CHAPITRE V
INFLUENCE DE L'ISLAM DANS LE DOMAINE JURIDIQUE (i)
II n'est pas possible de faire ici un exposé complet des coutumes juridiques des sociétés musulmanes Malinké et Mandé Dioula, qui vivent dans la Haute-Côte d'Ivoire. Au surplus, ce n'en est point le lieu. On visera surtout dans les pages suivantes à prendre successivement chacune des grandes institutions, civiles, pénales et de procédure, de ces peuples ; à signaler les empreintes qu'elles ont subies du fait des institutions similaires des Malinké fétichistes dans l'Ouest, des Senoufo, Koulango et Abron animistes, dans le Centre et dans l'Est ; à marquer enfin les emprunts réciproques que les deux coutumes se sont faits.
La communauté musulmane de la Haute-Côte d'Ivoire, filiale de l'apostolat soudanais et par lui des prosélytismes saharien et nord-africain se rattache naturellement et d'une façon complète au rite malékite. Les autres rites orthodoxes ou hétérodoxes de l'islam ne sont même pas soupçonnés.
II est incontestable que, lors de leur arrivée dans le pays, ies musulmans de vieille date suivaient dans l'organisation de la famille, dans les coutumes de la propriété, des testaments, dans les institutions pénales quelques-unes des j)rescriptions du Code coranique, mais noyés dans une
(i) Ce chapitre s'inspire en maints endroits des notes de l'administrateur
JllPERT.
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masse fétichiste, pouvant difficilement, par suite des fusions^ des alliances, des mariages, conserver l'originalité de leurs institutions, ils adoptèrent la plupart des coutumes locales régissant leurs hôtes fétichistes, ou parfois même d\irent se plier à ces coutumes. Il convient en outre de ne jamaisoublier que les musulmans furent à peu près partout et àpeu près toujours, ici, soumis à une autorité territoriale fétichiste et qu'ils durent toujours avoir recours à elle, de gré ou de force, pour le règlement de ces affaires. C'est donc la coutume fétichiste qui fut toujours appliquée à tous, coutume sur laquelle réagit inévitablement, en beaucoup de points, la loi musulmane. Le Droit musulman^ n'est donc guère appliqué ici qu'en principe, et ce que nousaurons à signaler ne sera guère que l'exposé de ses infiltrations dans la coutume animiste.