. Pour en finir avec Kapélé, citons les noms dequelques maraboutaillons, plus avisés commerçants que lettrés arabes, et qui de temps à autre apprennent à deux: ou trois enfants de leur famille les rudiments du Coran r Ali Mori Saranorho, né vers 1895 ; Bambi Touré, né vers i865 ; Gaoussou Sogodogo, né vers 1872 ; Baba Taraoré, né vers 1875 ; ils relèvent tous des marabouts précités, soit^ comme élèves, soit comme adeptes.

Le canton de Sinématiali, riche et populeux avec ses 200 villages, ne renferme pas plus de 5oo Mandé-Dioula musulmans, sur plus de i5. 000 habitants. Le fond de la population est Sénoufo et fétichiste, comme son chef Tiéguélé Koulibali, qui avec ses 40 femmes et ses beuveries, n'est nullement prêt à passer à l'islam. Tiéguélé avait été choisi comme chef avant l'arrivée des Français par son* oncle, le lépreux Kolonioungo; il a été maintenu en foncrtions. Très influent dans son canton, très considéré aix dehors, Tiéguélé s'est complètement rallié à nous. Il est riche et emploie son activité dans le commerce, dans l'élèvedes troupeaux et dans de vastes plantations. Sinématiali, première et importante étape de la grande route soudanaise^ Korohogo Bobo-Dioulasso, renferme naturellement quelques marabouts et dioula Mandé. Ils y ont construit collectivement une des plus belles et des plus gracieuses mosquées. Les deux plus remarquables sont : Caouchoa Saranorho (Qaoussou) et Bobo Saranorho, tous deux: Dioula, nés à Kong vers 1864, ^^ Q'-'i ^^ partirent sans esprit de retour lors de l'invasion de Samory. En relations

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avec ses congénères de Korhogo et de Kapélé, Gaouchou a rompu tous rapports avec Kong. Il vit en excellents termes avec Tiéguélé, dont il se dit le marabout, et qui à ce titre et pour la rémunération des prières dites pour lui, lui fait, au moment de la récolte, des cadeaux de mil et de maïs. Gaouchou a une petite école de 5 à 6 élèves, fils de dioula. Elle occupe ses loisirs, pendant que ses femmes fabriquent ou vendent des galettes de mil sur le marché, et que ses serviteurs parcourent le pays avec la pacotille ordinaire des dioulas.

Il est qadri, de l'obédience de Ba Amara Saranorho de Kong. Quanta Baba Saranorho, né à Faraninga, il habite le village de Ouolo, où il vit en excellents termes avec le chef sénoufo fétichiste, Karayé, dont il se dit le marabout. Baba fut jadis une grande figure commerciale. Avec ses cinquante serviteurs, il entretenait de perpétuelles caravanes entre la basse Côte et le Soudan. La libération des captifs a porté un coup sensible à sa fortune ; quelques-uns seulement sont restés auprès de lui et lui continuent leurs services. Il s'est rabattu sur les cultures et y emploie femmes, enfants, neveux, boys. C'est un homme intelligent et ouvert, mais arabisant plus que médiocre. Depuis quelques années, il se déplace moins et ses derniers voyages à Sikasso ou à Banaké remontent à plusieurs années. Au point de vue religieux, il dépend de Caouchou sus-nommé.

Falkessédougou (ou Ferkassédougou) est la deuxième et importante étape de la route Korhogo-Bobo. On y trouve, depuis la disparition du vieux marabout Dioula, Karamoko Torona Souaré, deux personnages intéressants ; Séko (ou Chékou) Taraoré et son frère Adama, d'origine diennéenne. Séko, chef de la famille, est né vers 1860. Il était installé chez les Dafing, quand l'invasion de Samory le contraignit à prendre la fuite. Il est installé depuis 26 ans à Ferkessédougou et y a très bien réussi comme cultivateur.

Il montre avec orgueil de grosses mains calleuses. Il fait l'école coranique à une demi-douzaine d'élèves, dont ses enfants et neveux, et les enfants de Karamoko Souaré. C'est un vieux brave homme, qui ne fait aucun prosélytisme et à qui les bonnes relations avec le chef de canton valent, au moment de la récolte, des cadeaux de maïs, de riz et d'ignames. Ferkessédougou était jadis le point de réunion et de départ des pèlerins de La Mecque. On estimait ce groupement, à la fin du siècle précédent, à i5o pèlerins dont 10 pour le village même. Ces chiffres sont très exagérés.

A Sirhasso, deux noms méritent une mention : Ouamissio Kondé, né vers i865, chef de canton depuis 191 3. C'est un homme intelligent, dévoué, qui traite avec égards les 25o Mandé musulmans de son canton. Il est d'ailleurs fétichiste endurci; Babafi Cissé, né vers i865, maître de la petite école locale, almamy de la prière et chapelain officieux d'Ouamessio.

Kaouara, sur la routedirecte Korhogo-Léraba-Bobo, est un petit centre où les dioula soudanais sont venus s'installer en grand nombre, ce qui donne à cette agglomération sénoufou et animiste un cachet islamique. Ces musulmans, surtout commerçants et maîtres d'école familiaux, sont : Boumana Tounkara, né vers i85o ; Babou Silla, né vers i855 ; Souleyman Diawara, né vers 1876; Fa Figuiri, né vers 1874; Babou Cissé, né vers i855; Babou Taraoré, né vers 1870. Aucun d'eux n'a d'instruction, d'affiliation, ni de bibliothèque.

Le petit canton de Katiali se partage à parts égales entre Sénoufo animistes (5oo imposés) et Dioula islamisés (450 imposés). Le chef de canton, Kapéna Kowdé, né vers i865, traite fort impartialement, quoique fétichiste, les uns et les autres. Le marabout le plus important est Ba Fatigui

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Taraoré, Dioula, né vers i85o; son cousin Lazarani Taraoré dirige une petite école de 3 à 5 élèves. C'est leur troisième ancêtre, Karanîoko Mo Siré, père de Bou Fitigui, père de Souleiman, père de Ba Fatigui, qui de la vallée du Niger est venu le premier ici, à la fin du dix-huitième sièle, et y apporté l'ouird qadri, qui de père en fils s'est maintenu dans la famille. A citer encore la famille Silla dont le chef Lanciné, né vers 1860, est mort en 1919 et a été remplacé comme almamy et maître d'école par son frère Ba Bokari. Ces Silla sont originaires de Kémemba (Sikasso); c'est legrand'père des deux marabouts précités; Bagbéma, père de Ismaila Silla, qui vint le premier ici au début du dix-neuvième siècle. Ces marabouts de Katialî sont très ignorants des choses d'islam ; ce sont surtout des commerçants. Leur mosquée est une grande construction de banco, dans le goût soudanais et semblable à celle de Korhogo.

Le canton de Mbeiigué renferme 600 imposés senoufo animistes et i.3oo Dioula musulmans, dont aucun nom ne mérite une mention ; ils relèvent des marabouts voisins de Katiali et de Korhogo. Le chef de canton, Zié Koulibali, est un excellent Senoufo, dont l'animisme représenté par ses dix femmes est à l'abri de toute atteinte islamique.

Le petit canton de Ngandana, quoique composé de 900 Senoufo animistes et de 25o Mandé-Dioula musulmans, est commandé par un Dioula Alanéfa Konaté, dit Béma, né vers i865. C'est un excellent chef, qui vise à garder la neutralité qui convient.

Karajigui s'honore de la présence deBassiré Saranorho, Dioula, né vers 1860; il y dirige la petite école locale, qui compte de 5 à 10 élèves, et y préside à la prière. Il est l'élève de son père Anzoumana, fils de Sirimana, fils de

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Sitafa. C'est ce Sitafa, d'origine mandé, qui vint le premier dans le Boron vers la fin du dix-huitième siècle.

A Karakoro, le personnage islamique, almamy et maître d'école (lo élèves) est Sori Tounkara, né vers 1870. Il est l'élève et le disciple tidiani de son père Mori Ba. Il n'y a d'ailleurs pas de musulmans dans ce canton de 4.000 contribuables sénoufo, animistes, dont le chef est Naouélé Ouattara.

A Niangharasso, Morifiri Koulibali, Dioula, né vers 1862, dirige une petite école de 5 élèves. Il passe pour nourrir des sentiments hostiles à l'égard des chrétiens.

Niellé est un bourg important, mi-Sénoufo mi-Dioula, sur la route de Korhogo à Sikasso. On y rencontre un certain nombre de dioula musulmans, plus occupés de leur commerce que d'étude ou de piété. Le seul Mori Siré Koulibali mérite une mention. C'est un élève et un disciple de l'école de Karamoko Amadou Saranorho de Kong. Il enseigne les rudiments du Coran à une demi-douzaine d'enfants. Le chef de canton Bilangolo Ouattara est fétichiste ; on le constate au premier coup d'œil, quand on voit son harem de 44 femmes, ce qui au surplus fait honneur à ses 67 ans. Bilangolo était avant notre arrivée le chef guerrier de Pigué, son prédécesseur. Au moment de l'invasion de Samory, Bilangolo fît alliance avecl'almamy contre les gens de Sikasso, qui par la suite, sous la conduite de leur chef Babemba, vinrent détruire Niellé en représailles. Les habitants se réfugièrent dans le Niarhafolo. Pigué mourut pendant l'exil et fut remplacé par Bilangolo. Celuici a commandé avec une grande brutalité son canton et c'est bien à regret qu'assagi par les temps nouveaux il est devenu pacifique. Il dirige assez bien un canton de 37 villages, dont beaucoup tendent à s'émanciper. Sur les

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10.800 imposés que compte le canton, 4.000 sont Mandé- Dioula islamisés ou se disant tels, les autres sont des Senoufo animistes.

Il faut donner en terminant le nom de quelques chefs sénoufo dont l'un est musulman, les autres fétichistes, et qui commandant tous à des cantons mixtes, entretiennent les meilleures relations avec les Dioula musulmans. Ils acceptent en général que l'un d'eux soit leur chapelain officiel, en quelque sorte leur représentant officiel auprès d'Allah, et à ce titre lui font des cadeauxde mil, de maïs et d'ignames au moment des récoltes. La dévolution du pouvoir se fait chez ces chefs d'après les règles classiques des peuplades soudanaises. L'ordre de succession est le suivant : 1° les frères consanguins ou utérins ; 20 le fils aîné du frère aîné; 3" le parent le plus proche. Dans cet ordre, le chet en exercice choisit son successeur que souvent il associe au pouvoir de son vivant. Jadis les notables ratifiaient ce choix à sa mort. Aujourd'hui ils présentent simplement le nom de l'élu à l'autorité française, c'est elle qui prononce la nomination définitive du chef, mais il est évident qu'elle ne fait à peu près toujours que confirmer l'élection populaire.

Sanoussi Ouattara, chef de la fraction des Pallaka, Senoufo, est musulman ou se dit tel. Il est né vers 1872, exerça jadis les fonctions de représentant des Pallaka à Korhogo et a succédé, le 11 juin 1919, comme chef à son père Séminian Yéo, destitué à la suite d'une condamnation pour escroquerie et abus de pouvoir. Séminian avait été choisi par les Pallaka comme chef en remplacement de son oncle Kobi avant l'arrivée de Français dans la région. Son mauvais esprit et ses exactions furent une des causes de l'hostilité que de tout temps l'autorité française rencontra chez les Pallaka, tribu très arriérée, si arriérée que les autres Senoufo, qui ne sont pourtant pas des gens bien avancés, en ont honte en quelque sorte et disent quelque-

fois qu'ils ne sont pas Senoufo. Ancien élève de l'école de Korhogo, Sanoussi parle et écrit un peu le français. C'est un homme intelligent, très écouté, et qui fera un bon chef, îl tendrait volontiers vers l'islam, ce qui peut être gros de conséquences pour les 3.ooo Pallaka animistes, ses administrés.

Le canton de A^î'q/bin'n renferme, à côté de i.5oo Senoufo fétichistes, 288 Dioula islamisés (contribuables). Il a pour chef depuis igiS, Mandé Bongo-Sorho, né vers 1867, cultivateur et commerçant.

Le Canton de Niarhafolo ne renferme aucun musulman au milieu de ses 8.872 contribuables Senoufo. Son chef, Oualo Koumé Koné, né vers 1867, possède un harem de 26 femmes, qui garantit sa résistance à toute emprise islamique.

Lecanton de Napiéolédougou ne renferme que 200 Dioula musulmans contre g. 600 Senoufo fétichistes. Le chef, Omar Diarassouba, fétichiste malgré son nom, flirte avec les maraboLits. C'est un homme intelligent et plein d'activité.

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