VIII. — Mosquées et écoles coraniques
Chaque village islamisé, digne de ce nom, possède une mosquée, mais c'est le plus souvent par tradition ou par respect humain. Les temples sont, en effet, fort peu fréquentés, même le vendredi, et fort mal entretenus. Dans la plupart des villages, ils tombent en ruines.
Il y a trois sortes de mosquées:
1° La bâtisse, de fabrication simili-européenne, grande maison de briques, de pierres et de tuiles, élevée par quelque maçon ouolof ou toucouleur, élève de nos artisans : De ce modèle sont les mosquées de Kayes, de Médine, dd Koniakary, de Diallané et de quelques grands villages. C'est généralement la piété des traitants qui en a fait les frais, et elles servent de mosquées-diouma pour toutes les bourgades de la province.
2° Les mosquées proprement indigènes et qui comprennent une grande case carrée en banco, ou une baraque en planches, précédée d'une grande cour, entourée d'une palissade. On en compte environ i5o ou 200 dans le cercle. Il serait fastidieux d'en donner la liste ici ; il suffira d'ailleurs de se reporter aux chapitres précédents, où sont énumérés les principaux centres islamisés des provinces. Chacun de ces centres possède une mosquée de cette sorte. Quand l'agglomération comprend plusieurs villages, d'origine ethnique différente, chaque village a sa mosquée, mais c'est généralement chez les Toucouleurs, plus fidèles adeptes de l'Islam, que se trouve la diouma, ou mosquée du vendredi ;
Kayes.
La Mosquée.
Kayes.
La Mosquée et le Muezzin.
LA RÉGION DE KAYES Sq
S** Le simple maqam ou lieu de prière, petit emplacement carré ou circulaire, entouré de piquets ou de cailloux ou d'une palissade de séco. On le trouve dans tous les villages trop humbles pour avoir une construction, dans les hameaux, même devant la case de particuliers. Ces maqam sont très nombreux. Quand ils sont à l'usage d'oratoires privés, le maître et ses enfants y pénètrent. Quand ils sont temples publics, seul l'imam y prend place, les fidèles se tenant à l'extérieur, derrière Timam.
Autant que lieu de prière, la mosquée ou plutôt la cour de la mosquée est lieu de réunion pour les notables du village qui viennent causer de leurs affaires à Tombre des doubalel.
Quelquefois une case s'élève à côté de la mosquée pour réunir les fidèles les jours de tornade ou pour les récitations pieuses surérogatoires.
Pour les mosquées proprement indigènes, l'almamy est généralement le marabout qui a élevé l'édifice ou ses descendants. Quand deux marabouts rivaux se partagent un village, chacun a sa mosquée et y dirige la prière, assisté de ses partisans et talibé.
Seules, ces mosquées et les mosquées de style européen ont un muezzin. Et encore la règle n'est-elle pas générale; beaucoup de mosquées indigènes — le fait est curieux à constater — n'ont pas de muezzin : les fidèles se réunissent approximativement à l'heure de la prière, et c'est l'arrivée de l'almamy qui en donne le signal.
Les maqam, privés ou publics, n'ont évidemment pas de muezzin.
Chacun des villages précités s'orne, en général, de plusieurs écoles coraniques qui, comme on l'a vu, ne comprennent guère que de 2 à 4 élèves. Ce petit nombre d'élèves, généralisé dans tout le cercle, est la caractéristique la plus curieuse de l'enseignement coranique dans la région. Pour un total de 400 écoles environ que donnent les statistiques,
on n'a qu'un total de i.3oo élèves, ce qui ramène le chiffre moyen de la clientèle à un peu plus de trois. Si on retranche du nombre total des élèves ceux qui peuplent les quatre ou cinq grandes écoles du cercle (Fodé Sidi Koïta, à Sirimoulou ; Fodé DabaDiagana,àSénénaty; Ibrahima Ndiaye à Somankidy ; Fodé Diédié Daramé à Dialoné ; Alfa Diallo, à Koniakary) on a alors la vraie moyenne, de 2 à 3 élèves,
La statistique des écoles et élèves du cercle de Kayes s'établit ainsi :
Kayes et banlieue : 40 écoles et 200 élèves ;
Médine-ville : une douzaine d'écoles et une centaine d'élèves ;
La banlieuede Médine : une quinzaine d'écoles etyô élèves.
Le Kaméra : 65 écoles, 200 élèves ;
Le Séro : une demi-douzaine d'écoles, dont la plupart sont sans enfants, et 12 élèves ;
Le Diombokho , 200 écoles, 4 a 5oo élèves;
Le Guidimakha : 70 écoles, et 25o élèves.
Le nombre des élèves, sinon le nombre des écoles, tend à diminuer, semble-t-il, et c'est ce qui explique le faible effectif de chaque école. Ici, comme ailleurs, la suppression de la captivité et la libération de nombre d'esclaves à contraint beaucoup de gens à mettre eux-mêmes la main à la terre et à se faire aider par leurs enfants. Il a donc fallu interrompre leurs études et les retirer de chez les karamoko.
Quand il est à l'école, d'ailleurs, Tenfant doit travailler de la même manière au lougan de son maître. C'est généralement la seule rétribution qu'il apporte. Les talibés qui sont à demeure chez leurs maîtres, les internes en quelque sorte, doivent en outre quérir, tous les jours, leur nourriture. C'est une véritable charge qui pèse sur les notables du village, et quand l'école est importante, comme ils ne peuvent s'y soustraire, ils prennent en horreur le marabout et ses gens. C'est ce qui explique qu'on ait pu faire
deux ou trois exécutions de karamoko renommés, sans soulever d'émotion, et même en s'attirant les félicitations des notables du village. Une fois par an, après l'hivernage, les talibés vont faire une tournée d'aumônes dans tous les villages du canton, en invoquant la baraka de leur marabout. Cette baraka, plus ou moins renommée, leur vaut des cadeaux en nombre proportionnel.
Il est à peine besoin déparier de la nature et de la valeur de l'enseignement. Il porte sur les quelques sourates accessibles du Coran et sur le déchiffrage pénible des lettres arabes. Tout au plus, rencontre-t-on un souci d'enseignement de lecture et d'écriture, et quelques éléments de droit, de grammaire et de catéchisme supérieur dans 4 ou 5 écoles du cercle (Kayes, Médine, Koniakary, Diallané, Sirimoulou, Semankidy).