Esclavage
Plus que les fétichistes, les Musulmans étaient de gros propriétaires de captifs. iNos mesures à l'égard des nonlibres les ont en général ruinés et, en tout cas, ont bien amoindri leur situation matérielle et, par suite, leur prestige moral.
On peut dire que le but de tout musulman, une fois marié, était de se procurer le plus grand nombre possible de captifs. Il mettait tout en œuvre pour cela, et aucune considération de religion, de parenté même quelquefois, •ne l'arrêtait dans son commerce de captifs. Aussi les musulmans comme les fétichistes étaient-ils accueillis comme captifs par les musulmans, et aucune différence de traitement ne les distinguait chez leur patron. Bien plus, le maître interdisait à ces captifs musulmans d'interrompre leur travail pour iraccomplissement des prières journalières rituelles, qui n'étaient faites qu'à la fin de la journée, une fois la tâche achevée.
Les musulmans montraient par ailleurs la plus grande
INFLUENCE DE l'iSLAM DANS LE DOMAINE SOCIAL 3jl
-dureté vis-à-vis de leurs captifs, et ces derniers se trouvaient beaucoup plus heureux chez les fétichistes que chez les islamisés. Le captif, surtout le captif de case, n'était en somme guère malheureux chez les fétichistes, et il faisait partie intégrante de la famille et jouissait même souvent d'une grosse influence. Chez le musulman, même à l'égard des captifs musulmans, une dureté plus prononcée, une hauteur blessante et une observation plus stricte et plus impitoyable du statut des captifs régnait, même à l'égard des anciens serviteurs de la famille et des captifs de case.
Par contre, l'affranchissement des captifs à la- suite de vœux ou par suite de circonstances importantes était assez fréquent chez les musulmans, alors qu'il était très rare chez les animistes.
L'affranchissement était le plus souvent effectué après l'exaucement d'un vœu formulé par le croyant ; généralement, la naissance d'un enfant mâle, la guérison d'une maladie ou l'heureuse issue d'un voyage. L'affranchissement par expiation à la suite de la non-observation volontaire du jeune du Ramadan était encore assez fréquent. Mais tandis que, dans le premier cas, l'affranchi était un captif, musulman, autant que possible, attaché par de vieux liens à la famille du maître, dans le second cas, c'était toujours une jeune fille nubile qui bénéficiait de lamesure libératrice.
Le plus souvent, les captifs n'étaient aucunement tenus d'embrasser la foi du Prophète; au contraire, ils en étaient toujours dissuadés par la douceur, car, malgré tout, la communauté de foi faisait disparaître une cloison séparant le captif de son maître.
En effet, en 1907, au moment de l'exode des captifs, tous les fétichistes, et la plupart des musulmans de condition servile, ont quitté leur patron, et les captifs de case se sont d'eux-mêmes affranchis, tout en restant dans le pays où ils étaient nts. Il n'est resté chez les maîtres que
les jeunes gens auxquels les patrons s'étaient intéressés, et qui avaient suivi avec leurs fils les écoles coraniques. On peut dire que ces captifs sont attachés à leur maître, comme à un père spirituel, et qu'ils trouvent plaisir et intérêt à rester spontanément sous sa tutelle, d'ailleurs devenue fort douce. Ils sont en effet choyés à l'extrême, plus souvent que les fils eux-mêmes. Ce sont les seuls serfs qui consentent à travailler encore pour leur ancien maître, mais le lien qui les unit est purement moral.
Beaucoup de ces gens sont maintenant turbannés et considérés comme des libres. Ils épousent couramment les filles de leurs patrons. L'un d'eux, à Séguéla, le nommé Moussa Barhayoro, a même acquis une certaine notoriété religieuse.
En somme, on peut considérer comme affranchis les captifs restant encore, de leur plein gré, chez les anciens maîtres, et leur situation est loin d'être malheureuse : elle est même souvent supérieure à celle de la majorité des noirs du pays.