Richesse publique
On a vu plus haut de quelle façon étaient données les offrandes aux marabouts et combien, en général, ces offrandes étaient légères. 11 suit de là que ces dons ne peuvent en rien influer sur la richesse publique et sur la raréfaction du numéraire. Sans doute, ces dernières années marquées par la crise du caoutchouc, avaient amené une crise dans la vie économique du pays en tarissant la principale source de numéraire que possédait le pays, mais le Dioula n'en a pas souffert. Insinuant, d'une bonhomie toujours égale, le Dioula avait continué son commerce, l'avait transformé insensiblement; il troquait ses marchandises européennes contre des kolas ou des sombé, qu'il changeait à nouveau contre des peaux de bœuf ou contre des arachides, et enfin il allait porter le fruit de ses achats aux maisons de commerce de Bouaké ou de Kankan, alors que les maisons locales hésitaient encore à se lancer dans des affaires pareilles. Aujourd'hui, ils achètent du coton, des palmistes, etc., devançant de plusieurs années les maisons locales qui devraient bien souvent les étudier et les prendre comme exemples. Les dioulas musulmans ont ainsi assez peu souffert des crises dernières, ils ont simplement changé leur fusil d'épaule sans se décourager plus que les autres, ils ont écouté nos conseils et se sont lancés dans les voies nouvelles avec ardeur, au grand profit des maisons de commerce de Bouaké ou de Kankan.
Malheureusement, cette vie d'âpre combat pour le gain n'a pas, nous l'avons vu, contribué à augmenter sensiblement leurs qualités morales et leur esprit d'économie. L'argent pour eux, et malgré sa raréfaction, a toujours conservé aussi peu de valeur que par le passé. Ils n'ont qu'une hâte, c'est de le dépenser en folies, aussitôt gagné.
40S ÉTUDES SUR l'iSLAM EN CÔTE d'iVOIRE
Aimant les beaux vêtements, les beaux chevaux et les belles femmes, rien n'est trop cher pour la satisfaction de leurs appétits. Grugés par les femmes et les griots, auxquels ils ne savent rien refuser, ils sont bientôt aussi pauvres qu'auparavant et ils reprennent allègrement leur lutte pour le gain, ayant été encore, même dans la satisfaction de leurs appétits, de merveilleux instruments d'accroissement de la richesse publique.
En dehors de la savane soudanaise, l'arrivée des dioulas et leur diffusion dans la forêt a eu dans le domaine de la vie matérielle des peuplades sylvestres, une heureuse influence, car ils ont apporté des bœufs jusque dans les régions les plus reculées, et ont certainement ainsi contribué à diminuer le cannibalisme.
En outre, ils ont créé à l'indigène quelques besoins, en lui donnant le goût des étoffes et de la pacotille; mais, comme nous l'avons vu, le dioula ne demande en échange que le kola; ce n'est donc pas lui qui contribuera à donner aux indigènes l'habitude du travail, qui est le principal facteur de la richesse d'un pays.
La nourriture et le genre d'habitation des indigènes n'ont guère changé au contact des dioulas, mais le sordide biia de la forêt est de plus en plus remplacé par le pantalon, et les ustensiles de cuivre et de fer émaillé, dont les ménagères bambara font un si large usage, commencent à faire leur apparition dans la batterie de cuisine des moussos du pays.
Enfin les chefs eux-mêmes, qui sont les plus farouches conservateurs des traditions ancestrales, commencent à faire des concessions au confort moderne, et beaucoup ont abandonné le tabouret de pygmée qui les suivait dans tous leurs déplacements, pour la chaise longue, plus commode et aussi portative.
Cependant ces avantages ne vont pas sans inconvénients : le dioula vide le pays de tout numéraire. C'est ainsi par