CHAPITRE PREMIER L'ISLAM SOMONO
La région de Ségou n'a subi que fort peu l'empreinte de rislam. L'élément ethnique local, les Bambara, en sont restés à peu près indemnes. Seuls les pêcheurs somono et quelques commerçants et cultivateurs marka, établis depuis plusieurs générations dans la région, pratiquent-ils avec assez de zèle la religion du Prophète.
Cette islamisation provient de deux origines : d'abord une action de prédication qadrïa de la part des Kounta, missionnaires du Cheikh Sidi Al-Mokhtar Al-Kabir, décédé en 1 8 1 1 , de son fils Cheikh Sidi Mohammed et de son petitfils Sidi Mokhtar Sarir; puis des Télamides qu'ils laissèrent le long du fleuve, particulièrement chez les Peul du Macina. Parmi ces missionnaires kounta, il faut citer Sidïa ben Mokhtar ben Al-Hiba, qui joua un rôle important. Ensuite, l'invasion toucouleure, qui, vers 1860, s'installe à Ségou même, renverse les dynasties traditionnelles et exige la conversion des infidèles à l'Islam et au Tidianisme. C'est sous ces deux bannières, qadrïa des Kounta, et tidianïa
d'Al-Hadj Omar, que se rangent aujourd'hui les islamisés de Ségou.
Les Somono, en qui on s'accorde à voir une caste de pêcheurs et de bateliers, et non une race proprement dite comme les Bono, mais qui avec le temps a fini par constituer une véritable unité ethnique, vivaient sous la domination bambara qui les tenaient divisés en petits villages échelonnés le long du fleuve, chaque province bambara ayant son lot correspondant de Somono. Malgré cet état d'extrême dispersion politique qui faisait que les Somono n'avaient que fort peu de relations entre eux, le Niger, chemin qui marche, était une artère centrale trop commode pour ne pas mettre en relations ces navigateurs du fleuve, et c'est ainsi et dans leurs pirogues, que les premières notions de l'Islam arrivèrent dans le pays banmana, comme jadis le Christianisme naissant avait emprunté les grandes et belles routes de l'Empire romain pour se diff"user dans toutes les provinces.
Ici, l'islamisation n'a pas encore eu le temps de se produire dans le peuple bambara, il est probable que par suite de notre présence, elle ne se fera plus désormais car nous sommes, même inconsciemment, un terrain de résistance et un point d'appui pour les Bambara.
Mais la communauté somono, dont les divers groupements fleurissent de Diafarabé à Koulikoro, est toujours pleine de foi et pratique, sans zèle de propagande d'ailleurs, mais avec assez de régularité, les obligations légales de l'Islam.
On va voir ci-dessous les principales familles ou personnalités maraboutiques somono, d*abord qadrïa, ensuite tidianïa, des régions de Ségou, de Sansanding et de Koulikoro. On n'oubliera pas, pour que cette étude de l'Islam somono soit complète, que les quelques personnalités somono, dispersées plus au nord, le long du fleuve et des marigots du Macina, ont été vues dans un autre mémoire.
l'islam en pays bambara 49
L — Cercle de Ségou.
A. — Les Qadrïa.
Les Tiéro. — Ceît« famille somono fait remonter son islamisation à quatre générations. Ce fut Mamoudou qui, le premier, au début du dix-neuvième siècle, se convertit et devint marabout. Son fils Mamadou Tiéro suivit cette voie : il fit bon accueil aux Français et les aida à traverser le Nig^r quand ils se présentèrent devant Ségou.
A sa mort, il a été remplacé, comme chef de la famille, par Moulay Tiéro, Né vers i853, Moulay est aujourd'hui almamy du quartier Tiérola à Ségou. C'est un homme assez intelligent et instruit, très soumis, qui enseigne le Coran à une douzaine d'élèves dont la plupart suivent aussi Técole française.
Il a reçu l'affiliation qadrïa et le titre de moqaddem d'un pouUo, installé à Ségou : Modibbo Hamadou. Parson frère Mamadou Abdoullahi, ce Modibbo se rattachait à l'école du Cheikh Sidi Al-Mokhtar Sarir, fils du Cheikh Sidi Mohammed, le Kounti.
Moulay Tiéro a plusieurs fils". Ahmadou, né vers 1880, et dont ci-après la notice; Moustafa, né vers i885 ; Chékou, né vers 1900; et un certain nombre de disciples dans les villages qui constituent ou environnent Ségou. Le plus notoire est le maître d'école Brahima Kané, de Sékoura Somono.
A hmadou Tiéro, fils de Moulay, est né vers 1880 et habite le quartier de Kasséla. C'est un jeune marabout instruit et ouvert qui fait la classe coranique à 25 élèves, dont 16 vont à l'école française. Il n'a pas encore réussi, à s'imposer, mais il est déjà l'imam de la grande mosquée de Ségou.
Abdoulaye Tiéro, neveu de Moulaye Tiéro, est le chef,des