Dabakala
Dabakala est le chef-lieu du cercle actuel des Tagouana, qui comprend deux subdivisions : Dabakala proprement dite et les Tagouana.
La première subdivision, étudiée sous ce titre, est formée par les deux provinces fétichistes senoufo du Djimini et du Diamala et par le canton musulman mandé-dioula de Darhala. On y trouve aussi quelques Ngan, dont les origines sont mal déterminées. Chartier en fait desAgni. Delafosse avance qu'ils sont un peuple métis, issu des autochtones de la lisière de la forêt dense et des migrations Diallonké (Mandé du Sud). Ils sont fétichistes comme les tribus de la forêt.
Chez les Senoufo Diamala, l'islam commence à pénétrer sous l'influence de la propagande ou simplement de l'exemple mandé-dioula. Deux personnalités de cette race sont à citer, encore que fort peu ferventes : Karamorho Ali Ouattara et Kongodé Ouattara.
Le premier, Karamorho Ali, est né vers 1860. Il est le chef du canton de Diamala-Ouest et réside en cette qualité à Satama-Sokoro. Réfugié à Kodiokofî, à la suite de l'invasion de Samory, il devint le chef des fugitifs. Les Diamala de la région occidentale le choisirent comme chef en 1900, au retour des émigrés. L'autorité française le reconnut d'autant plus facilement qu'il lui avait rendu de réels services en 1895, en ravitaillant la colonne Monteil et l'avantgarde Marchand. Il y a gagné une médaille d'honneur. Ce chef, intelligent et dévoué, sait fort bien se faire obéir, malgré son grand âge. Il a un canton assez difficile, où s'entremêlent Dioula musulmans et Diamala et Bambara fétichistes, et même deux petits villages Baoulé, au total 3.400 âmes. Riche pasteur, grand cultivateur, Karamorho Ouattara avec ses neuf femmes aux cultes variés et les 334 personnes de sa case fait plutôt figure de patriarche fétichiste que de marabout islamique.
Le second, Kongodé Ouattara, né vers 1870, est le chef du canton du Diamala-Est. Il a succédé en 1906 à son frère Kourou Mory, qui était fétichiste. Cette famille a toujours commandé le pays. Kongodé l'ancien était un puissant
chef dont l'autorité s'étendait, avant Samory, sur tout le Diamala. Il ne voulut pas se plier aux ordres du conquérant et fut supplanté dans son commandement par l'almamy Saranorho Fofana, qui sut se rallier à Samory. Sur ces entrefaites, Kongodé mourut et les Diamala prirent la fuite. A leur retour en fin 1899, Kourou Mory fut élu chef par les gens de l'Est. Jusqu'à lui les chefs Diamala sont fétichistes. C'est avec Kongodé le jeune que l'islam a pénétré dans la famille princière. C'est un chef mou, peu intelligent, craintif, qui commande difficilement à 2.5oo personnes où aux Dioula et métis de Dioula s'entremêlent des Diamala, des Bambara, et des éléments Baoulé. La mort de Logocina, son adversaire religieux, lui a rendu quelque autorité sur les Dioula de Fatama Sokoura, qui jusque-là lui avaient échappé.
La province Djimini est restée jusqu'à présent intacte. On y rencontre bien des petits groupements Dioula musulmans, mais la masse Sénoufo prédominante et les éléments Bambara et Baoulé qui s'y entremêlent sont complètement rebelles à l'islam.
Les quatre cantons senoufo sont :
à) Djimini-Ouest, le plus important avec sesii.5oo habitants; le chef est Kitara Sara Ouattara, de la famille princière du pays. L'ordre de succession est traditionnellement le suivant : c'est le chef en titre qui désigne son successeur dans la famille princière; cette nomination doit être approuvée par l'assemblée des chefs de village et les notables, et aujourd'hui ratifiée par l'autorité française.
h) Djimini-Est a 8.200 personnes. Sinassigué Ouattara, chef depuis 1899, a ramené en place les Djimini qui, battus, par Samory, avaient été contraints de se réfugier près des postes français du Baoulé :Kodiokofi etToumodi. A signaler quelques petits groupements Dioula.
c) Djimini-Nord, 900 personnes, dont une centaine de Dioula. Le chef, Dendiougou Ouattara, fait captif par les
sofas de Samory, fut vendu àMankono, cequi n'est pas fait pour lui inspirer de la sympathie pour les musulmans. Il est assesseur animiste au tribunal de subdivision de Dabakala.
d) Dabakala, 760 personnes, toutes Senoufo animistes. Ce canton est de création récente et comprend le village même et les hameaux de culture voisine; il a été détaché du Djimini-Nord. Le chef, non Ouattara, né vers 1860, est intelligent et ouvert. Il est aussi assesseur non musulman au tribunal.
Ces cantons Djimini sont fort étendus; ils comprennent chacun plusieurs groupes, ayant des chefs à leur tête; les chefs de cantons commandent eux-mêmes le groupe où ils résident. Cette organisation est antérieure à notre installation dans le pays.
Les principales agglomérations musulmanes de ces cantons senoufo sont les deux Dabakala, les deux Satama, Nborla-Dioulasso, Ouandarama et Tintinkan-Dioulasso.
Dabakala-Dioulasso et Dababala-Koro, dont la réunion forme le centre de Dabakala, renferme une population mandé musulmane de près de 400 âmes, 4 marabouts maîtres d'école, et 2 mosquées, dont l'une est diouma.
La personnalité en vedette est Sanoussi Diabi, dont la famille est Marka, originaire de Kiba, dans le Banamba (Bamako); son père Al-Hadji Mokhtar était né à Sanankorou. Il partit en pèlerinage à La Mecque vers i865,en revint vers 1870 et à son passage à Bondoukou, sollicité parle roi du pays Ardjouma de rester près de lui, acquiesça à ses propositions et le fixa à Bondoukou. Il racontait par la suite qu'il avait été le marabout et l'instituteur de Samory, ce qui est bien possible, car Samory était de Sanankourou. Il mourut à Bondoukou. Il y commit des exactions sans nombre, quand Samory eut été vaincu, ses bandes se dispersèrent, et Sanoussi vint se réfugier à Dabakala. Il se signala au début par quelque opposition à notre pouvoir,
puis finit par se rallier franchement. Il a donc été nommé en 19 12 chef des Dioula Dabakala et peu après assesseur musulman au tribunal de cercle. Il a marié en 1914 une de ses filles à l'interprète Souleyman Soumaré. C'est un homme actif, intelligent, qui aime à causer du passé où il a joué un rôle ; il est relativement lettré et fait, depuis le début de notre occupation, l'école à une vingtaine d'enfants, tous de sa famille. La chute de Samory et, plus tard, la libération des captifs l'ont ruiné ; il vit aujourd'hui de ses cultures et de ses troupeaux. II est tidiani par un disciple de son père Karamoko Marna, de Korhogo. Quant à Hadji Mokhtar, il avait été affilié à cette voie, à la zaouïa de La Mecque, lors de son pèlerinage. Il a plusieurs frères qui sont plus commerçants que marabouts.
Karamoko Salia, Baba Béma et Béma Bama, tous trois cousins, nés tous trois vers 1880, sont des personnalités mandé dioula de quelque envergure. La famille est originaire de Foulboula dans la Gold Coast. L'ancêtre Idrassa fut arrêté à Bondoukou par les besoins de son commerce €t s'y installa. Il eut quatre fils, qui se sont dispersés entre Bondoukou, Dabakala et Kong, et dont la nombreuse progéniture est perpétuellement sur les grands chemins en quête de gains commerciaux.
Idrissa Bama.
Ishaka. Sidiki. Amoro. Bagui,
Karamoko Salia. Baba. Béma. disperses.
La famille Bama est à Dabakala depuis 1898 avec l'autorisation de Samory. Les trois cousins sont surtout commerçants, quelque peu cultivateurs et, à temps perdu, maîtres d'école. La clientèle scolaire de chacun d'eux ne dépasse guère la demi-douzaine d'élèves. Ils n'ont qu'une
très minime instruction arabe, même Karamoko Salia qui paraît le plus lettré, et dont on a fait un juge au tribunal de subdivision. Leur instruction s'est faite à Bondoukou, auprès de Karamoko Lassana. Ils ont reçu Touird qadri d'un missionnaire de Bou Kounta de Tivaouane, Ahmadou Kounta, aujourd'hui disparu du pays. Ce sont des jeunes gens tranquilles et corrects.
Nous trouvons ici le premier représentant de l'islam chez les Senoufo : Bamori Koulibali. Il est vrai que ce n'est pas lui qui s'est converti à l'islam, mais son arrièregrand-père Amoro, qui paraît bien avoir été un captif. C'est son patron, on dit aujourd'hui son maître spirituel, Amoro Diabaraté, qui l'aurait amené à l'islam et l'aurait marié à une jeune Mandé. Son fils Karamoko Mori, élevé par une mère Dioula au milieu de Dioula, se dioulisa complètement, si j'ose dire. Ses descendants, Karamoko Sékou et Bamori Koulibali, font aujourd'hui partie intégrante du peuple dioula et ne veulent plus rien avoir de commun avec les Senoufo animistes. C'est môme avec peine qu'ils avouent leur ascendance senoufo, parce que sans doute elle évoque le souvenir de la servitude ancestrale. Bamorin chef du village de Babakala-Koro, est né vers i855, au hameau voisin de Bokala; il a fait des études médiocres, dont il ne lui est resté absolument rien. Il a eu la prétention d'instruire ses fils ; il y a renoncé. Il n'est sorti deDabakala que pour se réfugier à Bondoukou, lors du passage de Samory. Il y revint au départ de l'almamy. C'est un- excellent homme, mais mou, apathique, et qui n'est pas capable de diriger son village. Il a reçu l'ouird qadri d'un Bobo Dafing, Hadji Adama, venu de Conakry, missionnaire d'islam et commerçant ambulant, mort en igi5 dans le Baoulé. Cet Adama disait avoir été affilié à la voie qadri, à la zaouïa même de La Mecque par un Hadji Mori (?).
La mosquée de Dabakala, sise au centre de la place, est un joli bâtiment de banco bien entretenu, dans le goût des
mosquées soudanaises. Elle a pour almamy Soumaïla Touré, né vers 1860 à Dienné. Il vint à Boudoukou vers 1895 dans un but de commerce, et s'installa tinalement à Dabakala, auprès de Karamoko Salia. Il avait femme et enfants à Dienné; il les a abandonnés et ne les a jamais revus. 'Il s'est remarié ici. Il, raconte que ses ancêtres étaient originaires de Tombouctou, mais qu'à la suite de disputes avec les Meiga, ils durent s'expatrier et vinrent alors à Dienné. Il a reçu l'ouird qadri de son père Abdour- Rahman, qui l'avait reçu du cheikh Sidi-1-Bekkaï lui-mèmiC {f i865), lors de ses guerres contre les Omariens tidianistes. Il se rattache directement à la voie des Kounta. Sans instruction, sans école, sans livres, Soumaïla est un almamy de fortune. Il ne fait aucun prône le vendredi.
Mamadou Sékélé Diabi est d'origine Diakanké de Touba (Guinée). Son père Al-Hadji Issahakay était né. Étant allé à La Mecque, il s'arrêta à son retour à Bondoukou, vers 1 8go, et s'y fixa. Son fils est venu s'installer à Dabakala après la mort de son père. Il dirige sans grande science une petite école de 5 enfants. Il a reçu l'ouird tidiani de son père, qui le reçut lui-même à La Mecque, de Tahar Mounteili. Par Mohammed Amor-l-Ain, et Al-Hadj Ali on arrive au cheikh Tidjani, fondateur de la Voie. La plupart des affiliations tidjanïa de Tombouctou dérivent de cet Hadji Issahaka.
A signaler enfin à Dabakala-Koro un autre descendant du Senoufo Karamoko Youssoufou, dont le sixième ancêtre a été converti à l'islam par son maître spirituel, ou plus vraisemblablement par son patron, Ahmadou Diabaraté. 11 est aujourd'hui, et depuis plusieurs générations, nationalisé Mandé-Dioula. Il est qadri de l'obédience de Karamoko Féré Mori, qu'on verra ci après.
Satqma- Sokoura est un gros bourg dont la population est fort mêlée. « Les types de races les plus diverses, dit
Monnier en 1892, Dioula, Agni, Apolloniens, Gannes, y vivent dans une harmonie parfaite. Un certain nombre de musulmans, à qui Ton doit l'introduction de quelques industries, l'usage du vêtement, le métier à tisser. A cela près^ un islamisme des plus accommodants qui s'est superposé aux pratiques anciennes du fétichisme sans entrer en lutte avec elles. On y compte 700 Mandé-Dioula musulmans,. 3 écoles et i jolie mosquée de style soudanais, plus spacieuse même que celle de Dabakala. Elle est « Diouma » pour la région et a été construite par Logocina Fofana qui dirige les destinées religieuses du centre. »
Le chef de la génération précédente, Ba Saranorho Fofana, était déjà un marabout de renom, fervent adepte de qadérisme. Originaire du village voisin de Satama Sokoro, il vint s'installer à Satama Sokoura, lors de sa fondation. A sa mort vers 1889, il laissa trois fils, imbus de sa piété et de son affiliation : Logocina, Ali et Koutoukou. Logocina, né vers i85o et qui est mort en 1913, était un homme extrêmement intelligent et adroit, qu'on a soupçonné, à tort,, semble-t-il, à cause de son passé et de son esprit d'intrigue, d'un machiavélisme dangereux. Dès le début de la carrière de Samory, il était allé le saluer, et devenu son ami, fut nommé conseiller de l'almamy et chef de village de Satama Sokoura. Il lui fournit de la poudre et des armes en échange de nombreux captifs. Grâce à ces relations amicales, il put éviter la destruction du village qui resta intact au milieu de la ruine générale. Son prestige date de ce jour. D'ailleurs il adorait en même temps le soleil levant et accompagnait avec son frère Ali le capitaine Binger à Bassam. Son influence était très grande, non seulement au village même, mais dans le Mango et le Baoulé, où il faisait le dioula et achetait des captifs. Cette sorte de commerce lui valut à plusieurs reprises des amendes. L'occupation française remit chacun à la place : Logocina, dans son rôle de marabout et le chef héréditaire du Diamala
dans son commandement. Logocina garda la richesse : champs, commerce, cheptel, serviteurs, et l'influence morale, même parmi les animistes. Ses cases comprenaient un quartier important de la ville. Il mourut en igiS, laissant son école de 12 élèves, sa charge d'almamy et son autorité spirituelle à son dernier frère Koutoukou; Ali, le cadet étant mort antérieurement.
Koutoukou, né vers 1860, avait toujours vécu quelque peu à l'écart, encore qu'élève et disciple de son frère Logocina. Sa personnalité, complètement eff'acée derrière celle de son frère, a pris un peu de vigueur à sa mort. Il exerce avec assez de prestige la fonction d'almamy et dirige l'école fraternelle qui avec lui a perdu la moitié de ses élèves. C'est un brave homme, sans grande instruction, et à qui il ne faut pas reprocher d'être le frère de Logocina.
Bamori Ba, né vers i865, représente le tidianisme en face des Fofana, adeptes du qadérisme. Il est l'élève et le disciple de son père, Ladji Touré qui était originaire de Kong, mais vint s'établir vers 1860 à Satama Sokoura, et n'en est plus sorti. Bamori n'a pris aucune part aux aventures de Samory. Il alla se réfugier à Kodiokofî auprès de nos troupes, lors de la dernière invasion de l'almamy. C'est un marabout de petite influence, pauvre, bien disposé, et qui fait l'école à une dizaine d'enfants.
Satama Sokoro, mère de Satama Sokoura, est un village important à la bifurcation de la route, qui de Bouaké, monte vers Dabakala ou versGroumaniaet Bondoukou. 11 compte un millier d'habitants, tous ou à peu près mandé-dioula et musulmans. Une jolie mosquée, diouma pour la région, deux écoles et plusieurs personnalités de marque ont l'honneur du village. Ce sont les Touré qui sont les plus considérés.
Fa Moriba Touré, mort le 27 septembre igiS, était né vers i865 au village même, d'un père Karamoko Fana qui
avait abandonné sa ville natale de Kong pour venir s'installer à Satama Sokoro. Fa Moriba suivit l'exode de beaucoup de ses compatriotes à Kodiokifî, revint chez lui avec nos troupes, et fut à ce moment-là choisi comme almam}-. Il exerça ses fonctions jusqu'à sa mort, intelligent, fidèle, dévoué, il nous rendit des services. Il avait été affilié au tidianisme par son père Karamoko, et faisait l'école à une dizaine d'enfants.
Ladji Touré, né vers i865, lui succéda comme almamy, il dirige une école de lo à i5 enfants. En 1917, la faveur de ses concitoyens s'est reportée sur Siriki Touré, qui a été élu almamy et qui fait aussi le petit maître d'école ; ils n'ont, l'un et l'autre, qu'une faible valeur intellectuelle et aucune instruction.
Ouandarama, village de 3oo habitants, dont la majorité est islamisée, compte une mosquée, simple case ronde sans prétention, et une école. L'almamy et maître d'école (5 élèves) est Ba Boroma Tendossoma, né vers 1875, d'une famille originaire de Kong et installée depuis plusieurs générations ici. Ba Boroma se réfugia avec les siens à Kong, lors de l'invasion de Samory; il ne joua aucun rôle dans l'aventure, et, à son retour chez lui, en 1898, son père étant mort, il fut élu, malgré son jeune âge, almamy de Ouandarama. D'une instruction fort limitée, il s'occupe beaucoup plus de commerce que de prosélytisme ; il a été affilié au tidianisme par son père. Monnier qui passant à Ouandarama, en 1892, disait de lafraction dioula : «C'est elle qui occupe la situation prépondérante. Le chef lui-même, Péminian, vieux brave homme assez insignifiant, subit cette influence qu'exerce sur lui notre hôte Karamoko Sirifi, un musulman. C'est un commencement de prise de possession. A la mort de ce chef actuel, Ce Karamoko aura quelque chance de prendre sa place, auquel cas les Dioula de Kong compteraient en fait une colonie de plus. » C'était très justement vu. Toutefois, par la destruction de l'autorité
politique de Kong, en 1895-1896, la prédiction ne s'est pa réalisée.
Mborla-Dioulasso est, après Satama-Sokoro, le village musulman le plus important du cercle ; il a 800 âmes, deux écoles et une mosquée-diouma, rebâtie en 1919. On trouve ici quelques descendants de Senoufo, convertis à l'islam dans les conditions précédemment exposées. Les destinées religieuses du village sont depuisdeux siècles entre les mains des Grambouté, famille d'origine senoufo, dont l'ancêtre, Karamoko Mamadou, se convertit à l'islam au dix-septième siècle par la grâce d'un marabout mandé-dioula de la famille des Kamaraté, qui vint de Kong et s'installa chez eux. Ses descendants Karamoko Ali, Féré Mori Grambouté, Karamoko Yahia, Féré Mori (Mamadi), Yahia, Féré Mori, Yahia, ont été de père en fils les dirigeants de la communauté islamique locale, minime au début et qui a grandi avec les générations. Féré iMori Grambouté, qui est mort en janvier 1920, était né vers i85o. 11 était déjà almamy et maître d'école lors de l'invasion de Samory, et dut s'enfuir à Kong avec ses gens. Il revint à Mborla avec nos troupes et reprit ses fonctions ; il faisait l'école à une dizaine d'enfants et vécut dans les mêmes termes avec le chef de canton fétichiste, qui lui faisait des cadeaux. C'était un excellent homme, dont le fils Yahia Grambouté a pris la succession. Il est né vers 1880. C'est un homme intelligent, ouvert, instruit, sympathique. Il possède une bibliothèque d'une douzaine de livres, où l'on trouve avec 2 ou 3 Corans, les auteurs juridiques musulmans (Khalil, Rissala, Tohfat), les Dalaïl al-Khairat et le Diwan des poètes arabes. Il se rattache par son père au qadérisme du marabout missionnaire LansanaBoussiri, vu à Kong.
Yahia Grambouté a un cousin et homonyme, plus connu sous le nom de Yahia Ba Moro. Il fait l'école à 5 élèves ; comme il part souvent en voyage commercial, il les passe
à son cousin. Il est qadri de l'obédience de Féré Mori Grambouté, son oncle.
Les Diabaraté sont d'une famille dioula, qui se dit originaire du pays mandé, et dont l'ancêtre serait venu ici, il y a 23 générations, soit approximativement 7 siècles. La chose est difficile à croire.
C'est Amoro Diabaraté qui serait venu le premier ici, ses descendants ont été de père en fils : Fadifoni, Yssoufou, Ba Kiémorho, Amoro, Ibrahima, Ba Kiamorho, Yssifou, Fassina, Barama, Ba Dioulo, Amoro Ba, Fadibbi, Fassina, Yahia, Ba Kiémorho, Bamara, Yssifou, Fassina, Yssifou, Souleyman, Allé, Ba Kiémorho. Ba Kiémorho, chef actuel de la famille, est un commerçant et un notable. Il se rattache au qadérisme de Féré Mori Grambouté par Baïmana de Bouandougou (Séguéla).
Son cousin, Bamara ou Amara Diabaraté, est né vers 1878. Il a 7 élèves, à qui il distribue un peu de Coran et prétend enseigner les Dalaïl et un peu de Coran ; il est en réalité à peu près illettré. Il se rattache au qadérisme du cheikh Sidi-1-Bekkaï par la chaîne suivante : Karamoko Sidiki, marabout de Bouna, de passage ici, et qui est allé s'installer à Marabadiassa ; Amoro, père du précédent; Anzoumana Touré, marabout venu du Niger et installé à Bouna, où il est ; Omar Cissé de Dienné, disciple de Sidi- 1-Bekkaï.
Souleyman Baïkoro, né vers 1870, autre représentant de Senoufo converti. Il dit que c'est son sixième ancêtre qui vint à l'islam par la prédication d'Ishaga, mandé-dioula de Kadiaoulé, dont la descendance a aujourd'hui disparu. Il est qadri par Féré Mori Grambouté. Il donne les rudiments du Coran à une demi-douzaine d'élèves et les passe ensuite à Yahia Grambouté.
Tintinkan Dioulasso possède pour ses io5 musulmans 2 petites écoles de 3 à 5 élèves; celle de Karamoko
Touré et celle de Farikou Kouibali, tous deux mandédioula aujourd'hui, mais de lointaine origine senoufo. Le premier, né vers i865, est qadri par l'affiliation de Karamoko Béma de Darhala qu'on verra à sa place. Farikou, né vers 1888, est l'almamy du village, il relève de la même affiliation.
Le chef du village, Siaka Koulibali, est assesseur au tribunal de cercle de Dabakala.
Quelques autres villages de ces provinces senoufo du Djimini et du Diamala renferment encore des colonies mandé-dioula et musulmanes;, mais elles ne possèdent ni école, ni personnages notoires. A citer parmi ces colonies musulmanes : Natoplé, avec 289 âmes; Dangbouasso, avec 196 âmes; Kafardougou, avec 81 âmes; Takana-Dioulasso, avec 172 âmes; Broubou avec 85 âmes ; Kaolo Dioulasso, ^vec 97 âmes; Natéré Dioulasso, avec 128 âmes ; Kpana Oulasso, avec 122 âmes; Babadougou, avec 62 âmes; Yaoussedgou Dioulasso, avec 41 âmes; Kankirasso, avec 60 âmes.
Au total on compte, y corhpris Darhala, que nous allons voir, 20 villages musulmans ou partiellement islamisés et 4.800 musulmans dans la subdivision de Dabakala.
En dehors des deux provinces senoufo animistes, parsemées de taches d'islam mandé-dioula, deux villages de cette dernière origine ont été groupés en un canton et peuvent ainsi conserver leur personnalité islamique : c'est le canton de Darhala, dont Bassori Ouattara est le chef. Sa famille commande traditionnellement le village de Darhala. En 1889, c'est Domba Ouattara, qui était chef et signa le traité de Protectorat avec Binger. Il laissa deux fils: Bamori, l'aîné, qui le remplaça et se réfugia à Kong avec tous les siens lors de l'invasion de Samory ; Bassori, né vers 1870, a succédé en 1915 à Bamori, vieilli et inapte au com.-
mandement. Bassori fait preuve de bonne volonté vis-à-vis de nous comme à l'égard de l'islam ; assez actif et dévoué, il essaye de nous donner satisfaction sans toutefois y réussir, car les gens de Darhala, se déplaçant constamment, échappent à l'autorité. Comme musulman il était canoniquement en règle avec ses trois femmes, mais ses frères décédés lui en ont laissé trois autres que par la coutume il a été obligé de prendre. Le voilà donc avec six femmes légitimes, ce qui n'est plus canonique, mais ce qui ne Pémeut pas. Son carré comprend 3oo personnes, mais les familles sont indépendantes. Il a une fortune moyenne; des petites plantations, un commerce sans prétentions, du bétail. Il est secondé par son cousin Bakari Ba, qui comme lui a quelques rudiments d'arabe ; Bassori exerce les fonctions d'assesseur suppléant au tribunal de cercle.
Le marabout en vedette de Darhala est Bamori Koulibali. Il est né vers 1840, d'une famille mandé, venue du moyen Niger, il y a fort longtemps. Son père Bagui Koulibali a fait son éducation. Ni l'un ni l'autre n'avaient d'affiliation ; Bamori n'est sorti de son village que pour se réfugier à Kong lors des invasions de Samory. C'est un bon vieillard, aussi simple que les 4 ou 5 enfants, auxquels il apprend les rudiments du Coran. Les autres maraboutaillons ont encore moins d'importance que Bamori.
Darhala avec ses 55o musulmans, ses 4 écoles, sa' jolie mosquée soudanaise, son prestige de chef-lieu de canton indépendant, a un certain prestige d'islam dans la région. Un marabout, qui vient de mourir ses dernières années, Ka'ramoko, dit Koro Béma, a laissé un certain renom de sainteté. Il était le chef d'une zaouïa qadrïa, qui par Al-Hadji Mamaet Al-Hadji Issiaka se rattachait aux chefs même de cette voie à La Mecque. Elle a essaimé dans la région et notamment à Darhala, à Telinkan, et à Mborla. Un autre, Dougoutigui Bagui, fut longtemps le conseiller de Mamourou, ex-chef du Djimini.
C'est à juste titre que dans cette subdivision de Dabakala,. en très grande majorité animiste et senoufo, on a laissé la présidence du tribunal à un chef de cette race et de cette croyance : Penyara Ouattara, né vers 1862, chef du village des représentants à Dabakala ; il s'en tire d'ailleurs à merveille. 11 suffit qu'il y ait des assesseurs mandé-dioula et musulmans pour les justiciables de cette catégorie. Ce sont ; Karamoko Salia, titulaire ; Mamourou Ouattara, Bemba Bamba et Sibiri Ouattara, suppléants. Le tribunal du cercle renferme aussi un assesseur titulaire et trois suppléants musulmans mandé-dioula, vus antérieurement.