V enfant
L'enfant est toujours bien traité dans les familles musulmanes: c'est là, il est vrai, un trait commun à la race noire, mais ce fait semble plus accentué ici, chez les musulmans que chez les fétichistes. Il est quelquefois réellement touchant de surprendre le regard ravi et attendri que jette un grave marabout sur son enfant, les soins dont il l'enveloppe, les jeux qu'il lui prodigue; tout son être, toutes ses attitudes attestent alors le vif amour du père à l'égard de ses enfants, surtout mâles. Il en est de même des mères à l'égard de leurs filles.
Aussi ces enfants sont-ils terriblement gâtés et, à moins d'être d'une nature exceptionnellement bonne, deviennentils rapidement insupportables, volontaires, coléreux et d'une suffisance sans bornes. Il faut les voir, aux jours de grandes fêtes musulmanes, parés, les fillettes de tous les bijoux de la mère, empêtrées de pagnes trop lourds et trop grands, les fils, grotesquement affublés de boubous trop larges et trop riches, les yeux passés à l'antimoine, respirant tous un naïf orgueil et une fatuité ridicule. Les jours de la semaine cependant, leur tenue est moins brillante.
Jusqu'à l'âge de cinq ou six ans, garçons et fillettes sont nus comme des vers. A cet âge, ils revêtent un pagne intime (bila) qui leur cache à peu près les parties sexuelles. Vers la puberté, les enfants revêtent le koursi (pantalon bouffant) et le déréké (boubou), les filles, le pagne noir autour de la ceinture, ou au-dessus des seins. Ils sont alors désignés, les premiers sous le nom Kambélé, les seconds sous celui de « jeunes filles » (Soungouri, littéralement Soun-Kourou « à seins naissants »).
Malgré toutes leurs tares morales, les familles musulmanes sont généralement aussi prolifiques que les familles fétichistes, sauf peut-être, dans les centres commerciaux. Les musulmanes sont alors moins sédentaires que les fétichistes, partant plus libertines. Les femmes sont généralement assez fécondes. Le fils unique d'une même mère est rare. Nombreuses sont les mères de quatre enfants adultes vivants. '
En général, il faut compter que la moitié des enfants meurent, .soit au cours de la grossesse et de l'accouchement (relativement nombreux) soit en bas âge, soit vers la puberté. On peut compter que pour les décès d'enfants :
i» La moitié des grossesses est marquée par un avortement — volontaire ou non — ou par des couches malheureuses.
2° Les trois quarts de la moitié restante des décès est due aux maladies de * l'enfance, en particulier aux infections intestinales ou pulmonaires, ou aux ophtalmies purulentes aiguës.
3" Le dernier quart est dû à des accidents ou maladies survenues entre la période de l'allaitement et celle de la puberté.
Il n'est pas exagéré de dire que le nombre des grossesses, suivies de décès, immédiat ou dans la période comprise entre les couches et la puberté de l'enfant, est égal à celui des grossesses heureuses, suivies d'évolution normale de
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l'enfant vers la puberté et l'âge mûr. La plupart des femmes, à leur période critique, ont été au moins huit fois mères; quelques-unes l'ont été jusqu'à i5 fois. Le nombre moyen des enfants vivants, par mère, est de quatre, mais les mères de sept enfants vivants ne sont pas rares, moins cependant chez les musulmans que chez les fétichistes. Cette proportion des grossesses chez les femmes peut paraître faible, si l'on tient compte de leur genre de vie. Il ne faut pas oublier cependant que chaque naissance est suivie d'une période de trois ou quatre ans de continence complète pour la mère, et que, par suite, les naissances ne peuvent guère s'espacer, à moins de décès du nourrisson, au cours des couches ou de l'allaitement, que tous les quatre ou cinq ans.
En principe, la naissance d'un fils est considérée comme un bonheur par la famille, parce que normalement celle-ci compte en puissance une unité de plus : elle s'agrandit donc. On fait souvent, pendant la grossesse des femmes, des vœux pour la naissance de garçons. Les prières surérogatoires sont fréquentes dans ce but, auxquelles le père associe toute sa famille. Souvent même, autrefois, celui-ci faisait le vœu d'affranchir une captive ou de distribueraux pauvres ou aux musulmans influents soixante mesures de riz ou leur équivalent en sombé, si ses vœux pour la naissance d'un fils étaient exaucés.
Ce sentiment est certainement sincère chez la majorité des musulmans, les pères témoignant toujours un amour extraordinaire envers leur fils et dédaignant les filles.
Cependant, si la naissance d'une fille est accueillie avec moins d'emphatiques transports, elle provoque une joie très réelle. Elle est, il est vrai, destinée à quitter la famille, et par suite à amoindrir sa puissance, mais aussi elle l'enrichit par les sommes versées par des étrangers pour le paiement de sa dot, laquelle est d'ailleurs le plus souvent reversée immédiatement à une autre famille comme dot
de mariage. Indirectement donc la place que laisse la jeune fille est comblée immédiatement par l'arrivée d'une nouvelle épousée, venue d'une famille étrangère, et son mariage seul en fournit le plus souvent la possibilité.
Certaines familles pourtant, les Karamorho par exemple, marient généralement leurs jeunes filles avec des jeunes gens, membres également de la famille, et par suite sans dot, ou bien, par suite d'anciennes conventions, avec les jeunes gens d'une famille musulmane voisine à qui, dès leur naissance, les enfants étaient mutuellement promis. Cette pratique est fort usitée entre les musulmans, et ne donne jamais lieu au paiement de dots, mais à la constitution de petits douaires en faveur de la nouvelle épousée. Il convient de remarquer que ces familles n'y perdent généralement rien au point de vue matériel, et y gagnent surtout au point de vue moral, puisqu'à chaque jeune fille, donnée par une famille à la famille voisine, correspond le mariage à un membre de la première d'une jeune fille offerte par la seconde famille, sans aucun des marchandages auxquels donnent lieu les mariages conclus dans les conditions habituelles.