‹ Études sur l'Islam et les tribus du Soudan (volume 2)Chapitre 15 sur 75 · IV. é · texte numérisé non relu

IV. é

Somono de Ségou; il est aussi qadri, mais d'une autre école. Il a reçu l'ouird de Marna Konaté, Marka de Fia (Bandiagara) qu'il rencontra à Tombouctou. Celui-ci relevait d'Alfa Bakari Karabinta qui, à vrai dire, était un des tenants du Tidianisrne omari à Dia. En bon Somono, Abdoulaye Tiéro ne sait pas dans quelles conditions la substitution s'est opérée en cours de route, et ne s'en préoccupe d'ailleurs pas.

Baba Sosso, d'origine marka, mais nationalisé somono, est sans doute le marabout le plus instruit du cercle. Né vers 1872, il est fils de Karamoko Sosso, qui vint de Sansanding s'installer à Ségou, lors de l'occupation de cette ville par Al-Hadj Omar.

Baba a reçu l'ouird d'un marabout marka de Dia, venu à Ségou en tournée de quêtes, Abou Bakar Diane, qui était le disciple de Cheikh Sidïa Al-Kabir, qui comme on le sait, se rattache aux Kounta. Il a été consacré moqaddem par un représentant des Fadelïa : Abbas ben Cheikh Al- Hadrami ben Mohammed Fadel.

Ses connaissances arabes, sa petite bibliothèque lui ont attiré la considération des Somono de Ségou, qui voient en lui leur savant national. Il dirige une école coranique de i5 élèves, dont 6 suivent l'école française. Il professe aussi un cours de droit avec la Rissalay et la Tohfa, et un cours de théologie avec la Qacida de Djazaïri.

C'est un homme sympathique quoiqu'un peu méfiant. Il ne mérite nullement, comme on l'a dit de lui, « d'être surveillé à cause de son fanatisme». Il ne faudrait pas que le succès de l'enseignement d'un Cheikh d'Islam, quelque peu instruit, fût immédiatement pour lui une cause de suspicion. L'attention de l'administration s'exercera plus utilement sur les maraboutaillons ignorants et quêteurs qui parcourent le pays bambara, en colportant les histoires les plus absurdes.

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Baba Sosso a plusieurs disciples : le plus marquant est un Bambara, Amadou ou Menkoro Taraoré, originaire de Sansanding, cultivateur. Il est installé à Markanibougou, et y vend des gris-gris ; c'est un individu peu dangereux.

Les Minta. — Cette famille somonose rattache à l'apostolat du Cheikh Sidi Al-Mokhtar Sarir, déjà cité, dont l'ancêtre Mamoudou Minta était le disciple. Après lui, l'ouird passa chez les Dembélé avec Al-Gassimi Dembélé, puis revint chez les Minta avec Lassana, fils de Mamoudou.

Ce Lassana aurait fait le voyage de Tombouctou, comme son père, paraît-il, pour s'instruire quelque temps à la source même des Kounta.

Sidi Mamadou lui succéda et fut sans éclat.

Ses deux fils Baba Minta et Bina Minta, le deuxième,, moniteur de son frère, dirigent à Ségou-Somono une école de plus de 20 élèves, y professent à 3 élèves un petit cours de Rissala et de Lakhdari, et entre temps exercent le métier de pêcheurs.

Ils paraissent tous dévoués à notre cause.

Mamadou Fofana est d'origine marka; il est né vers 1880; il se rattache au Qaderisme Kounta par son père Mamadou et son grand-père Ba Bakar qui était le disciple de Cheikh Mokhtar Sarir.

Son père, Mamadou Fofana, mort vers 1902, fut almamy de la mosquée de Ségou-Koro.

Amadou, cultivateur et tailleur, tient en outre une petite école de 6 élèves. Il n'a aucune valeur intellectuelle, mais se singularise aux yeux des indigènes par de prétendues crises de folie religieuse. On le considère comme un simple.

Les Dembélé. — On a vu plus haut qu'un Kassoum Dembélé recueillit l'ouird qadri d'un des disciples du Cheikh Mokhtar Sarir, Mamoudou Minta, et que Kassoum, le

marabout en renom de son temps, à Ségou,le passa à Lassana Menta.

Karamoko Dembélé, fils de Maga, fils de Kassoum Dembélé, Ta reçu de Lassana Minta. Né vers 1843, il est mort en 1912, après avoir enseigné toute sa vie le Coran à une quinzaine d'élèves.

Ses enfants n'ont pas hérité de sa succession spirituelle ; elle est revenue à son neveu Mamadou Dembélé, qui d'ailleurs, n'a pas pris son ouird.

Mamadou Dembélé, fils de Sidigui, est né vers 1876. C'est un maître d'école renommé. Il a reçu Touird tidiani d'Abdour-Rahman, élève du moqaddem tidiani Abdoullahi Dyiré qu'on verra plus loin.

Un autre Abdour-Rahman Dembélé, disciple qadri de Moulaye Tiéro, dirige une petite école de 10 élèves, dont plus de la moitié vont à l'école française. Il est l'imam de la mosquée de Dembéléla

A Kamalé, le marabout notoire est Alilou Dembélé, fils et disciple de Daouda Dembélé, maître d'école et imam de la mosquée.

En dehors de ces familles ou personnalités notoires, il n'y a plus parmi les Qadrïa qu'une poussière de maraboutaillons sans importance, maîtres de petites écoles de 5 à 10 élèves et imam de leurs mosquées. A citer encore parmi les plus notoires : A Bouché, Mahmoudou Sanogo, né vers 1870 et Alamin Taraoré, né vers 1880. A Bayo, Ahmadou Kouma, né vers i85o. A Sama Markalla, Boakari Taraolé, né vers 1862, A Konon, Ibrahima Touré, né vers 1870.

B. — Les Tidianïa.

Le Tidianisme est d'importation récente au Soudan. Il dérive partout de la conquête guerrière, politique et reli-

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gieuse, que les Toucouleurs menèrent de front avec Al-Hadj Omar et ses successeurs.

Les trois sièges de la puissance politique de cesFoutanké : Ségou, Bandiagara et Nioro sont restés, la dynastie omarienne tombée, des foyers religieux importants.

En ce qui concerne Ségou, qui nous occupe actuellement^ la propagande tidianïa a fait un certain nombre de disciples parmi les Somono, pécheurs du fleuve. A côté de ce recrutement locai subsistent encore quelques descendants des anciens maîtres foutanké. C'est par eux qu'il faut commencer.

a) Les FotUanké. — Mountaqa Tal, fils d'Ahmadou Chékou, fils d'Al-Hadj Omar est actuellement le chef de la famille des Tal, résidant en territoire français. Il a bien, en effet, quelques frères aînés, mais ils se réfugièrent, lors de la fuite de leur père, avec lui sur le territoire de la Nigeria.

Il est né, vers 1878, à Ségou ; sa mère était une Bambara : Binta Koulibali. 11 était à Ségou lors de la prise de la ville, mais sa jeunesse ne lui permit pas de prendre part aux hostilités. Par la suite, il se retira avec Lamba Tal auprès de Samory, qui pouvait passer pour le continuateur politique de son père, et fut un de ses plus actifs lieutenants. Pris avec lui, il fut envoyé à Tombouctou, où il resta en résidence obligatoire jusqu'en igoS. A cette date, on lui permit de rentrer à Ségou, où il vit toujours, et d'où il ne peut se déplacer sans autorisation spéciale.

li fait le cultivateur et le maquignon et vit assez péniblement. Intelligent et instruit, il est considéré par tous les indigènes comme fils de chef et jouit d'une grande considération. Mais son influence est nulle, sauf peut-être chez les descendants des sofa de son père.

Sa sœur, Diénabou Oummou, mariée à Mademba, le fama de Sansandin^, est la mère du lieutenant Abd El-Qa-

der Mademba. Celui-ci a épousé à son tour une fille de jVlountaqa Tal : Madina.

Mountaqa a trois enfants mâles : Ahmadou,né vers 1907, Salifou né vers 1909, et Oumarou, né vers 1918.

Il remplit aujourd'hui les fonctions de juge au Tribunal de cercle, à Ségou.

Mountaqa est surtout intéressant comme représentant général du Tidianisme omari au Soudan. Son oncle Aguibou pour le Dinguiraye, et lui-même pour le Ségou, avaient reçu d'Ahmadou Chékou l'investiture du pouvoir suprême. Seuls, ils ont eu le droit de consacrer des moqaddem ayant puissance pour délivrer l'ouird omari. A l'heure actuelle encore, il est considéré par les Tidianïa de la vallée du Niger comme leur grand maître spirituel.

Mountaqa a un frère: Tidiani, né vers 1878, intelligent €t instruit, qui est interprète au cercle de Ségou.

Lamba Ta/, aujourd'hui décédé, neveu d'Al-Hadj Omar, attira l'attention sur lui dans les dernières années du dixneuvième siècle. Sous la domination d'Ahmadou, il se signala par de nombreuses exactions sur les dioula, particulièrement ceux qui venaient des territoires français. Sa qualité de cousin du sultan lui assurait l'impunité. Lors de la prise de Ségou, il s'enfuit chez Samory qui lui donna le commandement d'une bande de sofa, et prit part en cette qualité à différentes opérations d'Ahmadou et de Samory contre nous. Déporté politique à Tombouctou après la capture de Samory, il y resta tranquille jusqu'en 1906, date où il put revenir à Ségou. Intelligent et (actif, quelque peu lettré, il fut utilisé en dernier lieu comme agent politique dans les pays peul et bambara. Il a laissé plusieurs enfants qui vivent autour de Mountaqa.

Omar Ba est actuellement le marabout le plus en vue des Foutanké de Ségou. Son père Abdoul-Kali, originaire du Toro, arriva dans le pays à la suite d'Al-Hadj Omar, il fut cadi de Ségou avec Ahmadou Chékou et finalement

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fusillé à Kayes, pour ses intrigues, par le colonel Klobb.

Omar, né vers 1870, a été dans sa jeunesse chef d'une colonne lancée par Ahmadou contre les Bambara, mais il n'a jamais combattu les Français.

C'est un homme fort intelligent, très instruit, et qui continue la tradition de judicature de sa famille, en exerçant depuis vingt ans les fonctions de cadi, d'assesseur au Tribunal de cercle, de secrétaire, puis de président du tribunal de subdivision.

Respecté et estimé de tous, il compte plusieurs talibés.

Hadi Thiam appartient à une vieille famille maraboutique qui se pique d'une noblesse religieuse, aussi ancienne que celle d'Al-Hadj Omar. Son père, Mamadou Ali Thiam, venu de Ségou avec Al-Hadj Omar, retourna dans le Fouta après la prise de la ville par les Français.

Né à Ségou, vers 1871, Hadi, instruit, intelligent et paraissant dévoué, enseigne le Coran à une trentaine d'enfants fouta nké.

Il déclare qu'il a été fait moqaddem de la Voie tidianïa par une lettre que son père lui écrivit un an avant sa mort. Il ne reconnaît donc aucun autre chef spirituel. Il habite Ségou-Bambara, et y a plusieurs disciples, tels Mamadou Lamin, né vers 1880, maître d'école.

Les Foutanké de Ségou semblent avoir perdu avec leur autorité politique leur ardeur religieuse d'antan. Il y a pourtant de ci de là quelques sursauts de fanatisme. Le dernier en date remonte au 14 juillet 1916. Un illuminé, Moktar Diallo, fils de Mamadou Dyouberoul, se précipita, sur la place publique, sur l'administrateur Battesti, qui visitait les réjouissances organisées en l'honneur de la fête, et le frappa d'un coup de couteau dans la région du cœur en criant : « Mohammed rassoul Allah. » Les assistants indigènes se jetèrent sur l'assassin et malgré le service

d'ordre tentèrent de le lyncher. Leurs coups portèrent^ puisque Moktar Diallo succombait dans la soirée.

Moktar Diallo était un récidiviste. Il était originaire de Ségou ou son père fut, un certain temps, le chef des talibés d'Ahmadou Ghékou. Il avait ouvert à Sansanding une école coranique et présidait au salam d'une des mosquées du village. En igii, pour un motif des plus futiles, alors que rien ne faisait prévoir cet acte, il frappait de deux coups de couteau Ben Daoud Mademba, fils du fama. Ayant réussi à s'enfuir, il s'arma de deux fusils chargés et en menaça ceux qui tentaient de l'arrêter. Condamné pour ce fait à trois ans d'emprisonnement, il s'installa à Ségou, dès sa libération et sollicita vainement l'autorisation d'v ouvrir une école coranique. Il vécut dès lors d'une existence extatique, s'absorbant dans la retraite, le jeûne, les mortifications, les prières prolongées. Le Ramadan survenant, il passa par une crise d'hallucination mystique, qui aboutit à son désir de porter un coup mortel à un chef chrétien. Cet acte de fanatisme, non seulement est resté isolé, mais provoqua l'indignation générale des indigènes musulmans, qui, comme on l'a vu, en firent justice séance tenante.

b) Les Somono. — Les Kané. — Cette famille somono du clan des Kanella estoriginaireduMacina et s'est islamisée, au début du dix-neuvième siècle, avec Labassi Kané. Elle est installée à Ségou-Koro.

Daouda, fils de Labassi, naquit vers i83o. Son frère aîné Bou Kané^ étant chef du groupement, Daouda versa dans le maraboutisme. Il se rallia aux Toucouleurs à leur entrée à Ségou, et son zèle et sa science firent de lui un des marabouts préférés d'Ahmadou, fils d'Al-Hadj Omar. Ce sultan l'employa la plupart du temps dans les affaires somono.

Daouda devait témoigner la même fidélité aux Français. Seul marabout resté à Ségou, lors de leur arrivée, il fut

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choisi par le colonel Archinard comme cadi et par Bodian comme percepteur.

Très iaiiuent et très respecté, il vient de finir ses jours, comme membre du Tribunal de cercle, et il a fait apprécier dans ces fonctions ses connaissances juridiques et coutumières et son impartialité.

Son neveu Mamadi Kané. a hérité de sa succession spirituelle, mais non de son ouird. Né vers 1870, Mamadi Kané est un excellent lettré qui a fait toutes ses études auprès de son oncle et de Karamoko Dembélé, mais c'est de ce dernier qu'il a reçu l'aftiliation qadrïa. Il a été élu par les Somono à l'unanimité imam de la mosquée « diouma-missidi », le 12 juin 191 1. Son école comprend une trentaine d'élèves, dont 25 apprenant le Coran, et cinq font quelques études supérieures ; c'est un homme intelligent et dévoué. Il a quelques disciples à Ségou-Somono.

A Ségou'Koro-Somono, Bou Gadri Kané relève d'Abdour- Rahman Kané, dit aussi Boïnafi, qui comme on le verra, se rattache à Mamadou Lamin, sarakoUé.

A Dina Somono, Ousmana Kané, disciple deMahmoudou Kané de Kénenkou. Ce petit marabout, né vers 1870, est maître d'école et imam du village.

Les Dyiré sont une famille somono, dont l'islamisation remonte à la révolution religieuse du Macina.

Abdoullahi Dyiré, le chef de la génération précédente, fut un marabout très connu, c'était le « Sékou Dyiré». 11 assistait au siège de Ségou et nous fut acquis, dès la prise de possession du pays. Il a laissé plusieurs disciples, notamment Adama Singaré. à Ségou-Bougou, Ousman Taraoré, marka, né vers i85o, à Kougou: Soualoubou Kané, né vers i855. à Sansango-Somono.

Son fils Abdoul-Karim, né en 1870, est intelligent et assez instruit. Il a reçu l'ouird de son père et a été consacré moqaddem par Mohammed .Mokhtar de Nioro. Cet indi-

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gène, qui se disait Chérif de Fez et qui paraissait être un Maure du Sahel, fut le chapelain de Bodian, sultan de Ségou, qui lui donna sa fille en mariage. Il partit par la suite pour le Kaarta et réside aujourd'hui à Sambagoré (Nioro). Il était disciple d'Ahmed At-Tahir, qui comptait parmi les télamides de Salik Aboul, imam Maure de Ouadane, luimême disciple du Cheikh Ahmed Tidjani.

Abdoul-Karim fut, plusieurs années, l'imam de la grande mosquée. Il fut destitué de sa charge, au début de igii, à la demande des principaux notables somono de Ségou. Il est devenu l'imam de la mosquée de Dyiréla.

Les Dyiré forment le clan maraboutique de Dialokoro. C'est à eux qu'il faut attribuer, semble-t-il, l'islamisation du village. Mamadou, le chef de la génération précédente, avait fait ses études à Bayo et fut un marabout de renom. Ses fils héritèrent successivement de son prestige: d'abord Almamy, Paîné, puis Ba Djini, élèved'Almamy.ABaDjini a succédé son fils Koro Dyiré, aujourd'hui pontife de Dialakoro, tant d'ailleurs pour les Qadrïa que pour les Tidianïa.

Les Dyiré de Marka-Dougouba se sont signalés, à plusieurs reprises, par leurs propos tendancieux et le colportage d'écrits douteux. Plusieurs d'entre eux : Bouba Dyiré, Bouba dit Tata Bouba, Sékou Dyiré ont même été condamnés à diverses peines d'emprisonnement. Tata Bouba paraît le plus ouvert des trois. Il va faire le commerce des bœufs en Côte dlvoire et en Gold Coast, et y a acquis avec une certaine fortune une assurance de mauvais goût.

A Somono Bougou, les Dyiré forment aussi la gent maraboutique. Leurs principaux représentants sont: Mohammadi Dyiré, né vers 1870, et Brahima Dyiré, né vers 1860, tous deux maîtres d'école. Un troisième marabout mérite une mention : c'est Ibrahima Dianafo, qui, par son père, Ousman Dianafo, se rattache à la propagande de Mamadou Lamin, le fameux agitateur sarakollé.

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A KenenkOy la personnalité la plus en vue est Mamadou Dyiré, qui a fait des disciples marka à Marka-Dougouba.

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