Onomastique
L'influence islamico-arabe s'est fait sentir quelque peu dans l'a langue mandé (dialectes malinké et dioula) de la haute Côte d'Ivoire. On peut en signaler les principales manifestations.
'a) L'hagiographie musulmane a pris la place, ou peu s'en faut, de toute l'onomastique Mandé. Il s'agit, bien entendu du prœnomen, spécial à l'individu, car le nomen ou nom de famille ou de clan (Cissé, Taraoré, Konaté, Fofana, Karamorho,Sotodogho, etc.) n'ont pas été touchés.
On trouvera donc d'innombrables Amadou, Mamadou, Mamadi, Mamoudou, Mamourou, Souleïmana, Abdoul-
laye, Bakari, Lancina, Oussoumana, Séko (cheikh), Lamina, Sidiki, Birahima, Soumaila, Mariana, Fatimatou et leurs innombrables dérivés. Il n'est pas difficile d'y reconnaître les noms arabes correspondants, et souvent prodigieusement déformés. Parfois ces noms sont précédés de Va ou Fa, qui est le mot malinké « père », terme de respect.
b) Il y a des vocables de langue noire qui possèdent un sens se rapportant à l'islam et qui sont employés tantôt comme noms communs, tantôt comme noms propres. Exemple : Karamorho, maître ; Fodi Fodé, docteur ; Tierno, lettré, cheikh ; Modi, Mori, musulman, etc..
c) Un certain nombre de villes, ou de villages, ont reçu des noms islamiques : Odienné, ou l'honneur de Dienné, (Al-Djanna) le paradis ; Touba, à plusieurs exemplaires, en l'honneur de Touba du ciel; Salama, le salut ; Madina, à plusieurs exemplaires, en l'honneur de Médine, etc..
d) Les mois et les jours de la semaine sont tirés de l'arabe, avec une certaine déformation.
e) Quelques termes concernant surtout la vie religieuse, comme Allah, Dieu; Nabi, Prophète; Karandé, élève; Karanta, école coranique ; Karamorho, maître d'école ; diamiou, mosquée-cathédrale; missidi, missiri, mosquée ordinaire , dyiné, guina, niéna, esprit, djinn ; les vocables techniques en quelque sorte professionnels : Alimamou, l'imam; Kotbatou, le prône; Minbarou, la chaire, etc. ; quelques salutations religieuses: salam, alla bi dia, etc., les noms des prières de la journée, etc., et enfin quelques rares termes commerciaux : dorom; la pièce de cinq francs, dirhem.
En somme, l'influence de l'arabe ou de l'islam dans l'onomastique mandé est minime. Elle est loin d'atteindre le degré que nous avons vu chez d'autres populations mélaniennes : Toucouleurs et Ouolof du Sénégal ; Songaï du Soudan ; Foula du Fouta-Diallon.