‹ Études sur l'Islam en Côte d'IvoireChapitre 34 sur 67 · L ENSEIGNEMENT ISLAMIQUE 27 I · texte numérisé non relu

L ENSEIGNEMENT ISLAMIQUE 27 I

mains vides; pagnes, boubous, vivres, poulets et moutons pleuvent sur ce messager de Dieu, qui parle si bien de l'enfant prodige.

C'est là le plus clair des revenus de marabouts enseignants, et ils le sont tous plus ou moins.

Le vendredi soir, surtout, et aussi, souvent, le lundi soir, les talibés vont quémander dans leur village, en chantant le Coran, ils obtiennent ainsi quelques cauris (5, lo, 20) qu'ils conservent pour s'acheter des' galettes de mil ou de maïs (ngomi). En beaucoup d'endroits on porte une partie de ces cauris au karamorho.

Enfin, le jour du turbannement arrivé, les cadeaux sont encore plus considérables; lorsque les familles fétichistes ont un enfant qui participe à la cérémonie, elles font généralement bien les choses : le plus souvent une vache, un boubou, une somme d'argent rondelette récompensent le marabout de ses efforts, sans compter les dons préparatoires qu'on a dispensés pour l'amener à hâter le grand jour.

Avant notre venue, du temps de la captivité, il était de coutume que l'élève, lorsqu'il pouvait lire et écrire, fit don d'un esclave à son maître. A l'heure actuelle, on a remplacé le captif par un bœuf.

Une fois libéré de son maître, l'élève ne l'oublie jamais; aux fêtes religieuses, c'est un échange de cadeaux entre lui et celui « qui lui a donné le tuban », où évidemment ce qu'il donne est bien supérieur à ce qu'il reçoit. Il y a là un échange de bons procédés et d'une bonne cordialité. On voit rarement de discussion et de mésentente entre maîtres et familles de talibés. Il règne là un régime patriarcal et un fort bon esprit.

Des quêtes déguisées sont souvent opérées par les marabouts à cours d'argent, surtout au moment des grandes fêtes, où les marabouts influents vont « prêcher» dans les cantons mal pourvus de karamorho. Les demandes d'ar-

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gent sont soigneusement enveloppées de douces paroles dans les prônes du vendredi. Elles sont toujours entendues.

Une autre ressource consiste dans la copie d'ouvrages. Elle est faite soit par les maîtres eux-mêmes, soit par leurs élèves les plus dégrossis. Ils leur donnent les livres de leur enseignement ou de leur bibliothèque, ne leur fournissant que le papier et l'encre.

Ces manuscrits sont ensuite vendus, au profit du maître, à d'autres marabouts : un Coran, convenablement écrit en deux encres différentes, avec enluminures courantes, se vend généralement entre 5o et 200 francs, suivant la valeur du travail, la renommée du marabout, et le soin apporté à la reliure.

Enfin souvent aussi, le vulgaire, quelquefois de simples fétichistes, s'adressent aux marabouts soit pour la confection de lettres à des étrangers, soit pour celle d'amulettes; on en connaît de différents modèles, que l'on vend à des prix plus ou moins élevés, suivant la valeur du copiste et le soin qu'il a apporté à la confection du document, et à son habileté à tromper le client.

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