‹ Études sur l'Islam en Côte d'IvoireChapitre 6 sur 67 · PHYSIONOMIE MORALE DES TRIBUS DE LA FORET 4I · texte numérisé non relu

PHYSIONOMIE MORALE DES TRIBUS DE LA FORET 4I

Lesfemmes étaient ointes d'une sorte de corps gras, qui devait les faire périr, si elles n'obéissaient pas aux injonctions divines. Certains hommes qui ne s'exécutèrent pas assez rapidement se virent condamnés à une amende de sept tas d'or, d'un bœuf rouge et d'un bœuf blanc.

L'autorité finit par s'émouvoir, surtout quand le bruit se répandit que les mesures nouvelles annonçaient le départ des blancs. Des recherches actives permirent la découverte et l'arrestation de certains coupables. Ils donnèrent de fort vagues justifications : les uns obéissaient à des chefs féticheurs; les autres se croyaient inspirés de Dieu ; d'autres enfin dirent avoir agi par vengeance. Quoi qu'il en soit, on reste confondu que ces populations primitives aient sacrifié sans résistance et le plus facilement du monde les richesses vivrières et les troupeaux, auxquels elles attachent tant de prix et cela sur les simples déclarations d'inconnus, qui leur disaient que tel était l'ordre divin.

Les fétiches sur la côte, les richesses alimentaires dans la forêt, tout le patrimoine moral et matériel de ces peuples perdait toute valeur à leurs yeux, à la simple injonction d'inconnus.

Il faut constater là un état d'esprit extrêmement impressionnable et qui réserve des surprises. Les tribus de la forêt, encadrées au nord par des populations en partie islamiques, au sud par des populations en partie, et bientôt toutes chrétiennes, sont mûres pour l'une ou l'une de ces religions, et sans doute suivant les méthodes et l'activité des missionnaires et des marabouts, pour l'une et pour l'autre.

On peut encore donner comme preuve de cettesensibilité les quelques conversions à l'Islam, eff"ecluées bien malgré eux et par le seul exemple de leurs gestes cultuels, à Daloa (Haut Sassandra) par des détenus politiques musulmans ; et enfin la docilité avec laquelle certaines tribus de la frange méridionale de la forêt accourent à l'appel desclarks

harristes et, tout comme leurs voisins des lagunes et la côte détruisent leurs fétiches.

3. Le droit coutumier et la résistance à Vlslam. "— L'Islam ne semble pas appelé à bénéficier de ces transformations religieuses éventuelles, soit parce que les quelques dioula du Nord, qui parcourent la forêt, sont beaucoup plus soucieux de leurs intérêts commerciaux et beaucoup moins empressés à la tâche apostolique que les missionnaires chrétiens, qui montent de la côte et entament déjà la forêt, soit plutôt parce que le droit coutumier et les institutions juridiques et sociales des tribus de la forêt offrent dans la plupart des cas, une telle divergence, une telle dissemblance avec les institutions islamiques qu'il est à prévoir une résistance invincible, si la religion du Prophète est prêchée quelque part. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit à l'extrême orient de la colonie, en bordure de la Gold Coast, dans l'Indénié, parcouru par les caravaniers mandé du Nord. Leurs prédications occasionnelles sont restées sans succès.

Il n'est pas inutile d'énumérer rapidement les principales de ces institutions coutumières qui sont les bastions de la résistance fétichiste à toute invasion d'une religion, qui, tell'islamisme, se présente avec une code juridique.

à) Polygamie illimitée, qui est d'autant plus en honneur qu'elle implique considération et fortune.

b) Mariages temporaires, comportant les clauses les plus diverses. Concubinage légal non seulement avec des captives, mais même avec des femmes libres, déjà mariées ou jeunes filles ;

c) Liberté entière de la jeune fille. Cohabitation et même prostitution courantes avant le mariage;

d) Consentement formel de la jeune fille au mariage. Nullité de toute acte où son acquiescement n'est pas donné;

e) Lévirat d'usage courant;

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