La circoncision et l'excision
La circoncision se pratique indifféremment sept jours après la naissance, ou bien lorsque l'enfant a atteint l'âge de sept ans, ou alors entre quinze et vingt ans. Chaque
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région a ses coutumes. Mais c'est surtout à Tâge de sept jours qu'est pratiquée l'opération, lors de la collation du nom. Elle est faite soit par des gens de la famille experts, soit par des gens en quelque sorte professionnels, de la caste des forgerons musulmans ou fétichistes, peu importe. C'est dire que l'opération n'a en rien ici un caractère religieux. Elle passe d'ailleurs inaperçue et aucune fête n'est célébrée. Les jeunes garçons de tout le village, musulmans ou fétichistes mêlés, y prennent part. L'opération est faite assez proprement avec une sorte de rasoir spécial. Les parties à vif sont enduites de karité. Les bains et pansements sont renouvelés pendant trois semaines., jusqu'à complète guérison. Le jeune circoncis porte un vêtement spécial : c'est un boubou cousu sur les côtés et qui est de couleur noire à Odienné. La circoncision est indispensable pour pouvoir assister à la prière publique à la mosquée. Lesgens ajoutent que sans elle un jeune homme ne pourrait épouser une jeune fille musulmane.
Les filles ne sont jamais excisées à leur naissance, mais seulement lorsqu'elles sont pubères et même mariées. Cependant dans quelques familles, l'opération est effectuée lorsque l'enfant a l'âge de dix ans, et à Odienné on trouve des familles qui pratiquent l'excision dès la naissance de la fillette. L'opération est faite par des matrones spéciales, à des périodes déterminées, par groupes de jeunes filles, où musulmanes et fétichistes sont mélangées. La patiente est tenue à un calme complet; elle ne doit ni crier, ni pleurer. Bien plus, dès l'opération, les jeunes excisées (kendé den) doivent faire un tam-tam et ne pas laisser paraître leur souffrance.
Enfermées pendant plusieurs jours chez la matrone, elles sortent dans la soirée, parées de tous les atours maternels et munies d'un long et mince bambou.
Elles sont fêtées dans tout le village ; on tue des bœufs en leur honneur, elles recueillent beaucoup de sombé au
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moyen desquels elles achètent de la viande, et pendant quelques jours ce ne sont que pantagruéliques festins.
Un certain nombre de familles dioula musulmanes de l'Ouest, ne pratiquent pas l'excision, considérant cette habitude comme entachée de fétichisme et contraire au Coran. Ce sont les Barhayorho, les Kamarhaté, les Binante, les Mêlé, les Timité, et les Seiorho.
Les Barhayorho donnent pour motif que jadis la première fille excisée est morte des suites de l'opération. D'autres au contraire appuient l'excision sur de prétendus textes juridico-religieux.
Dans plusieurs groupements dioula de l'Est, notamment à Bondoukou même, on n'excise pas non plus les filles. L'opérateur leur rase simplement la tête, le septième jour. Cette pratique est au contraire observée chez les Huéla musulmans voisins, comme chez leurs congénères fétichistes. Les morceaux de chair excisée et le sang qui en a coulé sont enfouis dans un endroit secret, que seule connaît la matrone intéressée. Les jeunes filles excisées doivent vivre dans la solitude jusqu'à leur retraite. Les indiscrets qui cherchent à les approcher sont frappés et mis à l'amende.
Il est assez curieux de constater que chez plusieurs peuples fétichistes, qui ne pratiquent ni la circoncision ni l'excision, par exemple les Koulango, certains groupements, tels les Koulango du Nasian, qui ont chez eux des Huéla musulmans et fétichistes, tendent à leur emprunter la pratique de l'excision, et nullement celle de la circoncision. Quant aux quelques Koulango islamisés, ils suivent, bien entendu, la coutume de leurs maîtres dioula.
René Caillié a fait avec sa netteté de vue ordinaire, gâtée malheureusement par un style décousu, la description de ces rites traditionnels dans la région d'Odienné; vieille d'un siècle, cette description est toujours exacte :
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« Les garçons mandingues sont circoncis à l'âge de quinze à vingt ans; les filles subissent l'excision, quand elles sont nubiles; souvent on la retarde jusqu'au moment où elles sont promises en mariage; j'ai même vu une femme mariée, ayant déjà eu un enfant, qui s'était soumise à cette opération, toujours faite par des femmes; on la pratique sur plusieurs à la fois. Dès ce moment elles deviennent pour quelque temps incapables de travailler; elles sont soignées par leur mère, qui lave la plaie plusieurs fois par jour, avec un caustique indigène, dont elles connaissent l'usage; les femmes du voisinage vont chercher l'eau et le bois, dont elles ont besoin.
« Le jour de la circoncision est un jour de réjouissance. Dès le lendemain et les jours suivants, les filles circoncises vont accompagnées d'une vieille femme, se promener dans le village, s'arrêtant à chaque porte, et demandant assistance; c'est la vieille qui porte la parole; les jeunes ne sortent jamais sans être armées d'un roseau qu'elles tiennent de la main gauche; elles portent aussi, dans cette occasion, un grand bonnet d'homme sur la tète, dont la pointe est soutenue par un morceau de bois flexible, mis en dedans pour le faire tenir debout; avec ces coiffures, ces filles paraissent grandes comme des géants. J'en ai vu qui, à la place d'un roseau, tenaient une flèche en fer, symbole de la circoncision.
«Les gens à qui on a demandé l'hospitalité pour les nouvelles circoncises s'empressent de faire, chacun à son tour, un grand dîner ou souper, dans lequel on met du sel, et qu'on leur envoie; tous les amis et voisins suivent (si cela leur plaît) cet exemple; mais ceux qui sont fiancés ne peuvent s'en dispenser, et ils envoient des dîners jusqu'à l'entier rétablissement des malades, ce qui dure communément environ six semaines. Leurs pères (car elles ne logent jamais dans la même case) leur envoient aussi des provisions plus considérables qu'à l'ordinaire ; ces grands plats
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de riz ou de tau sont distribués par les mères aux voisins et aux parents, et, dans ces occasions, je n'étaisjamais oublié : la bonne négresse, ma gouvernante, me donnait toujours ma part. »