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Les Tagouana

La subdivision des Tagouana (dans le cercle du même nom) a pour chef-lieu Darakolondougou. Elle est peuplée entièrement par la branche Senoufo qui lui a donné son nom.

On ne trouve parmi eux aucun élément musulman fixe, mais en revanche une quantité invraisemblable de dioula de passage. La grande route du Soudan, celle qui de Bouaké, terminus de la voie ferrée, monte vers Korhogo et Sikasso, vers Bobo, vers le Mossi, traverse de long en large cette province des Tagouana ; elle est suivie par de véritables grappes humaines, qui surtout Mandé-Dioula^ mais aussi Bobo et Soninké, sont à peu près toutes musulmanes. Il est vrai qu'ils n'ont pas le temps de faire du prosélytisme, et que le souci du négoce prime toute autre considération.

On ne rencontre dans toute la subdivision aucune école coranique, aucune mosquée, aucun village, ou même quartier de village musulman.

Les 10 cantons tagouana sont commandés par dix chefs fétichistes, qui sont complètement rebelles à l'islam dioula.

Un seul mérite une citation particulière, c'est Nandiaplé Kamara, né vers i852, chef du canton de Katiola, qui comprend 2 villages et 3. 660 âmes. Nandiaplé n'est ni riche ni influent, et il a bien de la peine à se faire obéir de ses chefs de ville. Il a besoin d'être constamment soutenu. Ces deux chefs vivent en fort bons termes avec la station ■des Missions africaines de Lyon, installée à Katiola. Il est à prévoir que cette mission, qui débute à peine, et qui compte déjà quelques succès, sera une pierre d'achoppement pour l'islamisation des Tagouana.

Les tribus Tagouana, comme les tribus voisines Djimini €t Diamala, sont toutes d'origine senoufo, mais ici, en bordure des tribus Baoulé (d'origine agni), elles ont subi de nombreux métissages. Dans le sud du cercle et notamment au nord de Bouaké, le fond de la population est bien Tagouana (ou tagbana comme on dit aussi), mais l'influence baoulé (agni) est visible dans la constitution physique des habitants comme dans leur langue, leurs mœurs et leurs coutumes juridiques.

Au-dessous de ces peuples senoufo et des infiltrations mandé-dioula, qui s'y sont glissées, il y aurait une couche humaine bien antérieure, les autochtones sans doute, les Diéli. C'est aux missionnaires de Katiola que revient l'honneur d'avoir découvert ce peuple primitif, qui aurait des ressemblances physiques techniques et dialectales avec certaines fractions de la Côte, et sans doute aussi de la forêt; ils auraient ajouté, s'ils avaient mieux connu les gens de la zone sylvestre, les femmes s'adonnent toutes à la poterie. Les hommes sont cultivateurs, mais ne plantent que du maïs et des ignames pour éviter à leurs femmes l'interminable pilage, qui accompagne toute cuisine à base de graines, et leur permettre ainsi de travailler sans arrêt à leur poterie. Les Diéli, souvent mélangés de Senoufo, sont encore plus attachés qu'eux si possible à leurs croyances et coutumes animistes, les uns et

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les autres sont pour les Mandé-Dioula des « Bambara ».

On ne peut enregistrer que fort peu de sympathie entre les Mandé musulmans et lesSenoufo : Tagouana, Djimini, Diamala fétichistes. Le souvenir de Samory musulman et de ses monstrueuses cruautés est encore trop vivant et plane toujours dans l'air, encore que la main du terrible almamy s'abattit aussi souvent et avec autant de dureté sur les Mandé-Dioula que sur les Senoufo. Mais il est certain que le principe de son empire était musulman et en outre que les Mandé furent toujours de cœur avec lui, priant pour lui, s'enrôlant dans ses sofas, lui facilitant ses conquêtes par des renseignements, des subsides, des approvisionnements et des volontaires, rêvant par lui d'une domination despotiquement musulmane sur ces « Bambara » païens qui les environnaient. Aussi firent-ils très généralement preuve de défection, de trahison et d'infamie envers les malheureux Senoufo. Si Samory ne fut pas un chef selon leur cœur, ce n'est pas la faute des Mandé- Dioula. On conviendra que les Senoufo, qui ont vécu ces dures heures, aient quelque raison de se tenir sur la réserve.

Tout cette région de Dabakala et des pays en bordure, tant du Baoulé que de Bondoukou, est parcourue par les marabouts, les charlatans et les faméliques de Kong. Ce ne sont pas les musulmans notoires de cette ville qui se rendent dans les cercles voisins pour abuser de la crédulité des indigènes ; ils trouvent dans Kong même assez d'adeptes et de talibés qui de bon gré subviennent à leurs besoins. Ce sont les marabouts, qui n'avant aucun prestige à Kong et ne pouvant par suite s'y enrichir aux dépens d'autrui, profitent du renom de sainteté qui auréole encore celte cité pour aller visiter les cercles voisins et s'y faire donner des cadeaux, Moins instruits et habitués à moins de considération, ils n'ont aucun scrupule, et la répression à leur égard doit être impitoyable.

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