Les vieillards
La vieillesse, pour les hommes du commun, pourvus d'enfants, est normale. Leur vie s'écoule à l'abri du besoin et au milieu d'un respect suffisant des enfants à leur égard. Elle est lamentable pour ces mêmes gens, si la vieillesse les trouve sans enfants. Abandonné à ses seules femmes, le vieillard généralement délaissé des plus jeunes à qui il ne peut fournir de confort suffisant et auxquelles, par la force des choses, incombent tous les travaux domestiques. Elles désertent le plus souvent le domicile conjugal, laissant le vieil époux se morfondre avec ses plus vieilles
VlElLLAPD MALIVkK MUSULMAM.
INFLUENCE DE L'ISLAM DANS LE DOMAINE SOCIAL SÔj
femmes, incapables maintenant de travailler. Le ménage est alors nourri chichement par les autres membres de la famille, mais la mort de l'homme et de ses femmes vieillies est intimement souhaitée.
Les marabouts vénérés ont, au contraire, une vieillesse heureuse, respectée, même opulente. Environnés du respect de leurs fils et des musulmans du pays, ils vivent largement. On en cite qui, jusqu'à un âge avancé, ont continué à recevoir d'admirateurs ou de dévots zélés, de toutes jeunes filles comme épouses. Les fils, en général,, goûtent assez mal ces marques de respect, qu'ils jugent d'un goût douteux.
Les vieilles femmes sont presque toujours fort malheureuses : délaissées par leurs filles qu'elles ont pourtant tendrement chéries, mais bien mal élevées. Sauf si ces dernières sont encore hors d'âge de se marier, elles vivent solitaires, se nourrissant surtout de charité, et si elles ont des filles encore jeunes, elles les poussent à la débauche pour prendre la part du gain réalisé. Leur fin passe presque inaperçue, soit de leur mari, soit de leurs enfants. Quelques fils, pourtant, entourent leur mère, une fois vieille^ de soins assez tendres : le fait est assez fréquent chez les musulmans ; ce fut le cas de la vieille femme qui donna des soins maternels, pendant plusieurs mois, à René Caillié, à Tiémé. Mais le fait est à peu près sans exemple chez les fétichistes. Il constitue un indice d'une mentalité plus élevée chez les premiers.
Les vieilles femmes turbannées sont, par contre, fort respectées; elles sont entourées de la vénération unanime de leurs enfants, garçons ou filles, et de toute la communauté musulmane. Elles ont d'ailleurs une vie fort digne.
g. — Classes sociales.
L'Islam n'a eu aucune action sur les classes sociales de la société noire de la Haute-Côte d'Ivoire. Au contraire, il a subi, en ce qui concerne les mœurs de la société musulmane, de nombreuses altérations, du fait de la prépondérance politique constante des Farhama animistes et des coutumes fétichistes, qu'ils ont imposées à tous. La chose peut paraître paradoxale pour qui a vu ailleurs la rigidité de principes de la société musulmane et la cristallisation que lui ont imposée les livres sacrés et les commentaires des juristes et savants musulmans. La société islamique n'a pas eu ici cette solide armature pour la soutenir et, faute d'avoir le pouvoir temporel, elle a été amenée à épouser les mœurs et les coutumes fétichistes, souvent en contradiction avec sa foi.
Par ailleurs, une égalité complète règne entre les familles musulmanes et fétichistes, la famille du Farhama ellemême étant considérée au même titre que les autres familles du pays. Pourtant certaines familles, les Sérifou, mis à part, étaient un peu plus considérées que les autres, soit du fait de la piété de leurs membres (les Karamorho deMankono par exemple), soit du renom acquis par un des leurs à la guerre ou dans des circonstances mémorables (les Touré, par exemple, à cause de Samory).
L'Islam s'est implanté dans beaucoup de familles d'artisans, fétichistes à l'origine. C'est ainsi qu'un grand nombre de griots et forgerons font profession, avec leur famille, d'être sectateurs de Mohammed. Mais s'ils ont évolué au point de vue religieux, leur conversion n'a en rien influé sur leurs mœurs spéciales, sur leurs habitudes domestiques et professionnelles, en un mot, sur leur vie sociale. Il ne pouvait en être autrement, puisque les musulmans avaient eux-mêmes dû s'adapter au milieu social fétichiste.
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Les gens de diamou Sérifou (de l'arabe Chéri/) se considèrent comme les descendants du Prophète Mohammed ; ils ne fournissent d'ailleurs la plupart du temps aucune chaîne les rattachant au Prophète. Ils constituent en tout cas, une sorte d'aristocratie religieuse et, sous certains aspects, une caste sociale assez influente.
A défaut de généalogie prouvant son identité et sa race, le Sérifou se prétend, comme le veut la tradition, insensible à la douleur physique et plus particulièrement à la brûlure : c'est à l'épreuve du feu qu'ils se font donc reconnaître. A la description qu'on en fait, on peut présumer qu'il entre une bonne partie de charlatanisme dans cette épreuve.
Les Sérifou jouissent de nombreux avantages m-atériels : lorsque, dans les villages musulmans, on se partageait les aumônes, la part des Sérifou était toujours la plus considérable et ilsavaient le droitde choisir les premiers. Leur témoignage était considéré comme plus probant que celui d'un autre musulman, même aux yeux des farhama fétichistes. Ceux-ci les traitaient d'ailleurs mieux que les autre musulmans, et avaient pour eux plus de considération et plus d'égards. Un Sérifou ne pouvait, en principe, être détenu en captivité par un musulman; mais il y avait loin de la théorie à la pratique et l'on tournait le principe, en niant au captif sa qualité de Sérifou et en le soumettant à l'épreuve du feu, faite sans bienveillance, où naturellement l'autre, privé de ses moyens de charlatanisme et étroitement surveillé, succombait toujours. Il était alors traité d'imposteur et jusqu'à preuve du contraire conservé en captivité.
Dans la vie courante, les Sérifou étaient traités généralement comme les autres habitants du village. Ils n'étaient pas chargés de fonctions spéciales et, en particulier, n'étaient et ne sont encore que rarement chargés des fonctions d'imam, sauf dans les villages où la communauté musulmane n'est constituée que par les seuls Sérifou.
Syo ÉTUDES SUR l'islam en côte d'ivoire
Les Ouléma. — On peut citer, comme remplissant à certains égards ce rôle, mais simplement par le respect dont ils sont entourés et avec lequel sont écoutés leurs décisions et avis, la plupart des grands personnages religieux, énumérés plus haut. Leur avis est requis sur les points litigieux du rite et leurs décisions font autorité pour la déclaration de l'ouverture du Ramadan ou pour sa clôture. Mais ce sont là de simples directeurs de conscience, sans fonctions officielles, entourés seulement de considération. Et, s'ils jouent un rôle analogue à celui des Ouléma, ils n'en ont pas le titre, donnent des avis, mais ne rendent pas de « Fetoua » (consultations juridiques et religieuses) qui aient force de loi, comme en rendent les Ouléma dans les autres pays d'islam.