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Mariage

Les garçons sont, en principe, mariés, dès l'âge où ils présentent des marques indiscutables de pollutions nocturnes. En réalité, c'est là un luxe réservé aux gens fortunés, car ne peuvent seuls faire marier leurs fils à cet âge

que les parents qui sont en état de payer une dot. Cependant, chez les marabouts, les garçons sont généralement mariés jeunes, l'esprit familial étant beaucoup plus développé que chez les fétichistes et le père mettant rarement tout en œuvre pour réserver sa fortune à l'acquisition, à son seul profit, de nouvelles femmes. Le cas est fréquent chez les fétichistes.

Chez les musulmans, il est assez d'usage de promettre, dès leur naissance, les enfants l'un à l'autre. La dot est alors payée par la famille du futur époux, dès le moment où cette convention tacite est faite. Cette pratique donn? généralement de bons résultats; les enfants étant habitués dès 1 enfance à ce projet, arrivent à avoir l'un pour l'autre une véritable affection. Au surplus, cette pratique met, de bonne heure, la jeune fille sous la garde jalouse dé son futur époux, qui la préserve de beaucoup de déchéances, et enfin permet aux familles de constituer dans un long intervalle la dot, de manière que les jeunes gens puissent entrer en ménage, dès l'excision de la jeune fille.

René Caillié a très bien saisi la question de la dot : « La dot, dit-il, varie beaucoup ; si la fille est de bonne famille, qu'elle soit jolie, et qu'on lui reconnaisse de bonnes qualités, les parents exigent trois ou quatre esclaves, ou la valeur en marchandises ; ces malheureux sont toujours la propriété de la mère. Si la fille est d'un rang peu distingué, ou d'une figure désagréable, on ne donne que deux esclaves. Je n'a pas vu d'exemple dans tout ce pays d'une fille célibataire; elles se marient toutes, belles ou laides Ce sont autant de servantes que les hommes s'attachent, et dont ils ne craignent pas la désertion. Le prétendu est obligé de livrer la dot avant de posséder la fille, à laquelle il fait encore quelques petits cadeaux; de plus, il lui envoie tous les jours des grandes calebases pleines de riz. Deux mois avant le mariage, la future est toujours en fête, et sa mère invite les voisins à venir y prendre part. Ces usages varient

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un peu dans chaque contrée : à Cambaya, par exemple, si le prétendu donne trois esclaves, il y en a deux pour sa I belle-mère, et le troisième suit la nouvelle épouse chez son mari. A limé et à Sambalikila, les parents reçoivent tout : quand le jeune homme a rempli les formalités et fait toutes les libéralités exigées, si la fiancée ou même ses parents se refusent à terminer le mariage, ils sont obligés de lui remibourser toutes les dépenses qu'il a faites; si, au contraire, les plaintes viennent de la part de l'homme, soit par jalousie ou tout autre motif, il perd tout ce qu'il a donné; et quand il s'élève une discussion entre le prétendu et la famille de sa future, si les arrangements viennent à se rompre, la femme est tenue de rendre tout ce que ses parents ont reçu. Ces conditions sévères font que, parmi un peuple intéressé et même avide, les premiers arrangements se rompent très rarement : les femmes en sont souvent les victimes; car les hommes, les regardant comme leur étant très inférieures, sont toujours maîtres absolus dans leurs ménages. »

La jeune fille est généralement donnée à son mari dès son excision. Cependant les parents sont complices pour retarder le plus possible le moment où il leur faudra se séparer de leur fille.

Les mères, d'abord, moitié par amour maternel, moitié pour se conserver dans leurs travaux journaliers une aide matérielle précieuse, cachent le plus possible à leurs maris que la jeune fille a vu apparaître ses troubles menstruels. Lorsque ce fait est avéré, on retarde le plus possible le moment de l'excision, et après celle-ci, on invoque mille motifs pour conserver le plus lard possible la jeune fille au domicile paternel. Le temps n'est d'ailleurs pas perdu pour la jeune fille, au grand profit de la mère. Avant sa puberté, la jeune fille est constamment entourée d'un ou plusieurs Kambélé (jeunes gens), qui lui font sans cesse des cadeaux,

dont profite la mère; cadeaux sans grande valeur, il est vrai, mais sans cesse renouvelés : morceaux de viande, cuvettes de riz, sombé, mouchoirs de tête, pagnes, quel quefois pièces de cinq francs, ou écheveaux de fil dérobés à la mère du jeune homme. A tous ces cadeaux, la jeune fille, très avertie pourtant, répond seulfiment par des amabilités, des minauderies, desfrôJements, mais les relations ne vont pas plus loin.

Elle change d'allures à sa puberté. Poussée à la débauche souvent par les excitations, ou tout au moins le silence complice de la mère, et l'inditïérence du père, elle choisit parmi les soupirants, un ou plusieurs amants, et les cadeaux continuent au grand profit de la mère. Le père met, de son côté, à profit le laps de temps plus ou moins long dans lequel tous se complaisent, sauf le futur époux, entre la puberté et le mariage de la jeune fille, pour tirer de la famille de son futur gendre la plus grosse dot possible qu'il dévore incontinent.

L'immoralité de ces pratiques est vraiment révoltante. A part de rares et très honorables exceptions, que l'on peut d'ailleurs citer, tant le fait est peu fréquent, ces pratiques, où la cupidité et le cynisme des parents rivalisent avec la débauche presque animale des jeunes filles, sont malheureusement la règle, aussi bien chez les -musulmans que chez les fétichistes. Nous sommes loin ici de l'éducation relativement chaste, et toute dirigée en vue du mariage, recommandée et pratiquée en pays vraiment musulman. On conçoit fort bien que cette immortalité acquise par la J3une fille, reparaisse après le mariage, et que, la licence des jeunes filles rejaillissant sur les jeunes gens, et les encourageant à la débauche, le libertinage soit, en somme, la règle dans la plupart des ménages.

La cérémonie du mariage est purement civile, et d'une simplicité "extrême. Elle n'est marquée, en définitive, que par un seul fait : la remise, par le père, de la jeune fille à

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son futur époux, et par l'accession de celle-ci au domicile conjugal.

L'époux fait généralennent distribuer, le jour du mariage, dans tout le village, une ou plusieurs calebasses desombé. On abat des cabris et des moutons, rarement des bœufs. Le soir, les jeunes filles, amies de la nouvelle épousée, font un petit tam-tam dans la cour du mari. Et c'est tout : la fête n'a été en somme marquée que par les ripailles, comme toute fête en pays noir. Tous les frais, toutes les générosités sont supportés par l'époux ou sa famille. En général même, la jeune fille est donnée à son mari avec un simple pagne usagé; l'époux doit fournir également le trousseau. Cependant la mère doit fournir à sa fille, au moyen de son travail personnel (confection de fil de coton, fabrication d'indigo, commerce de kolas et de sel) ou de son inconduite, les boucles d'oreille en or et les bracelets d'argent. Elle est bien souvent aidée par la jeune fille ellemême, qui consacre une partie des cadeaux faits par ses amants, à l'achat de bijoux.

■ /). " Décès. Ensevelissement.

On a vu les précautions que prend le moribond vis-à-vis de ses biens, lorsqu'il se sent en danger de mort. Le plus souvent, dans renonciation de ses dernières volontés, il désigne les amis personnels qui lui sont chers et qu'il désire avoir près de lui à sa mort pour le lavage de son corps.

Après le décès, le corps est sorti de la case, placé dans la courette qui sert de cabinet de toilette, il est lavé par les amis désignés par le mort, suivant le rituel ordinaire prescrit par les livres musulmans. Cette cérémonie est appelée ici, vulgairement. Su Kolan (lavage du mort) et en arabe du pays Kassoulou. Le corps est, immédiatement après,

revêtu de ses vêtements, et cousu dans une natte neuve. Il est ensuite placé sur un brancard sommaire en bambous, qui est sorti de la case et placé dans la cour, la tête du mort étant dans la direction de la qibla.

Entre temps, le crieur a annoncé dans le village le décès. L'alimamou du village vient alors se placer derrière lecorps et les fidèles, amis du défunt, derrière lui, tous dans la direction de la qibla. On dit alors la prière spéciale, la Salatou el Djanaïatou, à quatre rakaa, commençant chacune par le Takibarou (Takbir : Allah Akbar), dits dans la position debout.

Contrairement aux prescriptions arabes, le corps est le plus souvent enseveli sans linceul, ni blanc, ni de couleur, la natte remplissant ce rôle. Néanmoins, si le musulman est fortuné, il est placé dans un ou plusieurs linceuls et cousu dans plusieurs nattes, dont l'une, celle de l'extérieur, sera enlevée au moment de l'ensevelissement et portée à la mosquée où elle servira de natte de prière. La prière finie, le corps est placé sur les épaules des fils et parents du défunt et emporté jusqu'à la tombe. Il n'y avait point de cimetière entretenu et régulier jusque vers 1908 : les Musulmans suivaient la coutume animiste et enterraient les cadavres dans les villages, auprès de la case où avait vécu le défunt durant sa vie. Depuis cette date, les musulmans comme tous les habitants des villages ont abandonné cette pratique et enterrent les corps dans la brousse. Ils ont même tendance à grouper les tombes en cimetière, sans que les emplacements réservés à ces tombes et les tombes ellesmêmes aient jamais un caractère sacré.

Les tombes sont toujours orientées dans la direction de la qibla. Une pierre plate est placée dans la tombe, devant servir d'oreiller au défunt sur sa dernière couche.

Entre le domicile du défunt et sa tombe, les assistants présents au convoi marmottent sans cesse à mi-voix le « Tahlil » sans rien ajouter. Lorsque le corps est descendu

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dans la tombe, les assistants prononcent à mi-voix : «Bissimillahi ! Allahou Koubarou ».

Lorsque la tombe est fermée, chacun ayant jeté une poignée de terre, on se place derrière la tombe et chacun énonce ses « dou'a» (vœux) en faveur du défunt.

Enfin, pendant que l'on dépose les bras du brancard qui, suivant la coutume, restent dans la tombe, on formule de nouveaux souhaits.

L'alimamou ne suit pas généralement le corps jusqu'à la tombe et se retire dès que la prière des morts est dite.

Les femmes ne suivent que les enterrements des femmes, sauf les matrones d'âge canonique, qui sont admises aux -enterrements de leurs parents et qui s'y comportent comme pleureuses. Les hommes suivent rarement les enterrements des femmes, même de parenté très proche.

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