Les élèves
Les élèves (karandé) se recrutent généralement :
1° Parmi les proches parents du marabout enseignant (fils, frèreset neveux) ; c'est là la grande majorité. A remarquer que cette catégorie d'élèves reçoit son enseignement gratis (environ 6/10).
2° Parmi les membres de la famille généralisés à laquelle appartient le Karamorho (2/10), habitant le village du marabout enseignant. Cette catégorie bénéficie encore de nombreux avantages et paie à peine l'enseignement reçu ;
3° Parmi les familles musulmanes du pays (de i/io à 2/10) payant intégralement l'enseignement donné à leurs enfants;
4" Enfin, exceptionnellement, pour les marabouts connus pour leur science, leur piété et leurs soins donnés aux élèves, parmi les musulmans étrangers et très rarement, parmi les familles fétichistes, désireuses de posséder parmi elles un karamorho, qui «rachète leur fétichisme». Evidemment, ce sont là les gens qui paient le plus cher l'enseignement distribué, et à qui le marabout, malin, fait attendre le plus longtemps le turban désiré.
On voit donc que, sur la totalité des élèves des écoles coraniques, un cinquième, à peine, et cela pour les marabouts influents, dédommage largement le karamorho. Les autres maîtres ne reçoivent généralement que les vivres et vêtements indispensables aux jeunes talibés.
l'enseignement islamique 269
Les élèves fréquentent l'école généralement à partir de l'âge de huit ans. Théoriquement l'école coranique a lieu tous les jours, sauf le mercredi soir, le jeudi et le vendredi matin ; il y a une classe, le matin , de 6 heures à 7 heures, et une classe, le soir, de 5 heures à 6 heures.
La gamme des punitions n'est pas très variée; tout d'abord à l'enfant réfractaire pour inintelligence ou par paresse on fait boire « l'eau de la planchette », c'est-à-dire l'eau qui a servi à laver la planchette sur laquelle la leçon a été préalablement écrite. C'est une façon comme une autre d'absorber sa leçon. Si ce moyen est insuffisant on corrige l'enfant à coups de baguettes sur les fesses, le boubou préalablement relevé ; les gifles non plus ne sont pas ménagées. Finalement, si rien n'y fait, on renvoie l'enfant dans sa famille. Quand il se révèle au contraire travailleur et intelligent, le karamorho le signale à sa famille et on le pousse vers une instruction plus développée.
Au sortir de l'école, l'ambition du taleb est bien souvent de devenir maître d'école à son tour. En conséquence, il se mettra à la recherche d'un centre, où il puisse grouper autour de lui quelques élèves; quelquefois aussi, il sera invité par des musulmans de fraîche date, ex-captifs pour la plupart, à résider dans leur village pour remplir les fonctions de maître d'école et aussi d'almamy. Entre temps, il confectionnera des gris-gris, vendra des talismans infaillibles pour réussir dans le commerce, pour avoir beaucoup d'enfants, etc. Si dès lors ce n'est pas la fortune assurée, c'est au moins la quasi-certitude de pouvoir demeurer à l'abri du besoin et des travaux matériels.