VIII. — Subdivision de Sokolo
L'unité administrative de Sokolo a subi, ces derniers temps, des fluctuations que sa réelle unité géographique et ethnique ne semblait pas devoir emporter. Cercle depuis le jour de l'occupation, elle se vit enlever, le i*'" janvier 191 5, les cantons de Dia et de Monimpé, qui furent rattachés à Dienné. Au 1°^ janvier suivant, le canton de Dioura ou Karéré était rattaché à la subdivision de Dia (Dienné) ; le canton de Ségala était partagé entre les cercles de Ségou, de Bamako (par la subdivision de Banamba) et de Nara (par la subdivision de Mourdia). En même temps, le cercle
l'islam en pays bambara 95
de Sokolo disparaissait pour devenir la subdivision de Sokoio, partie intégrante du cercle de Goumbou-Nara.
Telle est la situation aujourd'hui, et elle ne paraît pas définitive, car le cercle de Sokoio renaîtra. Quoi qu'il en soit, l'actuelle subdivision, comprend les territoires du Kourmary, de Nampala, de Néré et d'Akar. Elle est peu plée de Maures (Néré); de Peul (Nampala, Kourmary et Akor) ; de Marka ou SarakoUé (Kourmary et Aker) ; de Bambara (Kourmary et Aker) de Marka^ou Sarakollé (Kourmary et Aker); de Bambara (Kourmary).
En écartant les Maures, tous d'origine Oulad Daoud, qui sont étudiés ailleurs (i), et les Peul, objet du chapitre suivant, il reste: i*^ les Bambara ; 2<^ les Sarakollé ouSoninké, plus connus sous le nom de Marka, que leur donnent les Bambara.
A. — Sokoio.
Sokoio, la Qala des Maures, est une très vieille ville. Sa fondation remonte au quinzième siècle et est attribuée à une colonie sarakollé venant de l'Est. Jusqu'à i83o, la population en resta principalement marka ; quelques éléments maures, soit commerçants libres, soit baratines, étaient venus s'y incorporer. Entre temps, les Bambara, descendants de Kaffolo, s'installaient aux villages voisins d'Alatonna et de Farabougou.
Vers i83o, l'expansion des Fouibé du Macina amène les bandes de Chékou Hamadou dans la région de Sokoio. Les habitants, redoutant leurs excès, fuient. Les Bambara se réfugient chez leurs frères du Ségala; les Sarakollé évacuèrent complètement Sokoio et allèrent dans le Banamba fonder les gros villages que nous avons vus plus haut.
Vers 1840, l'étoile des Peul déclinant, les Bambara re-
(i) « Les tribus maures du Hodh et du Sahel » par Paul Marty, in Collection de la Revue du Monde musulman.
gÔ ÉTUDES SUR l'islam ET LES TRIBUS DU SOUDAN
viennent les premiers. La branche aînée rentre chez elle à Farabougou. La branche cadette, trouvant à Sokolo la place vide, n'alla pas jusqu'à Alatonna et s'installa dans l'ancienne ville marka. Les Marka ne tardèrent pas à rentrer eux-mêmes, au moins partiellement. Ils s'installèrent sans trop de difficultés à côté des intrus, et c'est ainsi que Sokolo, dans sa deuxième manière, s'est trouvée constituée.
Sokolo, gros bourg commerçant, où convergent les routes des caravanes du Nord : Oualata, Néma, Bassikounou, Néré, Nampala, et du Sud: Ségala, Sansanding, Monimpé, doit à cette remarquable situation géographique son antiquité et sa prospérité. Tous les Maures et Peul du Nord, qui vont dans les pays bambara et mossi chercher des bandes de coton pour tentes, du grain, des kolas, etc., passent par Sokolo. Tous les dioula foutanké qui montent chez les Peul du Nord y passent aussi. La ville est un important centre de renseignements, et un foyer de nouvelles pour toute la région. A ce titre, il faut veiller à y maintenir un excellent esprit.
Jusqu'à nos jours, les Bambara, plus nombreux et plus forts, ont commandé le pays, mais ils ne firent jamais peser qu'un joug très léger sur les Marka, fondateurs et anciens maîtres de Sokolo. Des Maures, surtout commerçants de Oualata, Néma, Tichit et Nioro, et quelques haratines sont venus chercher fortune dans cette ville prospère.
Aujourd'hui chaque élément ethnique est indépendant et possède son chef spécial.
Les Bambara ne présentent pas d'intérêt à notre point de vue, étant restés fétichistes et ne donnant encore aucune prise à l'Islam. Ils ont naturellement leur tribunal ethnique et sont protégés contre toute tentative de prosélytisme maraboutique. .
Les Sarakollé étaient sous les ordres de Haya Simpara^ lors de notre arrivée. Il relevait à ce moment d'Abdou
Rahman, le chef des Bambara. Très dévoué à notre cause, fort intelligent, il nous rendit de précieux services et fut à ce titre appelé à remplacer Abdour-Rahman comme chef général de la ville. Au début de igoS, un revirement de politique de notre part et quelques fautes légères de la sienne lui valurent deux ans de prison, et il finit sa vie en résidence obligatoire à Kandiourou.
Il laissait un fils, Amara Simpara,né vers 1886, qui fut à l'école des fils de chefs. Instruit, intelligent et dévoué, Amara est aujourd'hui écrivain à la résidence de Sokolo.
Haya était remplacé comme chef par son cousin Hamadi Koré. Mais peu instruit intelligent, manquant d'autorité, Mamadi a été remplacé en 191 o par son neveu Mamadou Simpara.
Mamadou, dit Mahamé Simpara, chef actuel des SarakoUé de Sokolo, a été substitué à son deuxième oncle Bachir, frère de Mamadi, qui ne voulut pas exercer les fonctions de chef. Il est né en 1872. C'est un homme intelligent et ouvert, qui entretient l'excellent esprit des Malinké de Sokolo. Il est, comme ses congénères, en étroites relations avec les Marka de Banamba, mais il ne voit pas ceux d'Akor, qui sont d'une autre branche.
Sokolo-Marka est un centre très islamisé. Sur un total de deux mille habitants, plus de la moitié est musulmane et pratique avec ferveur sa religion. Une trentaine de personnalités sont notoires dans toute la région et jouissent d'un réel prestige maraboutique. Elles dérivent toutes plus ou moins de deux grands cheikhs : Abdoul-Qader Qoreïchi et Alfa Ousman Soh, frères utérins, qui viennent de disparaître et qui s'étaient acquis, de Goumbou au Niger, une réputation considérable de science et de sainteté. On vint à eux pour s'instruire et se perfectionner dans le soufisme de cinquante lieues à la ronde, et pendant un demi-siècle, ils ont été les pôles de leur temps dans la société marka du Sahel oriental.