‹ Études sur l'Islam et les tribus du Soudan (volume 2)Chapitre 11 sur 75 · IV · texte numérisé non relu

IV

sainteté. Il mérite une surveillance particulière, car il est agent très actif, qui ne recule devant aucun moyen pour arriver à ses fins de prosélytisme ou d'extorsion de cadeaux.

Mamadou Bintou Ndiaye et Diagui Ndiaye sont à la Mecque. Diagui qui en était venu une première fois en 1908, n'ayant pu s'entendre avec Ibrahima, y est reparti, en suivant la route du Niger, du Haoussa, du Tchad, du Ouadaï. Quant à Mamadou Bintou, il était dans la boucle, à la recherche d'une position sociale, quand il fut trouvé fâcheusement au milieu des révoltés de Dédougou, en mai 1915, et eut toutes les peines du monde de s'en sortir.

Yékounda Ndiaye, actuellement au Congo. Il partit de Somankidy pour la Mecque, vers igoS, mais s'arrêta en route et finalement alla s'échouer au Congo.

Intelligent, ambitieux, moqaddem qadri, ancien cadi au nom des Français d'un des cinq districts de Guidimaka^ Ibrahima Ndiaye peut en outre compter parmi les marabouts les plus instruits du cercle. Il est, d'autre part, en relations suivies avec les Cheikhs notoires de la région. Son école coranique a en permanence une quarantaine d'enfants, et une dizaine de jeunes gens suivent des cours plus élevés. Ibrahima est actuellement le marabout le plus connu du Guidimaka. Alors que les autres cadis qui, pendant un certain temps, rendaient la justice dans la province, s'abstenaient de s'immiscer dans les litiges, Ibrahima continuait à attirer à lui les causes tant des musulmans que des féti-. chistes. Il se constituait ainsi une source importante de revenus, condamnant les parties à de fortes amendes, et prétendant s'appuyer sur le Coran.

Sa réputation de science couvre ses exactions. Il a d'ailleurs été servi dans cette voie par l'ex-interprète Alassane Bodyé qui renvoyait devant la juridiction d'Ibrahima les plaignants du Guidimaka, qui se présentaient devant le Tribunal de province de Kayes.

Voyant sa popularité grandir, Ibrahima Ndiaye a peutêtre caressé le même rêve que le marabout de Koussané, Ismaïla. L'on a rapporté, en 19 1 1, les paroles d'un marabout de Demba Diara, Almamy Kamara, qui, parlant d'Ibrahima, demandait s'il allait être arrêté comme Ismaïla, tous deux suivant la même voie.

Un fait caractéristique se produisit en juin 191 1. Ibrahima avait entrepris la construction, à Somankidy, d'une grande mosquée du vendredi, semblable à celle édifiée par Ismaïla à Koussané. A la mosquée de Kayes, le vendredi, par l'organe du muezzin Bougou, il faisait appel à la générosité des fidèles pour achever sa construction. Dès qu'il apprit l'arrestation d'Ismaïla, il renvoya les maçons, alors que la mosquée était sur le point d'être achevée. Il en ferma les portes et licencia prudemment une partie de ses talibés; Ton ne vit plus à Kayes son frère Adama, qui y était continuellement.

Le chef et les notables du village, qui depuis longtem.ps ont eu à subir les exactions d'Ibrahima et ses réquisitions en hommes (pour construire la mosquée) et en aliments (pour nourrir ses nombreux talibés) vivaient en très mauvais termes avec lui. Il agissait en maître dans le village. Aussi les notables ne cachaient pas qu'ils verraient avec plaisir l'éloignement d'Ibrahima. Cependant, ce dernier, depuis l'arrestation d'Ismaïla, a modifié vis-à-vis d'eux sa manière de faire, craignant sans doute les plaintes et son expulsion du village.

La mosquée, endommagée par les pluies d'hivernage, n'a pas été réparée. Lui-même est venu demander au cercle l'autorisation de se servir des briques pour sa concession.

Ibrahima, surveillé par nombre de notables hostiles de son village, adopte une attitude beaucoup plus réservée. Il a un certain nombre de talibés, dont le propre frère d'Ismaïla Tounkara.

D. — A utres groupements notoires. — Les autres groupe ments islamisés du Guidimaka ne sont pas très nombreux, mais présentent une certaine importance par la quantité, sinon parla notoriété, de leurs marabouts ; on y trouve, en effet, une poussière de petits maîtres d'école, qui n'ont guère plus de 2 à 3 élèves, souvent pas du tout, et qui n'ont aucune science, mais qui se réclament haut et fort de l'Islam.

On peut donc citer, en dehors de Somankidy et de Koussané, où d'ailleurs Ibrahima Ndiaye et Fodé Ismaïla ne sont pas les seuls Cheikhs locaux : Boutinguissi avec trois écoles et un total de 8 élèves; Teychibé avec huit écoles et vingt élèves; le maître le plus notoire est Fodé Demba qui a cinq élèves; Souina qui avec ses deux quartiers sarakollé et toucouleur compte une dizaine de marabouts, dont seuls les quatre Foutanké font l'école à une dizaine d'enfants. Nahaliy où une seule personnalité énergique, le vieil almamy Baba Silla, personnage très considéré, est à citer. Son fils, Gaye Silla, dirige son école actuellement. Tichii- Afnbidedi, qui a cinq marabouts, six élèves, et dont l'almamy est Samba Galle Cissé; Orégriva qui, avec ses deux quartiers soninké et toucouleur, comprend trois écoles et 7 à 8 élèves. Oumara Maham Sow^, torodo, est le plus respecté de ces personnages et passe pour être relativement lettré. Haourou^ qui a quatre marabouts et six élèves. Sareyro qui a cinq marabouts et six élèves. Sénénaty, centre relativement important avec ses sept écoles et ses 40 élèves. Deux personnalités méritent une mention : Fodé Daba Diogana, né vers 1860 à Bakel, instruit et considéré, ex-cadi des premiers temps de notre domination. Son école varie entre i5 et 3o élèves. Makan Drame, né vers 1870, qui passait pour être un moqaddem tidiani. BakhorOy où la personnalité de Chékou Silla, né vers 1840, efface tous ses congénères. Il est fils d'Al-Hadji Maka Silla, cadi du Guidimaka sous Ahmadou Chékou, et a hérité de son père

une petite bibliothèque d'une vingtaine de volumes, qui passe pour être la mieux fournie de la province. C'est un homme respecté. Gagny, Tichi et Komarefara sont des centres sans rayonnement, malgré la présence de 4 à 6 marabouts dans chacun d'eux. Un seul nom, celui de Malik Kane, mérite une mention, moins par l'importance de l'homme que par ses pratiques charlatanesques. lia épousé Madina Tal, fille de Hachmiou Tal, fils d'Al-Hadj Omar et réfugié à Médine (Arabie) avec les derniers Toucouleurs irréductibles. Il cherche à vivre de cette parenté respectée, et est perpétuellement l'objet de réclamations qui lui ont valu plusieurs petites condamnations. Oh conçoit qu'il ne se flatte pas d'être notre ami, et il le dit. Sirimoulou s'est rattaché pendant plusieurs années, par le prosélytisme de Fodé Sidi Koïta, le disciple susnommé de Fodé Ismaïla, au groupement de Koussané. Goumera a six marabouts, dont un seul nom émerge, Fodé Mamadou Bradyi, né vers i85o, ancien cadi, et qui avait une école florissante de 40 à 5o élèves : elle tombait à 20 pendant l'hivernage. C'était un personnage lettré et sympathique; d'esprit ouvert, il avait toujours montré de la bonne volonté. Il est mort en 1915 et a été remplacé par son fils Abdoulaye Bradyi. Cette famille se rattache au .Qaderisme Kounta par Chékou Doukouré, célèbre moqaddem qadri de Gagny. Enfin Kersignanéy dont les deux quartiers peul et toucouleur comprennent cinq marabouts et une douzaine d'écoliers.

A Koussané, en dehors de la zaouïade Fodé Ismaïla, trois personnalités méritent une mention : — a) Fodé Sékou Saramoulou, né vers i858, fils de Wagui, surtout cultivateur et grand producteur de mil. Son école n'estguère florissante, encore qu'il ait été à la Mecque en 1910- 191 1. C'est un homme pondéré et paisible. — b) Fodé Diabi Tounkara, maître d'école actuellement le plus notoire de Koussané, moqaddem qadri et ancien cadi au nom des Français. — c) Fodé Bouna Tounkara, frère d'Ismaïla. Né, vers i865, à Khabou

(Guidimaka maure), il est parti à la Mecque par la voie de terre en 1909 et n'en est revenu qu'en 191 5. Cette longue absence lui a permis de rester complètement en dehors des aventures de son frère. C'est un bon lettré.

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