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Industrie

L'industrie est fort peu développée dans la haute Côte d'Ivoire; elle ne dépasse guère le stade familial et de village, et, à part l'industrie alimentaire, est presque entièrement concentrée dans les mains des musulmans, soit lo-

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eaux, soit immigrés et d'origine soudanaise. C'est en effet parmi les Dioulas, surtout dans le Centre et l'Est, que se recrutent les tailleurs, coiffeurs, cordonniers, forgerons, bouchers, tanneurs, etc.. Ce sont eux également qui présentent le plus de candidats interprètes, gardes, boys, cuisiniers, etc.. De même, le recrutement pour les grandes écoles de Bingerville ou de Corée serait abondant dans i'élément dioula et malinké, si on voulait faire un peu de réclame. Tels quels, ces peuples sont actuellement bien •représentés dans ces écoles.

Ce n'est pas à dire que les Malinké animistes, les Senoufo, les Abron, les Koulango ne soient pas capables d'une semblable assimilation. On a pu constater qu'ils étaient au contraire très ouverts et s'adaptaient à toutes les situations -administratives ou commerciales, dès qu'ils ont été un peu dégrossis, et notamment quand ils avaient fait leur preqnière éducation dans une école française, soit laïque, soit catholique. Cette constatation est d'ailleurs la règle. Le musulman est en général plus avancé et plus ouvert que le fétichiste, mais il semble fixé sur ses positions comme par une force invincible. Le fétichiste prend sa revanche dès qu'il trouve une heureuse influence pour lui ouvrir la voie du progrès : aucun obstacle ne l'arrête alors, et il dépasse de beaucoup les musulmans. Cette règle est vraie pour deux races, et à Tintérieur de deux races, pour deux familles. Elle est vraie pour les enfants comme pour les adultes, et peut être constatée journellement dans nos écoles, petites et grandes, et dans les diverses missions «chrétiennes.

Il n'est pas sans intérêt de passer en revue les principaux aspects de cette industrie familiale. Les notes de Delafosse nous y seront utiles.

La bière est préparée par les femmes. Elle est faite de mil et de maïs. 11 s'en fait une grande consommation, .surtout chez les fétichistes, qui y mettent généralement du

INFLUENCE DE l'iSLAM DANS LE DOMAINE ECONOMIQUE 4o5-

piment et du gingembre. Cette boisson renferme une quantité d'alcool suffisante pour engendrer l'ivresse quand on boit avec excès. On prépare aussi une sorte d'hydromel avec du miel et de l'eau, et diverses boissons plus ou moins fermentées extraites de divers fruits sauvages. Les dioulas et plus généralement les musulmans ne boivent en principe ni bière de grains, ni aucune liqueur fermentée. Pratiquement il en va tout autrement.

Ce sont les femmes qui filent le coton, mais ce sont les hommes qui le tissent en bandes et cousent ces bandes pour en faire des pagnes ou des vêtements. Les tisserands appartiennent aux deux races Senoufo et Mandingue, maisils sont surtout nombreux dans les villages dioulas.

Les teinturiers se recrutent parmi les deux sexes : presque tous sont des Haoussa ou des Dioulas, ou encore des Marka ou Sarakollé. Ils se servent de cuves, consistant soit en une fosse profonde, creusée dans le sol argileux, soit en un vase de grandes dimensions, enterré jusqu'au col dans la terre. On ne connaît guère que deux teintures : l'une, allant du bleu pâle au noir, est obtenue des jeunespousses de la liane, dite liane à indigo; l'autre, brunâtre,, est obtenue des noix de kolas du pays. La seconde d'ailleurs n'est que très rarement employée. On teint soit le fil de coton en écheveaux, soit les étoffes elles-mêmes. La teinture des cuirs est faite, non par les teinturiers, mais, par les cordonniers. Les cordonniers sont en général des étrangers (Marka, Haoussa, ou Sénégalais), plus rarement des Dioulas ou des Malinké de la caste des artisans. Ils tannent, assouplissent et colorent le cuir de bœuf, de mouton et de chèvre, et en fabriquent des babouches, des sandales, des bottes, qu'ils ornent souvent de broderies de soie ou de laine d'un travail assez délicat; ils confectionnent aussi des selles et des brides, mais surtout des gaines pour couteaux, des fourreaux de sabre, des sacoches, des bracelets et ceintures de cuir, et enfin des étuis à talismans-

Leur travail est généralement solide et presque toujours artistique.

Les tailleurs et brodeurs, qui confectionnent les vêtements importés par les musulmans (culottes, boubous ou gandouras, burnous, caftans) et les bonnets de coton ou de velours, sont aussi presque tous des étrangers du Nord. Leurs broderies de soie ou de coton mériteraient d'être mentionnées, car elles sont en général fort belles. Le travail du fer a été en grand honneur de tout temps chez les Malinké dans la caste des Noumou, et chez les Senoufo, principalement dans la famille des Sekongo. Le fer est extrait du minerai par une méthode analogue à celle que nous appelons la méthode catalane, au moyen de hauts fourneaux chauffés au charbon de bois. Il est coulé dans des moules cylindriques en argile que l'on brise pour en retirer le lingot de fer, ou d'acier, ou même de bronze, car ces trois métaux sont fabriqués par les Senoufo, le dernier à l'aide de cuivre d'importation européenne. Ils connaissent fort bien les procédés et les usages de la trempe, et fabriquent des métaux d'excellente qualité.

Ces forgerons sont en même temps orfèvres et bijoutiers. Ils fabriquent, à l'occasion, des chapelets, mais ces pieux objets sont surtout importés du Soudan ou des pays maures.

Dans le bassin de la Volta, les jeunes gens délaissent souvent leurs cultures pour aller chercher des paillettes d'or dans le lit des cours d'eau, mais ce sont des fétichistes : Birifon, Koulango, Abron. Il est vrai que tôt ou tard, cet or s'écoulera par la main des Dioulas. Dans beaucoup de villages, on élève des abeilles, mais ces ruches sont évidemment le fait des cultivateurs et par conséquent la plupart du temps, des non musulmans.

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