La case
La case mandé diffère sensiblement de Thabitation des tribus de la zone sylvestre ou de la région maritime, et se rapproche du type des cases soudanaises. On en distingue deux types: la case ronde, de petite ou de grande dimension, et la case à terrasses. Dans la première, les murs seuls sont en terre et la toiture, qui est en forme conique et en chaume, consiste en faisceaux d'herbe sèche, de tiges de graminée, de feuilles de rônier, etc. Elle est moins commune, surtout dans les grandes agglomérations: Bondoukou, Sandiévi, Kong, Dabakala, que la case à terrasse, construite tout entière en banco. L'armature de la terrasse varie selon les possibilités locales : ici, elle est faite de stipes de dattier nain, ailleurs de bans couverts de feuilles de rônier. L'argamasse, bien damé, recouvre le tout. Cette case, supérieure dans l'ordre architectural à la case ronde à toiture conique de chaume, vaut sûrement moins, au point de vue hygiénique: elle est chaude, difficilement aérable, malgré les petites fenêtres, possibles ici, souvent malpropre. Cependant à cause de cette supériorité, et sans doute aussi à cause des plus vastes dimensions qu'elle permet, c'est cette forme que les Mandé empruntent pour la construction de la mosquée. Il est rare, même dans les villages où les cases sont toutes rondes, à toit de chaume, que la mosquée ne soit pas une case à terrasse.
Certains centres, comme Mankono, Séguéla, sont en voie de transformation. Là aussi, les musulmans d'un certain âge et d'une certaine situation tendent à se spécialiser pour leurs cases, en construisant des cases à argamasse, quel-
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ques-unes même à étage. Pas plus qu'ailleurs ces cases ne constituent un progrès sur la case ronde, si commode et si hygiénique.
Elles sont sombres, percées de rares ouvertures, toutes en murs et en coins ; incroyablement basses de plafond, si elles sont à étage; peu solides et surtout peu étanches à la pluie. C'est cependant le summum de l'art de l'habitation pour les marabouts.
Le sol est toujours damé, et la plupart du temps, pour lui donner plus de consistance, on mélange au banco de la bouse de vache.
Les Mandé, et aussi les Sénoufo, mais en moindre proportion, ont introduit dans leurs cases l'ameublement soudanais, qui diffère sensiblement de celui des cases de la forêt, beaucoup plus rustique, ou de celui des cases de la côte, beaucoup plus avancé. La natte est d'un usage courant, mais le lit ou tara est très répandu : c'est un grand cadre de bois sur lequel sont liées de solideset souples nervures de raphia. Les matelas de kapok ou de coton sont connus et utilisés: on voit que les Mandé, grands cultivateurs de coton et ramasseurs de kapok, ne portent pas tout à la côte et savent en tirer parti pour leurs aises. Les petits bancs (goun) et ustensiles de ménage sont quelquefois travaillés avec art. Cependant le marabout, toujours poseur, aurait tendance à se servir comme siège d'une chaise européenne, ordinaire ou longue, ou, à défaut, d'une simple natte ou d'une couverture posée à terre. Il dédaigne le petit siège, si bas et si commode, dont se servent les fétichistes. Pas de tables. La vie se passe sur la natte et si le marabout est vénérable, on y place toujours une couverture du Macina ou de Ségou.
Les murs sont blanchis ou rougis à l'argile, et agrémentés de dessins géométriques, cercles et arcs de cercle, triangles simples ou doubles, carrés, losanges, rosaces, etc., d'inscriptions religieuses, notamment la teslima et même
de formes végétales, animales ou humaines. Il faut reconnaître que les Mandé n'aiment pas beaucoup cette reproduction des formes humaines, sans doute par tradition islamique. Ces peintures sont faites à grands coups <ie pinceaux de raphia, et avec de la peinture rouge ou bleue^ blanche ou noire, d'argile locale et de couleurs végétales.
La bibliothèque est constituée par des malles de traite ou par des caisses, où les livres sont entassés.
L'art est représenté par des enluminures, parfois très ingénieuses et même artistiques, qui ornent les manuscrits. L'art arabe semble se retrouver là par instants, comme par miracle. Signalons enfin les toits coniques des ribat ou cases à prière, dont l'intérieur est souvent orné de dessins géométriques, faits en baguettes flexibles de raphia et en fines lanières de bois divers, disposées parfois avec un art véritable et assez curieusement coloriées.
i5. — Le vêtement.
La conversion à l'islamisme, comme au christianisme d'ailleurs, amène chez les Noirs une transformation vestimentaire sensible. Les populations musulmanes s'habillent ou tendent vers l'habillement. On le remarque au premier coup d'oeil, chez les Mandé, où évidemment beaucoup ne portent encore que le petit morceau d'étoff^e, dit fort justement cache-sexe, mais où un grand nombre de personnes connaissent l'usage du large pagne, soit tissé dans le pays et souvent passé à l'indigo, par des artisans dioula, soit importé par des congénères dioula. Hommes et femmes utilisent ce pagne, soit sur les reins, soit sur les épaules. De plus, l'usage d'une large blouse de cotonnade blanche ou bleue, largement échancrée au cou, se répand de plus en plus, et de chez les Mandé musulmans, elle passe chez les Senoufo, Koulango et Abron fétichistes. Les
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pagnes européens peuvent rarement concurrencer le tissage local pour la solidité du tissu, la fermeté de sa coloration, et surtout pour l'ornementation très spéciale à ces populations.
L'habillement classique des musulmans soudanais se trouve aussi, quoique plus rarement, chez les dioula, seigneurs du commerce ou du snobisme : sur les membres inférieurs, un pantalon ou un caleçon flottant, sur le torse une chemise blanche; par-dessus le tout, un grand boubou blanc, et plus souvent bleu, quelquefois même un caftan marocain. Une chéchia ou encore un bonnet blanc, rond ou en mitre, couronne le chef d'un personnage aussi distingué et qui est incontestablement musulman. On peut soupçonner des chef Sénoufo, comme Gbon Koulibali, seigneur de Korhogo, de ne se dire musulmans que pour pouvoir arborer un complet aussi élégant, et qui serait une innovation trop dangereuse, — au point de vue ridicule, — s'ils restaient fétichistes. A moins toutefois que ce ne soit le contraire, et qu'on ait décrété Gbon musulman, du jour où il a commencé à s'habiller comme les riches Dioulas. 11 a laissé dire et faire. Toujours est-il que les musulmans ne cherchent qu'à saisir les occasions de se parer des vêtements, qui déterminent nettement leur qualité, et qu'en dehors des fêtes religieuses, ce qui est naturel. Us ne manquent jamais une fête civile (14 juillet, i^"" janvier), le départ ou l'arrivée de fonctionnaires du poste, le passage d'un hôte, etc., pour mettre toutes voiles et tuniques dehors, et arriver processionnellement au poste.
Le vêtement est moins répandu chez les femmes que chez les hommes, même cJiez les populations islamisées. Il n'y a guère qu.e la femme âgée, qui s'enveloppe d'un boubou, ce qui est évidemment beaucoup plus une preuve de coquetterie que de piété. Les jeunes femmes ont le cache-sexe, souvent un pagne autour des reins, et quel-
quefois une sorte de voile qui, posé sur la tête, à la manière d'un châle, retombe sur les épaules et peut se fermer sur la poitrine.
Certains peuples de la haute Côte d'Ivoire, les Birifon, les Lobi, à cheval d'ailleurs sur la frontière soudanaise, n'ont aucun vêtement. Leurs cases ou soukala sont construites en terre rouge. Elles ont l'aspect de véritables châteaux forts, ne communiquent avec l'extérieur que par une seule entrée, située au ras du sol. Sous les soukala, fort obscures, sont disposés des caveaux où sont ensevelis les morts. Ce n'est pas sans hésitation que, même de nos jours, les Mandé musulmans se risquent chez ces peuplades arriérées.
i6. — La parure.
Les Mandé musulmans laissent aux tribus de la forêt l'usage des bijoux d'or. La savane ne renferme pas en effet le précieux métal. En revanche les bijoux d'argent abondent : anneaux de pieds, bracelets, bagues, boucles de poitrine ou d'oreilles, épingles à cheveux, chaînes et sautoirs. Ce métal est d'ailleurs des plus grossièrement travaillé, et provient des barres d'argent, que vendent les dioulas, ou plus simplement de notre monnaie divisionnaire ou des shillings anglais. Certains de ces bijoux rappellent la forme des bijoux arabes ou maures. Il doit y avoir eu dans le passé importation, imitation, que sais-je?
Les musulmans, comme leurs voisins animistes, se passent sur le corps et la figure des bariolages de sève blanche de certaines sapotacées. C'est tantôt dans un but de parure et tantôt comme remède. Hommes et femmes, fils du Prophète, usent naturellement, aux jours de fête, du henné porte-bonheur.
La chevelure est l'objet de soins, surtout chez les femmes et la coifture varie d'une tribu à l'autre, et même de vil-
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lage à village et de famille à famille. Les femmes Mandé portent généralement une sorte de cimier bas, avec petites tresses, descendant sur les côtés, et même en avant et en arrière. Remarquons que les musulmans ont conservé l'habitude ancestrale, universelle chez les animistes, de se raser la tête à l'occasion d'un deuil de famille, et d'en faire l'hommage au défunt sur sa tombe. Mais cette coutume tend à disparaître dans certains villages islamisés. Dans ceux-ci, il est de coutume que les cheveux ne doivent pas être longs, les jours de fête. Il n'est pas indispensable toutefois qu'ils soient rasés de frais.
La barbe est commune chez les islamisés, mais est souvent ramenée en un collier. La moustache est ou coupée ou rasée : c'est la coutume musulmane.
Dans le domaine des tatouages et scarifications, l'influence de l'Islam s'est fait sentir d'une façon très nette. Les mutilations ont disparu en proportion directe du degré d'islamisation. Il est vrai qu'elles n'étaient pas très répandues et fort minimes. Les dioulas instruits, les cheikhs, les marabouts n'ont pas du tout de mutilations ou de kéroïdes, et en fait de tatouages, n'ont souvent que des points : ils le disent et en tirent orgueil. Chez les autres, les tatouages sont plus répandus, mais les incisions du visage ont à peu près disparu. Il n'y a guère que chez les femmes de la région de Kong, où l'on puisse trouver quelques scarifications, en rayon autour du nombril.