VII. — Le Guidimaka
A. — Généralités. — Deux races peuplent la province du Guidimaka du cercle de Kayes (t) et comprennent une population de i2.5oo habitants. La plus grande partie de cette population est Soninké: 11.000 âmes environ ; les autres sont : soit toucouleurs, auxquelles il faut joindre quelques Peul, et qui occupent cinq villages : Kersignanétoucouleur, K. peul, Oregriva-toucouleur, Sonina toucouleur et Melga, au total 800 habitants ; soit métis maures, plus ou moins en voie de sédentarisation, Trarza et Lemtouna, comprenant au total 700 habitants et répartis en trois villages Ségué, Monoba et Hosseïnoul-Seïbath. Ces Maures, restés malgré tout assez attachés à leur nomadisme, n'ont pas de relations suivies avec les sédentaires noirs et vivent à Técart.
(1) Par distinction de la province voisijie du Guidimaka, qui appartient au cercle du Gorgol (Mauritanie).
La venue des Soninké dans le Guidimaka semble assez récente. La tradition rapporte que ce pays montagneux (Guidi) lut peuplé par le clan soninké des Maka, fuyant la persécution islamique de l'empire malinké, et que, réfugiés dans cette région, devenue le Guidimaka, ces gens conservèrent leurs croyances fétichistes, leur mœurs et leur langue. Il faut reconnaître que la situation actuelle justifierait les données de la tradition. Les Soninké sont restés en très grande partie fétichistes, et opposent une résistance tenace aux progrès de l'Islam.
A côté de ces Soninké de la première heure, vivaient des familles de marabouts, de la même origine, que l'on retrouve dans la plupart des villages et qui sont facilement reconnaissables à leurs diamou. Ces familles qui s'étaient détachées des Soninké islamisés de l'Est, avaient, au cours des siècles, émigré vers le Guidimaka. Ils se construisirent une mosquée, à leur seul usage d'ailleurs ; il ne faudrait donc pas inférer de la présence d'un édifice de ce genre dans une agglomération qu'elle est musulmane.
Ces clans maraboutiques sont au nombre de cinq : les Cissé, les Touré, les Kébé, qui ont pour diamou « Diabira », les Sako, les Berté.
Les Cissé sont arrivés les premiers. Ils seraient originaires de Dia, appelés, dit la légende, par leurs cousins fétichistes, pour chasser un démon qu'ils avaient trouvé sur l'emplacement de leur premier village et dont ils ne parvenaient pas à se débarrasser par leurs propres moyens.
Ces marabouts n'ont jamais entrepris de convertir les fétichistes qui vivaient autour d'eux ; il semble même que la pureté de leurs croyances s'altéra à ce contact des infidèles. C'est ainsi que jusqu'à l'arrivée d'Al-Hadj Omar ils buvaient ouvertement du dolo et mangeaient la viande de sanglier. Ils continuèrent subrepticement ces pratiques pendant la domination toucouleure et aujourd'hui, en vertu de l'habitude acquise, ils n'apportent pas au village
les sangliers qu'ils tuent dans la brousse, mais vont les manger sur place.
Al-Hadj Omar voulut convertir par le sabre ces voisins infidèles. Ils s'inclinèrent et firent une soumission apparente. Cette soumission leur fut facilitée par leurs parents marabouts qui, de leur pavillon prophétique, couvrirent la marchandise fétichiste.
Les Soninké y perdirent toutefois Tusage de leurs coutumes. Jusque-là en effet, la justice était rendue dans chaque village par le conseil des notables, siégeant sous la présidence du chef de village. La loi appliquée était les anciennes coutumes du Ouagadou, même lorsqu'une famille maraboutique était partie dans l'instance. Ahmadou Chékou institua deux cadis à Bokhoro et à Gagny : ils étaient chargés de rendre la justice dans tout le Guidimaka et appliquaient avec logique la loi musulmane, tout le monde étant censé appartenir à la voie du Prophète.
Sans serrer de plus près la question, les Français prirent la succession d'Ahmadou Chékou ; cinq cadis furent nommés par nous avec mission d'appliquer le droit musulman : Ibrahima Ndiayo à Somankidy ; Fodé Guïem, à Bangassi ; Fodé Dahaba, à Sénénaty ; Mamadou Braghi, à Gouméra ; Fodé Diabi, à Koussouné. En 1908 enfin, ces errements furent abandonnés; les cadis reçurent défense d'administrer la justice et les indigènes reçurent l'ordre de porter leurs affaires devant le tribunal de province.
On peut compter, à l'heure actuelle, dans le Guidimaka, 125 marabouts, en grande majorité soninké. On n'en peut guère citer qu'une douzaine qui n'appartiennent pas à ce peuple, soit 2 Maures et une dizaine de Toucouleurs, fils des conquérants de la veille.
Entre ces marabouts soninké il faut distinguer : une bonne moitié fait partie des cinq familles, citées plus haut et dont la foi primitive s'est singulièrement altérée; ceuxlà n'ont généralement pas d'école et se bornent à apprendre
à leurs fils les quelques prières qu'ils connaissent ou même seulement les formalités extérieures du culte. Formant une sorte de caste sacrée, ils se déclarent marabouts de père en fils, et par la simple hérédité ils sont imam de leur mosquée. L'aîné de la famille est le détenteur de Tunique Coran, qu'on se transmet de génération en génération et sur lequel on n'a que peu de lumières.
Il reste une cinquantaine de marabouts, d'origine étrangère, venus s'installer dans le Guidimaka depuis deux, trois ou quatre générations et qui y ont acquis droit de cité. Les uns sont originaires de Fouta-Diallon, les autres, en plus grand nombre, du Fouta Toro : Bakel, Matam, Saldé, Podor ; quelques autres enfin sont malinké : on verra en détail ci-après les plus notoires, mais il faut dès maintenant signaler les groupements les plus importants : celui d'Ibrahima Ndiaye à Somankidy, et Fodé Ismaïia Tounkara; à Koussané.
Quant aux Soninké autochtones, si on peut les appeler ainsi, qui se distinguentpar l'attachement à leurs coutumes traditionnelles, ils n'ont produit à l'heure actuelle aucun groupement ou personnalité islamique de renom.
Les marabouts du Guidimaka se partagent en qadrïa, tidianïa et indépendants. Jadis tous étaient qadrïa, de l'obédience Kounta et surtout de sa filiale Sidïa; ils ne sont plus que 25 aujourd'hui et comptent deux moqaddem. La propagande et les succès d'Al-Hadj Omar mirent en honneur le Tidianisme et il est resté tel ; mais les indigènes, ici comme en plusieurs points, ne veulent pas toujours avouer leur affiliation, car ils ont conscience delà mauvaise réputation que la turbulence de cette confrérie leur a value auprès de nous. Les Tidianïa avoués sont au nombre d'une cinquantaine; ils comptent trois moqaddem. Cinquante autres environ se déclarent musulmans sans affiliation. Celle-ci d'ailleurs n'a, ici comme ailleurs, qu'une importance secondaire : c'est une simple étiquette qu'on se passe de père en
iîls, à moins que les circonstances du moment n'incitent à un changement.
Ici la libération des captifs qui, en certains points, à amené une régression de l'Islam, a produit les effets contraires. Elle a provoqué un rapprochement entre islamisés et fétichistes, également victimes de la situation nouvelle. Ils ont cru trouver dans l'exode un remède à leurs maux, et quatre villages : Haourou, Haïté, Sénénaty et Séléfîlé tentèrent de passer dans le Guidimaka maure, où on ne touchait pas à l'armature du passé. La chose leur fut interdite d'ailleurs.
B. — Le groupement de Fodé Ismaïla, de Koussané. — Fodé Ismaïla Tounkara est né vers 1862, à Yorouma, près d'Aéré (Podor). Son père, Bou Bakar Tounkara, appartenait à la famille sarakollé, originaire de Gakoura (Guidimaka), dans laquelle on comptait des marabouts depuis plusieurs générations. A l'arrivée d'Al-Hadj Omar, Bou Bakar quitta le Guidimaka et vint s'établir à Yorouma, où devait naître son fils Ismaïla. Marabout et guerrier, il fut un des bons lieutenants du conquérant.
Fodé Ismaïla fit ses études islamiques auprès des marabouts locaux et, vers 1887, vint ouvrir une école coranique à Somankidy. L'endroit ne lui parut pas propice, et après une nouvelle tentative à Kersignané, il finit par s'établir à Koussané, dans le Guidimaka de Kayes. Koussané, dernier village soninké au N.-E. du Guidimaka, est d'un accès difficile, quand on vient du Sud : une chaîne de petites montagnes, très escarpées, forme une série de barrières pénibles à franchir. Cet emplacement était particulièrement favorable aux visées du marabout.
Adonné au mysticisme, déclarant ouvertement qu'il était en communication avec le Prophète, se livrant à toutes sortes de pratiques de sorcellerie et de magie, il eut rapidement un succès considérable. Il construisit uhe zaouïa
fortifiée à Koussané, reçut de nombreux dons, accrut sa clientèle des gens les plus divers : marabouts errants, aventuriers en quête de pillages, etc. Il se prépara un rôle politique, qu'il entendait jouer, par de petites tournées de propagande, supérieurement montées et équipées, qui frappaient fortement l'esprit des noirs. En 1904, il parcourut, pendant plusieurs semaines et à la tète d'un peloton de cavaliers, qui s'accrut de canton en canton, la plus grande partie du cercle de Bafoulabé. On le contraignit, non sans peine, de rentrer chez lui sans incident.
P'odé Ismaïla continua sa propagande politique et religieuse pendant plusieurs années. Elle devait aboutir à une sorte d'effervescence antifrançaise, qui agita plusieurs mois la région de Kayes.
Il venait de rentrer, au début de 191 1, et, pour la deuxième fois, d'un voyage à la Mecque. A peine était-il débarqué à Dakar, que le bruit se répandait quMl arrivait porteur des instructions du chef de l'Islam. Remontant le Sénégal en chaland, il s'arrêtait dans les grands villages, se faisait connaître, répandait ses bénédictions. Il s'arrêta à Diawera et y prépara une importante conférence de marabouts, qui se réunit en ce point quelques mois plus tard et mit le comble à l'agitation. Dans le cercle de Kayes, son voyage fut un véritable triomphe. Son arrivée avait été annoncée dans tout le Guidimaka : partout les populations se portaient en masse sur son passage et se disputaient la faveur de baiser ses mains, ses sandales ou le pan de son boubou. Son active prédication religieuse se mêlait d'habiles considérations sociales et religieuses. A Diougountoura, il traitait la question des captifs et disait que le moment d'agir n'était pas encore venu, mais qu'un marabout, vivant dans le Sud, ferait un miracle et qu'il faudrait alors se lever en masse et reprendre les captifs. Il annonçait en même temps que le règne de l'Islam commençait, ce qui signifiait évidemment que celui des Français allait finir.
En divers points : Soutoukonté, Makana, les indigènes, surexcités par ces propos, s'agitent, insultent et frappent les chefs, les gardes-cercle. De Koussané, Fodé dirigeait fort habilement sa campagne : il envoyait partout des émissaires qui exaltaient ses vertus et la puissance de son intercession : ils déclaraient qu'il possédait un chapelet, ayant appartenu à Mahomet, un fusil qui partait tout seul ; ils ajoutaient que, comme envoyé de Dieu, ses pouvoirs étaient plus grands que ceux d'Al-Hadj Omar. Pour le bien démontrer, Fodé n'hésita pas à changer le formulaire des prières, laissé par le conquérant toucouleur : nul ne protesta et de nombreux talibés abandonnèrent leurs anciens maîtres pour suivre son enseignement. Considéré comme un ouali, il annonçait des pluies bienfaisantes, donnait des renseignements sur la vie future et la place marquée à chacun dans le Paradis, récitait des vers arabes tendancieux, où le courage des musulmans était exalté, et où il était dit que les fusils ne sont rien et que l'arme du vrai croyant est le sabre. Il annonçait enfin l'arrivée imminente du Mahdi.
L'enthousiasme est tel que de tous les points de la région des cavaliers viennent, sollicitent sa bénédiction, demandent ses ordres. Le trouble est général.
Il était temps d'intervenir, si on ne voulait pas assister dans cette terre classique des insurrections religieuses à une réédition de l'aventure de Alamadou Lamin. Fodé Ismaïla fut arrêté, conduit à Kayes et emprisonné. On ne manqua pas de dire d'ailleurs de toute part qu'il subissait cette détention de son .plein gré, car ses pouvoirs divins lui permettaient, s'il le voulait, de recouvrer miraculeusement la liberté.
Un arrêté du Gouverneur Général, en date du 3o septembre 191 1, condamnait à lo ans d'internement, à subir à Daloa (Côte d'Ivoire), Fodé Ismaïla, et avec lui pour cinq ans, Yassa Bathili (ou Bakili) fils de l'ancien chef de
3o ÉTUDES SUR l'iSLAM ET LES TRIBUS DU SOUDAN
Kaméra et de Goumba et signalé plus haut, qui avait ameuté la population de Tamboukané contre des gardescercle en mission, et qui, comme agent de Fodé, annonçait la prochaine expulsion des Français.
L'agitation dura encore quelque temps après le départ du marabout et de son acolyte. Plusieurs de ses disciples réussirent à constituer au village de Koussané un foyer de fanatisme et de propagande. Ils poursuivaient l'œuvre du maître et annonçaient son retour prochain. Un marabout de Goumbou envoyait, à cette date, un beau cheval bai, à quatre balzanes, qui devaient se changer en ailes pour emporter Ismaïla hors de sa prison. Neuf d'entre les talibés étrangers au pays reçurent l'ordre de gagner leurs villages d'origine. Appuyés sur le chef de village, Sali Bambi Dabira, et sur les trois frères de Fodé, Ousman Tounkara, Saloum Tounkara et Fode Niouma, ils refusaient d'obéir.
Il fallut envoyer une petite force de police pour démolir le mur qui entourait le tata-zaouïa de Fodé, arrêter les principaux meneurs, saisir tous les fusils, et détruireainsi ce foyer d'intrigues de Koussané. On y trouva d'ailleurs un mobilier européen, des services de verrerie, de nombreuses provisions, etc., ce qui démontra que l'argent affluait. On y saisit même le sabre que la piété de ses fidèles réservait à Fodé Ismaïla, pour le jour où il chasserait les infidèles.
Des peines disciplinaires furent infligées à certains d'entre eux: pour les autres, ils furent tous renvoyés dans leurs villages d'origine. Les principaux sont Ousman Sylla et Modi Drame, de Kiba fBamako) ; Ousman Konaté, de Sansanding (Ségou) ; Modi Moussa Sissoko, de Tomara; et Guido Ala, de Soroma(Bafoulabé) : Ouagui Sako, deDiougaga (Nioro) ; Demba Soumaré, de Kabou (Bakel) ; Issa Cissé, de Soumandou (Sélibaby) ; Bakar Silla, deGouméra (Kayes).
Fodé Ismaïla subit sa peine à l'heure actuelle, à Daloa.
LA RÉGION DE KAYES 3l
Son compagnon d'infortune, Yassa Bakili, est rentré chez lui, comme on Ta vu. Les trois frères de Fodé : Ousman, Saloum, ex-conducteur à Madagascar, et Fodé Niouma, qui, en 191 1, accompagna Fodé à Dakar, et son fils Mamadou, sont tous à Koussané et y mènent une vie calme. Un autre de ses frères, Fodé Bouna Tounkara, élève et disciple d'Ibrahim Ndiaye, parti à la Mecque en 1909 n'en est revenu qu'en 191 5.
Fodé Ismaïla a laissé de nombreux enfants à Koussané : Mamadou, l'aîné, né vers 1892, jeune homme intelligent et ouvert ; Bakari, né vers 1898; Tidiani, né vers 1900; Bachir, né vers 1903 ; Adama, né vers 191 1 . Ces enfants ont tous abandonné Técole coranique depuis le départ de leur père.
De ses deux filles, Taînée, Halimatou, est mariée à un de ses talibés, Ousman Silla, de Banamba; l'autre, Aminatou, est encore une enfant.
Fodé Ismaïla est Tidiani et moqaddem de cette Voie. Il a reçu l'ouird et les pouvoirs de Cheikh de Sékou Diamou Tandigora (Bakel), qui s'était aussi signalé par son esprit frondeur, Sékou Diamou était un disciple direct du fameux agitateur sarakollé Mamadou Lamin.
Fodé a donné Touird à la plupart de ses frères et parents. Outre ceux-ci et outre les talibés déjà nommés, les principaux de ses disciples sont :
a) Fodé Sidi Koïta, né vers 1842, à Yougoutnourou (Sélibaby). Il fit ses études chez Fodé Aboudou Doukouré à Diawara (Bakel), reçut l'ouird tidiani de Youssouf Diagana à Kaédi, puis fut consacré moqaddem avec faculté de donner quarante ouird. Après un séjour à Tafacirga (Kaméra), il vint se fixer à Sirimoulou, où il est toujours.
En 1910, désireux de s'acquérir les mérites du pèlerinage, mais ne voulant pas partir à cause de la faiblesse de sa vue, il envoya à la Mecque, en ses lieu et place, son élève
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préféré et gendre, Bakari SoumaréBou Daouda, qui accompagna Fodé Ismaïla. Bakari rapporta à son maître le titre de liadj, dont celui-ci se pare maintenant.
Fodé Sidi Koïta fut le meilleur ami et le confident de Fodé Ismaïla, il lui donna l'argent nécessaire pour faire son premier voyage à la Mecque (1908). Lorsque ce dernier fut revenu à Koussané, Sidi Koïta y vint, tous les vendredis, pour faire la prière à la mosquée construite par Ismaïla. En novembre igiS, alors qu'on attendait l'arrivée de celui-ci, Sidi Koïta parcourut le Guidimaka accompagné de 5o talibés, chauffant l'enthousiasme des croyants, donnant des nouvelles imaginaires du pèlerin, annonçant les grandes choses qu'il était destiné à accomplir, et notamment la conversion ou la mise à mort des infidèles. Quand l'échec de la mission divine de Fodé fut avéré, Sidi Koïta fit faire, un certain temps encore, des oraisons noctures, le lundi et le vendredi, pour sa délivrance, puis, pris de peur, se retira prudemment. Il confia ses talibés à son fils Fodé Bambi, pour écarter tout soupçon, et vécut dans la retraite à Giougountourou (Sélibaby). Fodé Bambi, à moitié rassuré lui-même, alla s'installer avec ses gens à Leya, à 100 kilomètres de Sirimoulou.
Vieux et presque aveugle, Sidi Koïta, revenu depuis 1914 a Sirimoulou, ne cause plus d'inquiétude,
Un de ses disciples, Hammadi Diallo, de Diakou, se flattait par des jeûnes et des œuvres de pénitence de faire revenir Ismaïla. Aussi Sidi Koïta lui donna-t-il sa fille en mariage.
b) Fodé Ali Kamara, de Teychibé. Ce marabout vivait constamment à Koussané, dans l'entourage d'Ismaïla. Il lui donna un superbe cheval blanc, destiné à être sa monture le jour où il déclarerait la guerre sainte. Il disparut de Koussanné lors de l'arrestation de Fodé Ismaïla et n'y a plus reparu;
c) Mamadou Ndiaye da Koumaréfara, qui accompagna
en igio jusqu'à Dakar, Fodé Ismaïla partant en pèlerinage, et actuellement commerçant ;
d) Dia Samba Kamara, de Koli-Nioro;
e) Les frères Bari et Gali Poukouré de Tambakara (Yélimané) ;
/) Abdoulaye Alfa Allô, du Batama, chez qui trente fusils furent saisis, et qui à la suite de ses intelligences avec Fodé Ismaïla, fut emprisonné deux mois à Kayes ;
g) Plusieurs Cissé de Ndiaw (Guidimaka de Sélibaby), chez qui l'on a trouvé la même hostilité que dans les marabouts de Kayes ;
h) Mamadou Dio,Toucouleurvenu de s'installer à Koniakary, où de nombreux talibés, provenant du Sénégal, le rejoignirent, et qui fut mis en résidence obligatoire à Kifîa, alors que ses talibés étaient renvoyés dans leurs villages d'origine. Ce Mamadou Diop n'était pas, à proprement parler, affilié au groupement de Fodé, qui fut uniquement soninké, mais il entretenait avec lui les meilleures relations et s'apprêtait à marcher à ses côtés.
G. — Le groupement d'Ibrahima Ndiaye de Somankidy. — Ibrahima Ndiayé, dit aussi Boubou Ndiaye, est d'origine ouolofe. Fils de Fodé Samba Ndiaye, marabout de renom qui venait de Moudéri (Bakel) vers 1860, et de Binta Taraoré, il est né vers 1866, à Somankidy, et appartient à une famille riche et influente.
Comme aîné de la famille, Ibrahima a succédé à son père. Il a cinq frères :
Mamadou Ndiaye, qui vit à Dindinaye, village de culture de Somankidy, et est en relations peu cordiales avec son frère.
Adama Ndiaye, qui habite avec Ibrahima et est son premier vicaire. Il est surtout employé par celui-ci pour les tournées d'aumône, et entre temps consacre la réputation du chef de famille, en célébrantses miracles, ses vertus, sa