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Les fêtes religieuses

Les principales fêtes rituelles sont exactement célébrées ici aux époques consacrées. Ce sont de grandes orgies païennes entrecoupées de prières rituelles, faites dans les mosquées de quartier, sauf la prière du Dohor faite à la Diamiou. La population animiste participe à ces fêtes, puisqu'en somme, le nom de Dieu n'est là qu'un prétexte pour bien manger et s'amuser, et que c'est l'idéal de tous les Noirs sans exception. Les musulmans ont d'ailleurs adopté un certain nombre de fêtes fétichistes, dont nous citerons les principales, mais sans que ces fêtes soient l'objet d'une vénération particulière. L'influence européenne a pénétré dans ces fêtes sous la forme des parfums. On arrose d'eau de Cologne et autres vinaigres de toilette le sol et les nattes de prière. On s'inonde, vêtement, poils et chair, des parfums les plus divers, depuis ceux chers au Chevalier d'Orsay jusqu'aux affreux mélanges chimiques, revenus d'Allemagne.

Voici les fêtes musulmanes tout au long du calendrier dioula :

ic»" mois : Dioumandé. On célèbre la fête du Yaouma Auzoura, « le dixième jour » en arabe local, c'est-à-dire l'Achoura classique, dixième jour du mois islamique de Moharrem. On la dit encore en dioula « san iéléma séri », fête du nouvel an, et en malinké « Dioméné ». La plupart, des marabouts qui se respectent font jeûne ce jour-là, mais la grande majorité des fidèles se contente d'assister à la prière publique et de faire ripaille.

Cette fête est pour les Mandé un anniversaire de la fin du déluge où l'arche de Noé s'arrêta enfin sur la terre ferme. Elle rappelle aussi la scène d'Abraham et de Nemrod. Abraham avait fait des reproches à Nemrod sur sa conduite. Celui-ci fit allumer un immense bûcher. On mit Abraham dans une immense fronde, grande comme un hamac, et on le jeta tournoyant comme une balle dans le bûcher. 11 en sortit indemne après un temps fort long. En commémoration de ces événements miraculeux, on appelle cette fête « la fête de l'eau et du bois ». On la célébrait jadis en se poursuivant avec des torches enflammées. Cet usage est à peu près tombé en désuétude, encore qu'à Bondoukou, les enfants fassent une procession avec des torches enflammées. L'usage s'est mieux conservé qui consiste pour les jeunes filles à aller la nuit en chantant, soit chercher de l'eau au marigot, soit couper du bois dans la brousse et à en ofl'riraux vieillards.

2*^ mois : Domba-Makono . — C'est-à-dire le mois avant Domba.

3'^ mois : Domba. — Fête de la naissance du Prophète (Mouloudou Endou, Domba séri, Dombà Karan). — C'est le Mouloud classique, 12" jour de Rebi I. Ce jour est férié : on se promène en habits choisis. On nettoie les armes, les fusils, les sabres, les boubous de guerre et leurs gris-gris; on les étale au soleil ; on va saluer ses parents en grand équipage guerrier, on commémore ainsi la tentative d'assassinat, projetée par les chefs de La Mecque sur Mahomet, au moment de sa naissance, et sur la résistance à main armée, que firent les parents de sa mère aux attaques ennemies.

Le vingt- septième jour de Domba, on célèbre la première fête des mariages. Celle-ci est plus ou moins connue. Jadis, à Bondoukou, on la célébrait avec éclat. Puis, on crut s'apercevoir que des décès se produisaient nombreux dans les mariages eff"ectués à cette date, et elle tend à tomber en

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désuétude. On reporte toute sa ferveur sur celle de Mingaré.

4^ mois : Domba-Kouroukono. — C'est-à-dire (le mois) qui suit Domba.

5^ mois : Domba-Kouroukono Filana. — C'est-à-dire le deuxième mois après Domba.

6« mois : Kamidoumou-Makono. — C'est-à-dire le mois avant Kamidoumou.

7« mois : Kamidoumou (Fête des Pintades). — Le 27 de ce mois. Le Radiaba en arabe local (Redeb), l'islam célèbre dans la nuit (leilat al-miradj) l'ascension du Prophète. Cette fête est marquée ici par une hécatombe générale de pintades (Kami). C'est pourquoi les Mandé l'appellent-ils Kamidou séri (fête du sacrifice des pintades ; mot à mot « du manger des pintades »).

Voici les origines de cette fête, telle qu'on me les a décrites à Dabakala :

Mahomet étant parti avec tous ses partisans pour faire la guerre à Hamidaki, marcha une demi-journée sans trouver d'eau; fatigués et n'en pouvant plus, ils allèrent s'asseoir au pied d'un arbre. Tout à coup une pintade ayant les ailes mouillées vint se poser sur l'arbre, sous lequel était assis le Prophète et ses guerriers. Elle fit, en se secouant, tomber quelques gouttes d'eau sur la tète de Mahomet. Aussitôt elle fut interrogée par celui-ci : « Pintade, dismoi, où tu as trouvé de l'eau. — Je ne sais pas, répondit la pintade. » Puis elle s'envola.

Quelques minutes après, le sanglier passa; Mahomet l'appela et l'interrogea en ces termes : «Sanglier, toi qui as tout le corps couvert de boue fraîche, peux-tu me dire l'endroit où je pourrais trouver de l'eau fraîche pour mes gens et pour moi, car depuis ce matin nous n'avons pas pu étancher notre soif. » Le sanglier lui répondit : « Pourquoi n'as-tu pas demandé à la pintade qui m'a devancé ici ? — Elle a refusé de me renseigner, » répondit Mahomet.

« Viens, lui dit alors le sanglier, avec tout ton monde, que je te conduise à l'étang qui est tout proche d'ici. » Arrivé à l'endroit, il n'y avait dans l'étang qu'une flaque d'eau dans la boue. Mahomet posa alors sa main droite sur cette flaque qui se transforma aussitôt en eau abondante, il en but ainsi que tous ses guerriers, puis il se retira sa main et l'eau abondante redevint une flaque boueuse comme auparavant.

Avant de quitter l'étang, Mahomet dit à ses gens : « A partir d'aujourd'hui, 7<= année de mon hégire, je vous défends formellement de jamais manger du sanglier à cause du service qu'il m'a rendu. Quant à la pintade, tous les ans, à cette date, tout musulman marié ou adulte, pouvant avoir une pintade, devra la tuer sans pitié, à cause de son inconduite. Quiconque observera cette règle aura ma clémence par les taches noires de la plume de la pintade; et les taches blanches lui permettront d'espérer le bonheur de la vie future. »

Enfin dans le Nord, plus spécialement Odienné, Korhogo, Qt quelques villages du nord de l'Ouordougou, à Sarhala et à Gomanasso, une sixième fête est célébrée annuellement, c'est celle dite l'Ouadjouma ba (le grand vendredi) : le premier vendredi du mois de Radiaba. Elle est marquée par de grandes ablutions au marigot, avant les offices religieux, auxquels on assiste avec ses plus beaux pagnes.

8« mois: Arguinaguiéy la fête de l'eau (guié) du Paradis (arguina, ardjina, al-Djanna). — Elle a lieu le 14" jour de ce mois. Ce jour-là, jeunes gens et jeunes filles, parés d'habits de fête, vont au marigot en battant des mains en mesure et en chantant : « C'est aujourd'hui le jour de l'eau du Paradis ; il faut que nous en buvions. » On remplit les calebasses et revenu à la maison, on ofl"re de l'eau aux parents, aux vieilles femmes, etc.. Le soir, sur la place, grand tamtam, où les mêmes chants et des chants similaires reviennent.

9' mois; Soungari, où on célèbre Endou Soukari (aid as-

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saghir), fête de la rupture du jeûne du Ramadan. A l'issue du mois de Soungari, au premier jour du mois de Soualou (choual, en dioula ; elle est dite encore « Sim Kalon séri » (fête du mois du jeûne) ou « Ninn Kari Toulou » (fête du mois du boire). L'apparition du croissant est saluée par les coups de feu des veilleurs qui, dès la mi-soirée, sont installés l'arme au poing et le regard vers l'est. Après un copieux festin, dans les villes les jeunes gens et les jeunes filles s'organisent par quartier en tam-tams et bandes joyeuses et vont se faire visite s'offrant réciproquement toute la nuit des aubades dansantes. Les gens crient : « Nous allons désormais bien boire et bien manger, et si quelqu'un veut nous en empêcher, il sera battu. »

La fête est marquée, le lendemain, par des salves de coups de fusil, par des offices en commun aux mosquées, par un grande prière publique, à midi, avec retour chez soi par un autre chemin et enfin par une bombance sans frein, où l'on se rattrape du jeûne, pourtant fort doux, du Ramadan. On fait en même temps des distributions de grain (mil, riz, maïs), suivant les localités, aux membres de sa famille et aux pauvres. Les plus généreux y ajoutent des ignames, du manioc.

Les fêtes se continuent pendant sept jours : bains, toilette, beaux atours, tam-tams, pas de ballets, danses costumées et masquées.

Cette fête est très populaire dans toute la Haute-Côte d'Ivoire. On appréciera donc à sa juste valeur cette information du Rapport politique du 4" trimestre 1914 : « Pour témoigner leur loyalisme et montrer leur attachement à la France, les groupements musulmans importants ont délégué, dans les cercles du Nord, leurs principaux personnages religieux près des Administrateurs à qui ils ont offert de ne pas célébrer les fêtes de la rupture du jeûne. Ce sacrifice a été jugé superflu, et le Ramadan s'est terminé comme de coutume. >>

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Trois jours avant la fin du Ramadan, c'est-à-dire, le 27 du Soungari, on célèbre la fête des jeunes filles dans la « nuit du destin ». Elle est dite en dioula « Kouroui » id est « on ne dort pas ».

Les jeunes gens se procurent un franc ou un shilling, 20 kolas, un pagne ou un mouchoir de tête, et off"rent ces cadeaux à leurs fiancées ou amies. Celles-ci, réunies en groupe sur leurs lits (tara), babillent et s'éventent avec des queues d'éléphants, empruntées aux chefs. Les jeunes gens vont de l'une à l'autre, offrant des kolas et plaisantant.

10" mois : Mingari. — C'est-à-dire « le mois de la boisson », parce qu'on boit etqu'on mange sans restriction. C'est en effet le mois qui suit le jeûne du Ramadan.

Le 276 jour de Mingari on célèbre la fête des mariages. Celle-ci est très suivie et a fini par supplanter la première. Cette date du 27 n'est pas absolue, car on choisit toujours un mercredi à Bondoukou (sauf dans le quartier de Koumala, où l'on choisit un jeudi) ces jours étant fastes et tout à fait propres pour «attacher les mariages ». Cette fête dure toute la semaine. Le fiancé ou simplement le prétendant se procure 25 francs et les fait parvenir par son père à sa future belle-mère ; ils serviront aux frais du festin. Le jour de la fête même est le jour du versement de la dot. Cette dot consiste en petites sommes, argent, numéraire ou cauries, destinés au beau-père et à la belle-mère, enfin en kolas, etc. Le tout est exposé devant la case du prétendant, où chacun peut venir le voir. A la tombée de la nuit, on porte en pompe la dot à la case de la jeune fille; c'est généralement la sœur du fiancé qui a l'honneur de ce transport. L'almamy prévenu arrive. Il lit les formules arabes qui conviennent, pendant que ses suivants, fidèles à la coutume, tirent 12 kolas de chaque corbeille de mariage, les enveloppent dans des feuilles, ficellent le paquet avec des fils de coton et replacent chaque paquet dans sa corbeille. Désormais les mariages sont « attachés ».

Après une nouvelle prière de l'almamy et la proclamation des mérites des jeunes gens par un griot, chacun se retire chez soi, emportant sa corbeille.

Le lendemain, grande réunion des fiancés chez la « grand'mère » du quartier, qui représente les femmes au sein des diverses familles. Les sœurs des jeunes gens bombardent les fiancées de boules de savon , en leur recommandant de bien se laver.

La fête continue, sans qu'il soit nécessaire d'entrer ici dans des détails qui au surplus seront mieux à leur place au titre du mariage même.

1 1** mois; Dongui-Makono. — C'est-à-dire le mois avant Dongui.

12'^ mois; Dongui. — Mois delà grande fête (Landi, Landou Kabirou) de la fête du sacrifice (Lohéa séri), de la fête du mouton. Chaque musulman ou, pour les moins fortunés, chaque groupe de musulmans, sacrifie un mouton ou une chèvre, quelquefois même un bœuf. Cette fête a lieu régulièrement le dixième jour du mois, dit, ici, Saharou el-Hidjatou ou Dioulou Hadjati (Dzoul-Hijja) en dioula. Cette fête est appelée vulgairement Dongui Séri. C'est la plus grande fête musulmane et fétichiste de l'année.

C'est à l'imam que revient le droit de procéder à regorgement rituel (kana tégué) de la bête sacrificielle. Les fidèles ne peuvent le faire, pour leur bête, qu'après lui et lorsqu'ils sont rentrés chez eux.

A partir du premier jour de la lune nouvelle et pendant les neufs jours qui précèdent la fête, on ne peut ni se raser la tête, ni se couper les ongles, conformément à la coutume arabe; mais contrairement à cette coutume, on peut le faire dès le dixième jour après la prière.

Le mouton égorgé, on lui coupe l'oreille droite, on la partage en petits morceaux, et on la distribue à ses parents. Le mouton lui-même n'est mangé que le soir, et réparti en communion à toute la famillle; la poitrine est

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pour le Satigui (chef de la famille totale) ; le gigot pour le loutigui (chef de « lou » ou groupe de ménages), l'épaule pour le frère, etc. Une partie est donnée aux pauvres; une autre, aux marabouts. Les os sont enterrés avec soin dans la cour. Il est absolument défendu d'en vendre la moindre parcelle.

En dehors de ces fêtes islamiques ou islamisées, la coutume en prévoit d'autres qu'il serait trop long d'énumérer ici. Citons toutefois la fête de la saison des pluies, à la première grande pluie. Cette fête est généralement assez délaissée, les gens ayant hâte de se rendre à leurs cultures. Les prières sont dites, comme à l'ordinaire, sans disposition spéciale.

Lorsque les pluies sont tardives, les marabouts font en commun des nawafîl pour demander à Dieu de l'eau. A remarquer que les nawafîl, à l'exécution desquelles sont intéressés les fétichistes, ne sont jamais payées par eux. Ces cérémonies consistent en simples prières en commun, d'après les rites ordinaires; mais ils ne sont marqués ni par des chants, ni par des processions, ni par le sacrifice rituel d'un mouton.

Fêtes françaises. — Les marabouts assistent généralement, à titre privé, à nos fêtes (14 juillet, i^"" janvier, etc.) qui ne sont marquées par aucune cérémonie islamique.

En dehors des centres européens, elles passent d'ailleurs inaperçues, tant parmi les musulmans que parmi les fétichistes.

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