‹ Études sur l'Islam en Côte d'IvoireChapitre 20 sur 67 · Kong · texte numérisé non relu

Kong

Kong, l'antique métropole islamique du bas pays soudanais, Kong qu'ont célébré tous les docteurs noirs pendant plusieurs siècles, et où des milliers d'enfants et de jeunes gens sont venus sucer la science coranique et la haute instruction arabe, Kong n'est plus ! Elle ne s'est jamais relevée des ruines de Samory. Pourquoi le terrible almamyqui bâtissait son empire sur la race mandé et sur l'élément islamique détruisit-il cette vieille cité qui devait être le plus beau fleuron de ses territoires? 11 est difficile de le savoir :

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sans doute céda-t-il à un de ces accès de fureur, qui agitaient de temps en temps ce grand primitif, et qui provoquaient riiumeur frondeuse et railleuse de gens de Kong.

Les gens racontent aujourd'hui qu'il voulut faire arrêter le grand marabout, dont la puissance lui portait ombrage. Celui-ci, qui s'attendait à cette mesure, prit la fuite et ne put être retrouvé, ce qui mit les citadins de Kong en joie t provoqua des épigrammes. Doublement furieux, Samory envahit la ville, la rasa, ne laissant pas pierre sur pierre^ fit passer au fil de l'épée tous les lettrés, qui n'avaient pas eu le temps de prendre la fuite, et ruina le pays. Du jour au lendemain, Kong et ses habitants avaient disparu (1897). On conserve encore et l'on montre les ruines de la mosquée, où quarante des lettrés les plus notoires du pays furent massacrés. Binger, Monnier, qui l'ont vue avant sa destruction, en ont fait une description enthousiaste. « La ville, dit Monnier, surtout vue du nord-ouest,, dorée par le soleil couchant, avec les minarets pyramidaux de ses cinq mosquées, les palmiers détachant leur fine silhouette sur le ciel, les terrasses superposées où des groupes de fidèles apparaissent à l'heure de la prière, est une vision inoubliable. » Quantum mutatus!...

Aux troupes françaises échut l'honneur de venger la vieille cité. L'occupation définitive est de janvier 1898 ; elle fut brusquée, ce qui permit de faire main basse sur les traînards de l'almamy. Samory fuyait alors sur Dabakala, et lassé de cette course, s'installait sur le Bandama. Son campement en prenait le nom de « Bori bana » : « c'est fini de fuir ». Ce n'était pas fini, car, traqué, il commençait peu après ses courses eff'rénées de Gold Coast au Libéria et ne devait être pris que le 29 septembre 1918, à Guélimou.

L'autorité française a fait au début tout ce qu'elle a pu pour reconstituer Kong. Tous les fuyards ont été ramenés, encouragés, aidés de toutes manières. Avant la fin du siècle, elle s'était reconstituée avec 2.000 habitants, alors

qu'on n'en avait trouvé que 3oo le jour de l'occupation, mais cette revivification n'était qu'artifîciellle. La déchéance n'a pas tardé à reprendre, inéluctable. C'est aujourd'hui un pauvre village d'un millier d'habitants, coupé de grands espaces vagues et nus, et dont l'abandon n'a fait qu'accentuer la détresse. Il n'y a un peu de vie qu'au marché le matin, par l'affluence des dioula de passage.

La population de la subdivision tout entière ne dépasse pas 10.000 habitants, dont une bonne partie est en perpétuelle errance commerciale. Tous sont Mandé-Dioula et musulmans, sauf deux cantons, Nafana etSikola, qui sont peuplés de 2.000 Senoufo animistes, soit au total 8.000 musulmans environ. Il est vrai que, par une tradition assez ancienne, les deux chefs de canton sont musulmans, mais ils le sont si peu qu'on se demande ce qui les distingue, à ce point de vue, de leurs administrés. Les Mandé ont essayé d'amener à eux ces villages sénoufo, isolés numériquement dans leur pays; leurs prédications comme leurs menaces de châtiments divins sont restés sans effet sur ces frustes paysans. Ils paraissent y avoir renoncé.

On trouve 7 mosquées dans la subdivision de Kong; deux à Kong même, dont l'une est la mosquée diouma de la région ; une dans chacun des cinq centres les plus populeux du pays : Tindalla, Nassian, Bilémono, Kongolo et Nafana. Ce sont toutes de petites constructions en banco avec des angles de soutènement et une sorte de couronnement, qui simule le minaret. La mosquée-cathédrale de Kong, édifiée ces dernières années, est plus respectable. C'est un grand bâtiment carré de 20 mètres de côté environ, étayée par de nombreux contreforts de terre battue. On ne trouve pas de maçons dans le pays pour construire des édifices de cette envergure : mosquée, maisons de chef ; il faut y employer des maçons de Dienné qu'on se passe de village en village. Aux quatre coins de la mosquée on aperçoit des lampes-tempêtes, soudées dans le banco, et

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qu'il est naiurellement impossible d'allumer. C'est un simple ornement qui remplace les œufs d'autruche du Soudan ou les vases de nuit droits ou renversés d'autres pays Dioula.

La déchéance intellectuelle de Kong va de pair avec sa décadence économique. Il est difficile d'imaginer à quel point le niveau spirituel est bas. J'ai vu tout ce que la ville compte de plus lettré et de plus pieux ; impossible de trouver un seul marabout avec qui on puisse, au moyen de cette misérable langue littéraire usitée chez les noirs, entretenir une petite conversation courante. J'ai pu me passer d'interprète à Bouaké, à Dabakala, à Korhogo, à Odienné^ villes sans réputation islamique : je ne l'ai pas pu à Kongy. l'universitaire.

C'est dire qu'il n'y a aucun établissement d'enseignement supérieur : pas un de ses cheikhs n'est capable de donner une petite leçon de catéchisme de persévérance ou de commentaire des saints livres ou de grammaire. Les écoles coraniques sont au nombre de six ou huit au plus^ dont plusieurs sont fermées par suite des voyages commerciaux du maître. La plus importante a 25 élèves, et le total de la population scolaire de la ville ne dépasse pas 100 enfants. Encore faut-il compter dans ce nombre plusieurs enfants des villages voisins, notamment de Nafana, qui vivent à Kong chez des correspondants. C'est en effet une coutume fort en honneur chez les noirs, et notamment chez les Mandé-Dioula, que de se prêter ses enfants de famille à famille, et même de village à village. C'est une marque de déférence ou d'aflection au chef de famille. Les villages voisins de Kong n'y manquent pas^ et cette coutume leur sert en outre à faire donner un peu d'instruction à leurs enfants, beaucoup de villages étant en effet dépourvus de maîtres d'école.

Malgré tout, il est facile de constater à Kong une grande indifférence intellectuelle ; les enfants ne vont pas tous à

l'école coranique ; ceux qui y vont n'y apprennent pas grand'chose; et c'est sans doute cette inappétence, ce manque de goût qui plus que toute autre cause, a amené la déchéance islamique de Kong. Monnier signalait déjà en 1892, aux derniers jours de la splendeur de Kong, cette indifférence spirituelle. « Ici pas plus qu'à Bondoukou, le sentiment religieux n'est exalté. C'est un islamisme à fleur de peau, pour la convenance, par ce que le fait d'être musulman constitue une supériorité. Cela ne va pas plus loin. On fait salam, mais on boit du dolo. Toute cette race Dioula, âpre et travailleuse, dont les caravanes arpentent la route du Niger, a l'esprit trop absorbé par son négoce pour s'attarder dans l'idéal. »

En revanche, comme Bondoukou sa sœur de race, de mœurs et de langue, elle est toujours une ville de commerce et de réjouissances, les tamtams y résonnent à peu près tous les soirs et les Dioula de passage savent par expérience qu'on y gagne de l'argent le jour et qu'on le perd avec entrain la nuit.

Kong porte localement le nom de Kpon et s'écrit dans

l'arabe du cru p- yz. soit Gho, Rho.

Ali Mori Sogodogo, Mandé Dioula, est la personnalité la plus importante de Kong. Ce petit vieillard timide se révèle plein d'esprit et de souvenirs, quand sa défiance est ,1 dissipée. Sa famille est originaire de Boron. Ce fut son cinquième ancêtre, Abdoullaye Sogodogo, qui arriva au début du dix-huitième siècle du village de Kong. Ils s'y succédèrent de père en fils, commerçants, marabouts réputés; Anzoumana Souleyman,Mostafa, Abdouilaye. Celui-ci père d'Ali Mori, habita quelque temps la région de Séguéla comme dioula. C'est là, à Kani, que naquit Ali Mori, vers i855. Revenu à Kong, il y lit ses études et commerça jusqu'au moment où les massacres de Samory le contrai-

gnirent avec beaucoup d'autres à prendre la fuite. Il revint chez lui, au lendemain delà débâcle du grand conquérant (1897), et comme il comptait déjà parmi les notables, il fut élualmamy de la grande mosquée par ses compatriotes. Il exerce ses fonctions depuis cette date à la satisfaction générale. Il est incontestable qu'Ali Mori est la figure la plus vénérée de la région, encore que son instruction arabe soit des plus médiocres et qu'il soit incapable de converser dans le petit arabe littéraire qu'on peut généralement employer avec les marabouts noirs de quelque valeur. Ali Mori est tidiani. Il a reçu Touird d'un pouUo de Dienné, Anzoumana Cissé, qu'il a rencontré à Niellé, où tous deux étaient en tournée. Ali xMori dirigeait jusqu'à ces temps derniers une école coranique d'une quinzaine d'enfants; sa vue faiblissant de jour en jour, il a dû laisser la place à ses frères Ismaïla et AbdouUaye. L'école est tombée aujourd'hui à une dizaine d'enfants.

Ya Mori Oualtara, Dioula, né vers i85o, fils de Bakari Songoutigui, fils de Samafi, fils de Sékou, fils de Tiéba, fils de Marha, est le chef du canton de Kong. C'est ce Marha qui émigra le premier du pays mandé des bords du Niger, alla résider quelque temps à Dé (Bandiagara), puis vint ici. Ya Mori s'enfuit à Bobo Dioulasso, lors de l'invasion de Samory. Il revint au pays en fin iSgS, lors de notre apparition dans la région, et remplaça dans le commandement du canton, son oncle Ba Kombi, mis à mort par lessofas. Ya Mori, vieux, usé, très considéré, n'a aucune influence. Il est complètement illettré et au surplus avec ses six femmes ne fait pas figure de musulman bien fervent. Il se déclare disciple tidiani de Mandiou Touré, Bobo Dafing qui de passage ici y habita plusieurs années. Il se rattachait par son maître Siriki, Dafing, à l'école nigérienne d'Al-Hadj Omar. Reparti au Soudan en 1918, ce xMandiou est tombé malade en route à Pallaka et y est resté.

Dien Mori Ouaf /ara, Dioula, né vers 1880, fils de Bafa-

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tigui, est le chef du village de Kong. Il n'a pas d'ouird,est complètement illettré, et ne mérite une mention que par les fonctions qu'il exerce.

Balé Ouattara, né vers 1877 à Kong, est un des notables de la ville. C'est un musulman ignorant, besogneux, et dont les six femmes fétichistes démontrent que sa piété est minime.

An^oumana Toiiré, Dioula, né vers 1867. Sa famille habite Kong depuis une dizaine de générations et a perdu le souvenir de l'ancêtre, le premier immigrant. Ils ont été marabouts et colporteurs, comme la tradition l'exige. En ce qui concerne Anzoumanaen particulier, on le voit par les grands chemins de Bamako à Bobo et à la Côte. Peitdant de temps, son école de 3 à 4 élèves reste fermée. Il sait tout au plus quelques versets du Coran, et n'a aucune instruction, mais c'est un homme intelligent et ouvert. Il se réclame de l'ouird qadri, qui lui fut donné par son père, feu Sabati Saranorho.

Baba Koulibali, Dioula, est né vers 1878. Il appartient à une famille de marabouts-colporteurs. Baba a une petite instruction arabe, dont il tire parti en enseignant le Coran à l'une des écoles les plus achalandées de Kong; 22 élèves. Il lui est impossible d'ailleurs de converser en arabe littéraire courant. Il a reçu l'ouird qadri d'un marabout dioula de Kong, Karamoko Bissiri. Ce Karamoko, de son vrai nom Al-Hassen Al-Bisri ibn Al-Hadj, est en perpétuelle errance du Soudan à la Côte d'Ivoire. Il paraît être le moqaddem actuel des qadrïade Kong et se rattache au grand Sidi-1-Mokhtar des Kounta (f 181 1) par Mahmoudou Abdour-Rahman, Sidi-Al-Hadji Ishaqa, Salihou, Moussa Ibrahima et Souleyman Tafsirou,

Sorika Konaté, Dioula, né vers i858, fils de Soualifou, fils d'Abou Bakar Sidiki, fils de Lanzana Konaté, fils d'Al-Hadji Ba, fils de Dakrou, filsde Dakrou, fils de Fétigué Mori, était le troisième maître d'école de Kong avec

ses 12 élèves. Il en a aujourd'hui deux. C'est ce Fétigué le musulman, qui vint le premier du pays Mandé vers la fin du dix-septième siècle, et depuis on a de père en fils toujours été marabout et colporteur dans la famille. Sorika est un homme intelligent et déférent qui a petite instruction arabe. Connu et apprécié dans son village, où son zèle peut rendre quelques services, il n'a aucune influence au dehors. Il dit avoir reçu l'ouird qadri, il y a une trentaine d'années d'un marabout de Dia, Moriarha Diane, qu'il rencontra à Bobo. Il n'en sait pas plus sur ses origines mystiques.

Sanoussi Saranorho, né vers 1878, Dioula, jadis à Tiéméné, aujourd'hui à Kong, où il fait le colporteur et entre temps le maître d'école. Sanoussi se dit qadri et présente une chaîne mystique qui, sans sortir de la famille Saranorho, aboutit au grand cheikh Omar le Kounti (seizième siècle). C'est la première fois qu'on trouve ce cas d'islamisation dans la société mandé de la haute Côte d'Ivoire et il n'est pas commun. L'apostolat islamique et qadri des grands cheikhs Kounta du seizième siècle avait bien laissé des traces en eff'et dans la vallée du Niger et dans le Sahel soudanais, mais paraissait s'être eff'acé plus au sud. Il est curieux d'en retrouver des vestiges à Kong. Voici donc la chaîne des auteurs mystiques de Sanoussi : Son père Makama Saranorho, Ousma Fa, Fa Karamoko Saidou, Lebbassou, Mostafa, Man Daouda, Anzoumana, Moktatou, Souleimana, Al-Hadji, Mahmoudou, Ahmadou, Ibrahima Al- Bissiri, Ali Abdour-Rahman, tous Saranorho. Abdour Rahman est le disciple d'Oumarou Kentissi, disciple luimême d'Ahmadou Al-Feirmi. On n'a pas de peine à reconnaître les grands noms Kounta d'Omar et d'Ahmed Al- Feirem. D'ailleurs, au delà, la chaîne de Sanoussi n'est autre, avec les déformations de noms qui conviennent, que la chaîne qadrïa-bekkïaa des Kounta.

Sitafa Saranorho, né vers 1884, est un métis de Mandé

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et de femme Sénoufo. Colporteur de métier, comme ses. congénères de Kong, il s'est transformé en professionnel de la quête islamique et a eu de ce fait diverses aventures qui paraissent closes pour l'instant. Il quittait Kong, vers igio, pour aller rendre visite en Sierra Leone à un de ses frères qui y résidait. En 1912, il arrivait dans le cercle de Faranah (Guinée) et y fit connaissance, à la suite de circonstances bizarres, d'une femme dans laquelle il prétendit reconnaître sa sœur. Cette femme, du nom de Bintou Saranorho, était l'épouse d'un dioula de Faranah, qui quitta sa maison pour vaquer à son commerce. Bintou le suivit jusqu'à Mamou, mais soit qu'elle eût trouvé la route trop longue, soit pour tout autre motif, elle l'abandonna et s'enfuit au Sierra Leone avec un ami. C'est à son retour de Sierra Leone que se produisit, au village deDentibia, la rencontre au cours de laquelle Sitafa et Bintou, frère et: sœur, tombèrent dans les bras l'un de l'autre. Sitafa était dans une situation irrégulière. Invité à regagner son pays,, il était allé se réfugier dans l'entourage de Famoro Samoura,. chef de la province de Soliman, et y vivait en qualité de marabout et de parasite du chef. Quand Famoro fut incarcéré, l'enquête fit découvrir Sitafa, qui, vivant avec sa sœur, venait de la marier à un garde-cercle de la brigade de Faranah. Invité une seconde fois à retourner à Kong et à n'en revenir qu'avec des papiers réguliers auprès du chef de village de Biri (province du Sankaran). Arrêté alors et expulsé du cercle de Faranah, il fut conduit manu militari à Kong (fin 1912). C'est un individu sournois, dont l'instruction arabe est limitée, mais qui est suffisamment retors pour exploiter tout le monde, partout où il passe. Il est absent de Kong la plupart du temps. Sitafa se dit disciple qadri de Sidiki Saranorho son père.

Ladji Koulibali, Dioula, né vers 1 855, est mort en 191 7. Il fit pendant toute sa jeunesse le colporteur, et on le vit de Dienné à la Côte. Depuis quelques années, fatigué dit

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négoce, il tournait au marabout quêteur et au charlatan d'islam. Comme il était bien connu à Kong, c'est dans les parages qu'il opérait et notamment dans la région de Korhogo, où existent de nombreux Koulibali Senoufo. Ladji ne manquait pas de mettre à profit cette parenté, prétendue ou réelle. C'est ainsi qu'on le vit opérer à plusieurs reprises à Felkessédougou, et à Korhogo même. Dans cette dernière ville, il fut surpris, en 1912, dans l'entourage de Gbon Koulibali, chef de canton, vivant d'expédients plus que douteux. Invité à justifier sa présence, il explique qu'une de ses filles captive à Bendéguéla (Touba) lui avait fait dire de l'envoyer chercher et de la racheter. Il lui avait alors dépêché un boy avec une somme de 200 francs. Mais ce serviteur de confiance s'en fut trouver à Dakala un ami de son maître, lui emprunta encore 200 francs en son nom et se transforma en dioula. Ladji explique que ce boy était fort adroit et qu'il ne doutait pas qu'au bout de 2 ou 3 ans il n'eût fait fortune et racheté la fille, non oubliée certes. C'est pourquoi lui, Ladji, n'avait pas porté plainte contre lui, mais s'était contenté de se mettre à sa recherche pour reprendre l'argent et ravoir ainsi sa fille. Tout ceci en somme était bien ; mais on apprit pendant l'enquête que Ladji colportait des bruits insidieux, tels par exemple que les Blancs ayant assez gagné d'argent, se préparaient à rentrer en France et que c'étaient les marabouts qui devaient prendre le commandement du pays. Quoique les Senoufo fétichistes ne crussent pas à ces déclarations, ils ne laissèrent pas d'en être troublés. Aussi Ladji fut-il condamné disciplinairement à i5 jours de prison et renvoyé à Kong. Il ne fit plus parler de lui, se montra au contraire fort empressé à visiter le poste, et mourut en 191 5. Il avait été affilié au tidianisme par un marabout de Kong, Birahima Taraoré. Seidou Saranorho, né vers i865, maître de l'école la plus achalandée de Kong (26 élèves) est qadri, de l'obédience de Karamoko Bissiri précité.

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Al-Kali Saranorho, né vers 1876, maître d'une école de 10 élèves, disciple tidiani de Karamoko Sidiki Saranorho, de Diénaba (Dabakala).

Karamoko Konaié, né vers 1860, maître d'une école de 5 élèves. lia reçu l'ouird tidiani du cheikh Abd Er-Rahman Diakité, de Dienné, qu'il vit à son passage dans cette ville. Ce cheikh se rattache par Youssoufou Cissé et Ibrahima Fofana à Mohammed Al-Rali, cheikh de la zaouïa tidjanïa de La Mecque et disciple direct du fondateur de la Voie. Ces trois maîtres d'écoles sont tous cultivateurs, et même commerçants à l'occasion. Ils sont de race mandédioula.

Depuis la mort de Ladji Koulibali, il n'y a plus que deux pèlerins à Kong : Al-Hadji Diabaraté, et Al-Hadji Mandiou, tous deux dioula. Le premier, né vers 1860, d'une famille originaire de Bégho, près Bondougou, a fait le pèlerinage en 1917-1918 avec une caravane de Haoussa de Kano, qu'il rejoignit à Coomassie. Ils s'embarquèrent à Accra, et transbordèrent à Las Pal mas, à Tanger, et à Alexandrie. Un vapeur local les conduisit à Djeddah. Après un séjour de deux mois à La Mecque, ils s'en furent à Médine, et revinrent par la voie ferrée s'embarquer à Beyrouth pour Alexandrie. Le chemin du retour fut le même qu'à l'aller. Son frère Ba Siriki, aujourd'hui décédé, avait déjà fait le pèlerinage. Al-Hadji Diabaraté est disciple tidiani de Karamoko Bissiri précité. Le second pèlerin, Al-Hadji Mandiou, dioula aussi, est né vers 1875. Il a suivi le même chemin que Diabaraté vers 1906. Ces deux Mandé-Dioula sont à la fois commerçants et cultivateurs.

En dehors du village de Kong, il y a quelques agglomérations mandé-dioula, dont la population musulmane suit les directives d'un marabout notoire de plus ou moins de valeur, de plus ou moins d'influence.

A Tindalla, dans le canton de Kobakoko, le marabout en vedette est Baro Saranorho, dit Bamassa SaranorhOy

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né vers 1870, dioula, almamy et maître d'école du village. Il a une quinzaine d'enfants, à qui il apprend ce qu'il sait, un peu de Coran. Intelligent, ouvert, dévoué, Ba Massa 310US a rendu, dès les premiers joursde l'occupation (1900), ies plus distingués services, tant à Léraba qu'à Kong. Il a toujours servi d'intermédiaire entre les gens de son village €t les autorités. Il est très écouté dans la région, moins comme marabout que comme conseiller: les chefs de Tindalla et de Diambala notamment ne font rien sans le ■consulter. Nous trouvons avec Ba Moussa une chaîne mystique qadrïa qui seperddansla nuit des temps, se rattachant sans doute comme celle de Sanoussi Saranorho aux premiers Kounta du seizième siècle. Voici cette chaîne : Ba SanaSsi son père, Ba Amara son père ; Ba Anzoumana son père ; -Béma-1-Kali ; Ibrahima; Abdour-Rahman ; Féré Mori Fi ; Sendou ; Saranorho Al-HadjiBa; Bakari; Al-Mostafa; Bansékédou ; Al-Hadji Anzoumana; VVali BaAnzoumana; Ba Amara, tous Saranorho. Tindalla (ou Tintalla) renferme une petite mosquée en banco du modèle classique soudanais.

A Nafana, la famille des Saranorho fournit, de père en fils, le marabout et l'almamy. L'almamy actuel est Bamori Ba Saranorho, né vers 1870, maître d'une petite école de 3 ou 4 enfants. Mais parti en 1906 à Bondokou pour commercer, il n'est pas encore revenu. Son frère Mahmoudou le remplace. Ni l'un ni l'autre ont d'affiliation, et leur science islamique est plus que modeste.

A Yondolo, du canton de Tabouroukoko-sud, le maître "d'école (7 élèves) et almamy était Sidi Fofana, né vers .i865, intelligent et ouvert, mais peu lettré. Il est mort en .1914, et a été remplacé par son fils Sinali, né vers 1890, personnage insignifiant. Le chef de canton Badiori Ouatiara, dit Bouna, né vers 1860, a une personnalité bien

plus accentuée, malgré qu'il ne soit qu'un musulman à la manière mandé-dioula avec ses sept femmes, mi-fétichistes mi-musulmanes. Il a succédé, en 1910, à son oncle Badioula à la tête du canton. C'est un beau parleur, obséquieux et malgré tout intéressant, cultivateur de profession plus que dioula.

A Bilémono, du canton de Faraninka, deux noms méritent une mention : Anzoumana Kamaraté, né vers 1862, maître d'une école de 6 élèves, qadri; et Ali Kandé, né vers 1876, intelligent et quelque peu instruit. Il dirigeait une école d'une douzaine d'enfants, il l'a fermée en 1917, pour aller commercer dans la région de Bondougou. Il est qadri.

A Nasian, Talmamy et maître d'école est Karamoko Ouattara, né vexs 1882, qadri. Il dirige sans grande compétence une école de 10 enfants. Nasian est un très vieux village, qui a eu à souffrir des incursions des rois Abron. Bowdich la mentionne sous le nom de Nasia. Binger la visitait le 27 décembre li

A Koniéné^ le marabout en vue était Abou Daw, né vers 1872, qadri. Il est mort en 1917 et n'a pas été remplacé. Le pèlerin de La iMecque, originaire de Dienné, et qui installé à Koniéné, y fit à Binger le 3 janvier 1889 un si cordial accueil, a disparu du village. L'islam n'est ici que faiblement représenté.

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