C. — UAkor
Laprovinced'Akor comprend, enchâssée dans les villages des Peul, à demi nomades, cinq villages de sédentaires mimarka, mi-Kagoro : Guiré et Bou Dyiguiré sont nettement marka ; Guida, Gadougou et Bengo sont surtout des Kagoro, mêlés à quelques éléments marka.
Leur création remonte au milieu du dix-neuvième siècle. Elle est contemporaine de l'arrivée des Peul dans le canton et est due à la même cause : le désir de se soustraire à l'emprise d'Al-Hadj Omar, et par-là même, pour les Marka- Kagoro au moins, d'échapper à l'Islamisme.
Le premier village fondé fut Guiré : une famille marka, les Keïta, originaire de Samba Boubou (xMourdia), fuyant les bandes foutanké, vint s'installer en ce point vers i85o. A cette famille se joignirent dans les années qui suivirent, de i865 à 1868, d'autres Marka de Kabida, Kaloumba (Goumbou) et du Digna (Balle), surtout Doukouréet Dembélé, et originaires dans un passé assez éloigné du Diafounou , puis d'autres marka des États de Sansanding ; et enfin des Kagoro du Sud de Mourdia.
Ces dernières migrations ne se fixèrent pas à Guiré, où la place disponible était occupée par les premiers arrivants ; elles allèrent, dès que la paix fut revenue, à la recherche d'un nouvel emplacement : ce fut la naissance de Bou Dyiguiré (vers 1875).
Les Marka se fixèrent définitivement dans le nouveau village avec leur chef Kambé Doukouré. Les Kagoro, non encore satisfaits, allèrent s'installer pour leur compte à Guida. Le nouveau centre ne tarda pas à donner naissance à deux villages de cultures : Gadougou et Bengo, qui avec le temps se sont transformés en villages fixes.
Tous ces immigrés, Marka et Kagoro, étaient fétichistes. Avec le temps et par l'exemple des Peul voisins et la pré-
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dication de certains de leurs congénères, déjà attachés à la loi du Prophète, l'islamisation s'est dessinée chez eux ; on peut suivre, cette curieuse évolution chez les différents chefs de Bou Dyiguiré a titre d'exemple.
Kambé Doukouré, le fondateur et premier chef du village, est fétichiste. A sa mort, en 1882, il est remplacé par le chef de la famille des Dembélé, Ahmadi, qui, le premier, fait salam. Il meurt en 1889, et Bassi Doukouré, frère de Kambé, fétichiste, lui succéda. On ne voit plus la prière dans le village. Bassi meurt en 1895 et est remplacé successivement par les deux fils d'Ahmadi, portant tous deux le nom de Diatourou Dembélé, le premier révoqué en 1915, le second actuellement en fonctions. Le fils de Kambé Mamadou Doukouré, petit vieux alerte, intelligent et travailleur, leur a servi et sert encore, en qualité d'héritier présomptif, d'adjoint et de représentant. Or tous les trois en sont au même point : sur les chemins de la croyance^ pourrait-on dire. Ils cèdent à l'ambiance. « Nous sommes fatigués, disent-ils, de voir faire le salam (sans le faire). Notre marabout le fait, et aussi les gens de passage. Alors, nous le faisons, aussi parfois, mais nous ne sommes pas musulmans. » Et il est défait que leurs connaissances catéchistiques sont plutôt minimes, car ils ne connaissent même pas l'existence du Prophète.
Il en est de même pour Badoumbé Keïta, chef du village de Guiré depuis 1906, date où il a remplacé le dernier de ses oncles. Son père Sambourou était fétichiste. Badoumbé déclare ne pas savoir ce qu'il est.
Deux noms, marka tous deux, méritent de retenir l'attention, plutôt comme missionnaires et représentants de rislam, que comme des saints et des savants.
AGuiré : Pamara Koumma, né vers i85o, fils de Mamadi Sirifi. Il a quelque peu étudié à Koloba (Bamako), avant de venir se fixer à Guiré ; il a reçu l'ouird qadri d'Amadou Bembel, pouUo de Bourdiadye, mort récemment en voyage
l'islam en pays bambapa 109
dans le Farimaké. Ce poullo se rattachait par son père, Dembel Abdoullahi Ba, au Qaderisme des Kounta. Pamara dirige l'école du village, abritant 10 enfants, et est l'almamy de la deuxième mosquée bâtie de la subdivision de Sokolo, qu'il a édifiée lui-même.
ABouDyiguiré: Al-Hadji MamadouDaramé,névers 1870, fils de Bala, qui eut quelque renom en son temps, Al-Hadji a bâti lui aussi sa mosquée et en est l'imam. Il a quelque temps donné l'instruction coranique à4 ou 5 enfants; mais parents et enfants s'en sont lassés. Al-Hadji n'est d'ailleurs lui-même rien moins qu'un lettré.
Bou Dyiguiré n'a pas essaimé comme Guiré, mais à côté du centre marka s'est constitué, à l'abri du poste militaire qui y vécut quelques années, un village de liberté. Un premier apport de captifs maures y a laissé quelques traces d'arabe parlé ; ces Maures noirs étant en grande partie allés s'installer ailleurs, à la suite de dissentiments avec leurs voisins Marka, ont été remplacés par des captifs peul de Bourdiadyé. Aussi le poul-foulé tend-il à se substituera l'arabe dans ce village de liberté. Les uns et les a'utres n'en sont pas plus musulmans, quoique se prétendant tels.
La migration des Kagoro se produisit à la suite de dissensions avec les marka, en 188 i, Tannée qui suivit la mort, à Bou Dyiguiré, de Guimba, le chef qui les y avait amenés. Conduits par Sirima leur nouveau chef, frère de Guimba, ils s'installèrent en pleine brousse dans un campement convenable, qui fut le village de Guida.
A Sirima, mort en i883, ont succédé ses cinq fils : Guéladié, mort en 1889 ; Manga, mort en 1898, Guimba, mort en 1906; Kardégui, mort en 191 5 ; et Demba, actuellement chef du village. Tous ont été fétichistes, sauf Demba qui, à l'instigation de quelques Maures noirs Id Eizan, venus s'installer chez lui, a fait édifier une petite mosquée, la quatrième et dernière de la subdivision de Sokolo. Cette mosquée ne consiste d'ailleurs qu'en un mur
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de pisé, recouvert d'une paillotte, et Demba n'est musulman que dans le goût des chefs marka précités, moins encore si possible. Ses gens ne le suivent pas au salam, quand il juge à propos de le faire.
Deux petits groupements sont partis de Guida, l'un en 189 1, sous la conduite deDiagui, l'autre en 1906, sous la conduite de Sirima Debé, pour fonder Gadougou et Benga.
Ces Kagoro, dont nombre sont déjà à la deuxième et même troisième génération, perdent peu à peu l'usage de leur langue maternelle et tendent à ne s'exprimer qu'en sarakollé. Ils appartiennent aux clans: Kamissoro, qui fournit les chefs des trois villages précités : Goumané, Silla, Débé, Koumma. Ils ont conservé leurs croyances traditionnelles, leurs tana et leur droit coutumier; mais l'Islam est à leur portée.
Au point de vue administratif, ces villages marka Karoro du canton d'Akor sont des villages indépendants, s'administrant par leur chef réciproque, sous Tautorité directe du résident de Sokolo. Une tentative pour les grouper sous l'autorité de Badoumé Keïta, chef de Guiré, a échoué. L'hérédité ne suffisait pas à Badoumbé pour se faire reconnaître par ces colonies moralement indépendantes, où le respect atavique s'est perdu. Les chefs peul d'Akor ont d'autre part essayé, à plusieurs reprises, de les faire placer sous leur commandement. Ils ont échoué aussi. 11 appert nettement que cette autonomie administrative est la meilleure des solutions, et doit être maintenue à tous les points de vue.