I. — Les écoles
L'enseignement islamique comprend en quelque sorte deux séries d'écoles : les unes, primaires, où l'enfant est dégrossi, apprend les rudiments de la langue, de l'écriture, et du catéchisme musulman.
La plupart des fidèles l'ont fréquentée, et, à moins de se vouer toute leur vie au Coran, en restent là.
Les autres, supérieures, que l'enfant fréquente à sa sortie de Pécole primaire, dans le but bien déterminé de devenir un lettré (karamorho) un turbanné (namoutigui). Souvent quand les maîtres en ont le pouvoir et la science, ces deux écoles sont réunies en une seule. Mais, les plus nombreuses sont évidemment les écoles inférieures, que l'on trouve dans tous les villages possédant une famille musulmane, et dont le maître est souvent le jt?a^er /amzVms du groupe.
Le turban, qui correspond ici à l'Idjaza arabe, est le couronnement de l'enseignement reçu par les talibés. Il se confère de deux façons différentes:
La façon normale, où le talibé ne se voit proclamé
(i) Plusieurs notes de ce chapitre ont été extraites des monographies islamiques de Ripert [Ouoi-odougou) et de Le Campios (routa Odienné).
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dignus intrare qu'après le cycle complet de ses études; c'est le cas général.
D'une façon exceptionnelle, le turban peut être conféré à l'élève dès qu'il a connaissance du Coran, sans avoir passé par le cycle complet des études ; cette faveur, ou bien se paie très cher par les familles intéressées, au marabout professeur, ou bien est réservée aux fils de ces mêmes marabouts, lorsque ceux-ci sont âgés et craignent de ne pouvoir mener leur enfant jusqu'au bout de ses études, jusqu'à la cérémonie du Turban. Il convient de dire que c'est là la grande exception.
La remise du turban donne lieu à des fêtes et à des cadeaux, faits par l'intéressé au marabout qui l'intronisa. Le nouvel investi prononce des sortes de vœux; il promet d'être adepte fidèle du Coran et renonce à prendre part aux danses, aux manifestations bruyantes.
En réalité parmi ces vœux, les plus faciles seuls semblent être bien observés.
Dans les réjouissances publiques, les namoutigui font cortège à part. Revêtus de grands manteaux d'apparat en forme de chapes, la tête ornée de plusieurs étages de turbans, le chapelet à la main, ils récitent, le visage demeurant impassible, des sortes de psaumes scandés par le son triste et grave du « tabéli ». Ces cortèges, à la fois mornes et solennels, contrastent étrangement avec les bonds désordonnés, les éclats de rires, les cris et clameurs d'allégresse des musulmans non investis et des populations fétichistes.
Les namoutigui, parce qu'incarnant l'état d'esprit des musulmans de vieille race, constituent le rempart le plus solide contre la pénétration de nos idées et de notre influence.
A s'en tenir au sens des mots, on appelle « karamoko » ou « Karamorho », un homme, « karaden » un enfant,
connaissant la lecture. En réalité, il est fait bien souvent un emploi abusif de ces deux appellations, principalement la première, qui est devenue en quelque sorte un terme de politesse.
L'enseignement ne se donne à peu près jamais dans les mosquées diamiou, uniquement réservées au culte. Par contre, les mosquées de quartier, les ribat, souvent aussi les cases elles-mêmes du marabout, sont presque toujours utilisées dans ce but. Enfin dans les centres maraboutiques, lorsque la fréquentation scolaire est importante, les Karamorho font édifier une ou plusieurs cases spéciales, l'École, du type indigène ordinaire, mais la leçon ne s'y donne guère que lorsqu'il pleut ; c'est généralement en plein air que les enfants ânonnent en chœur sur leurs planchettes.
Le matériel scolaire est des plus simples : l'écorce d'un arbuste, réduite en cendres, produit, après préparation convenable, de l'encre à profusion ; un roseau taillé sert à la fois de plume et de porte-plume ; le papier, dans les débuts tout au moins, est remplacé par une planchette soigneusement polie, sur laquelle on inscrira les sourates du Coran. Au sein delà classe, nulle discipline, nulle organisation ; les élèves les moins ignares demeurent en contact avec les élèves débutants ; il en résulte que les progrès sont d'une lenteur décourageante.