IX. — Subdivision de Goumbou-Nara
Encadré entre le territoire de Nioro, à Touest, et celui de Sokolo à l'est, le cercle de Goumbou-Nara est le cœur
même du Sahel Soudanais. Il est administrativement divisé en trois subdivisions : Balle et Mourdia, qui seront vus plus loin; Goumbou-Hara proprement dit, objet de ce paragraphe.
La subdivision de Goumbou-Nara comprend vers le sud le Ouagadou et le Kolon. Au nord, s'étend le Hodh, où nomadisent les Oulad Mohammed, les Mechdouf, et une poussière de fractions maraboutiques.
Le fond de la population est Soninké, ou comme on dit sur place, « Sarakollé »,ou encore comme les appellent, les Bambara, « Marka ». Mais dans cette région de transition entre le Sahara et le Soudan, les races sont très mêlées et on y trouve, outre les Sarakollé et Maures déjà nommés, des Peul, des Kagoro, des Guirgankéet enfin des baratines et captifs maures en voie de sédentarisation.
Dans cette étude sur l'Islam, le Kolon doit être écarté dès le début. Il était jadis peuplé exclusivement de Bambara. A la suite dedissensionsintestines, il s'est vidé d'une partie des tenants de ce peuple pour se repeupler de Diawara. Les uns et les autres sont également fétichistes.
Les Peul seront étudiés dans le chapitre suivant. Les Maures nomades dans un autre ouvrage. On verra donc ici: A. — Les Sarakollé. B. — Les villages de baratines maures. G. — Les Guirganké.
A. — Les Sarakollé.
Les Sarakollé de Goumbou relient les Soninké des cercles de Nioro et de Kayes aux Marka de Sokolo, de Dia et de Dienné. Ce peuple s'étend en longueur, sur 800 kilomètres, à cheval sur le i5* parallèle, comme s'il avait été écrasé entre le Sahara maure et le Soudan malinké-bambara. Il semble en effet que jadis il remontait vers le nord beaucoup plus haut. L'histoire et la tradition nous appren-
nent que Oualata, alors Birou ou Kabirou, Tichit, le Tagant et peut-être l'Adrar Tmar étaient peuplés de Soninké. Les invasions berbères, puis arabes, les rejetèrent vers le sud et les rabattirent sur le Haut-Sénégal et le Moyen-Niger. Acculés à la masse impénétrable des Malinké et des Bambara, ils s'effilochèrent, par paquets plus ou moins compacts, du Guidimaka au cœur du Mossi.
En même temps, et à ce contact, ils s'islamisaient au moins partiellement. On peut dire que, sauf quelques groupes de peu d'importance, tous les Sarakollé du Sahel sont aujourd'hui musulmans et on ajoutera par l'expérience que leur degré d'islamisation, leur science et leur piété ne le cèdent en rien aux qualités de ce genre qu'on retrouve chez les frères de l'est et de l'ouest^ vus et étudiés précédemment.
Les Sarakollé en effet, les Peulet ce produit métis de Sarakollé et de Peul, que sont les Toucouleurs, sont, on peut l'affirmer aujourd'hui, les races noires les mieux douées pour la réception de l'Islam, pour sa compréhension et pour son prosélytisme.
Les artisans de cette islamisation, au moins dans le dernier état de choses, sont les petites fractions maures du Sahel qui gravitent dans le Hodh en hivernage, mais qui en saison sèche descendent vers les mares du Sahel et jusqu'au Niger. Propriétaires de bœufs et de moutons, avides donc de pâtui'ages toujours verts et d'eau permanente, elles ont vécu en contact personnel avec les Noirs Sarakollé, s'infiltrant parmi eux, prenant femme chez eux, ce qui les a colorées du plus beau teint, mais leur passant en revanche leurs croyances, pratiques et sciences religieuses, et attirant les plus intellectuels ou les plus pieux d'entre eux dans leurs universités nomades pour parachever leur éducation et en faire de savants marabouts.
L'arrivée des conquérants toucouleurs (i85o) et leurs randonnées incessantes à travers le Sahel entre leurs capi-
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taies de Nioro et de Ségou troubla la quiétude les Sarakollé. Ils ne firent jamais bon ménage avec les Foutanké, encore qu'admirant leur ferveur et leurs talents, ils aient plus d'une fois subi leur influence morale.
D'ailleurs Al-Hadj Omar prétendait que les Marka «-étaient comme un champ, et qu'il faut de temps en temps les dépouiller de leurs biens, de même qu'on coupe les épis, quand on fait la récolte ». Et comme il mit plus d'une fois c^tte théorie à exécution, et comme ses successeurs en firent autant et plus, sans aucune théorie, les rapports restèrent très tendus.
Les dîmes très lourdes que les nouveaux maîtres prélevèrent sur les Diawara contraignirent ceux-ci, classe dirigeante du peuple soninké, à s'éloigner vers l'est. Nous les trouvâmes vers 1890, réfugiés chez les Sambourou, avec lesquels ils ne sont pas d'ailleurs sans affinités. Quant aux Kagoro, restés dans le Bakhounou, ils en suivirent les destinées.
Peu après et dès que la chute de Tombouctou s'annonça prochaine, les Marka, leurs alliés forcés, firent appel aux Français. L'élément maraboutique de Goumbou restait toutefois hostile.
Goumbou est, depuis plusieurs siècles, lacapitale duOuagadou et avec ses 4.000 habitants la ville la plus importante du Sahel soudanais. Elle a succédé dans cette primauté à Koumbi Salah, qui paraît lui avoir donné son nom. On sait que certains ont voulu voir dans Koumbi Salah, dont les ruines se trouvent à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Goumbou, l'antique Ghana.
Elle a été fondée, dit la tradition, par deux frères germains, Toumané et Boubou, de la famille Doukouré, et fétichistes. Les Qoreïchi, qui vinrent d'Orient se joindre à eux, quelque temps après, furent leurs tolba et les islamisèrent. Ces Qoreïchi prétendent, par la bouche autorisée IV. 8
de leur chef, Sadio, que Goumbou fut fondée, ou tout au moins revivifiée par le goum de Koussata, guide des SarakoUé; qui venaient du Bornou (i5^ siècle), Mohammed le Qoreïchi, ancêtre du clan actuel des Qoreïchi, accompagnait Koussata, Par la suite, arrivèrent les familles Cissé et Sarro.
De ce jour Goumbou a toujours été un très actif foyer d'Islam. La plupart de ses habitants y parlent peu ou prou l'arabe hassanïa, ce qui est une preuve de Tinfluenoe intellectuelle considérable des Maures, et de l'emprise deFIslam surces Noirs. Les écoles coraniquesyfurentetysonttoujours florissantes. Des divers côtés du Sahel, c'est à Goumbou qu'on venait achever ses études. Il est donc regrettable que l'esprit de la société maraboutique de Goumbou ne nous ait pas été toujours sympathique.
Lenz, qui passait dans la cité en 1880, sous le capuchon d'un médecin turc et accompagné d'un chérif blanc, y reçut un cordial accueil du Cheikh de la ville, qu'il ne nomme pas et qui était Barkari, et surtout de son frère Bassaro, qui poussa le zèle jusqu'à l'accompagner luimême à Bakouinit. C'est chez le marabout Mennentya Doukouré que Barkari avait installé Lenz.
Après la chute de Nioro, les Soninké qui composent la population de la ville de Goumbou envoyèrent une députation au commandant supérieur pour le féliciter et prendre ses ordres ; ils s'engagèrent à payer l'impôt, toutefois leur mauvaise volonté ne devait pas tarder à se montrer.
Un poste de perception de l'Oussourou devait être installé à Guigné, dès la conquête de Nioro, et placé sous le commandement du lieutenant indigène Sadioka ; mais Guigné se trouve assez loin de la frontière et les transactions pouvaient se faire librement au nord du poste de perception. Envoyé en mission sur les lieux, le capitaine Gouget reconnut la nécessité d'installer la perception à Goumbou ; en passant dans cette localité, il trouva des
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gens assez mal disposés à notre égard, et crut devoir faire un exemple, en faisant passer par les armes un notable du nom de Sani ; ce dernier avait fait partie des contingents levés par le lieutenant Marchand, vers la fin de 1890, pour menacer le Kaarta par l'est, et en avait profité pour emmener en captivité des personnes libres de Nioro.
Après le passage du capitaine Gouget à Goumbou (mai 1891), le transfert de la perception de Guigné fut décidé.
Le lieutenant Sadioka reçut l'ordre de quitter Guigné et de se joindre au lieutenant Martelly, parti de Nioro avec quelques spahis. En juillet 1891,1e lieutenant Martelly installa le lieutenant Sadiokaà Goumbou et le laissa avec cinq tirailleurs. Les habitantsavaient paru accepterpaisiblement le nouvel état de choses ; mais la situation ne tarda pas à devenir de plus en plus mauvaise. Au commencement de 1892, le lieutenant Sadioka se trouvait littéralement bloqué dans sa perception ; il en était réduit à attendre la nuit pour envoyer deux de ses tirailleurs chercher de l'eau dans la mare de Goumbou ; l'accès pendant le jour leur eût été impossible. Quant à l'Oussourou, les gens de Goumbou le percevaient pour leur compte.
L'animosité des habitants contre le percepteur ne paraît pas devoir être attribuée à de mauvais procédés de ce dernier. La nourriture de la faible garnison de Goumbou avait été, il est vrai, laissée à la charge du village; mais les petites exactions dont les habitants se plaignirent ensuite au commandant supérieur n'auraient pu exciter chez eux un tel mauvais vouloir. Leur révolte fut préparée par des émissaires venus du Macina et envoyés par Ahmadou. Les traitants noirs, qui représentaient à Goumbou les négociants de Saint-Louis et de Médine, rendirent à la cause française les plus mauvais services, en promettant aux rebelles l'appui du gouverneur de Saint-Louis et surtout en les tenant au courant des événements qui se passaient dans la région de Ségou et de Sansanding. Ahmadou avait réussi à soulever
Il6 ÉTUDES SUR l'islam ET LES TRIBUS DU SOUDAN
sur ces points les populations, et l'absence presque complète de troupes françaises et l'approche de l'hivernage semblaient devoir favoriser cette insurrection et en rendre la répression plus difficile.
L'escadron de spahis soudanais se trouvait à cette époque à Dianveîi ; un lieutenant européen reçut l'ordre de se rendre à Goumbou avec un détachement comprenant un brigadier européen et vingt-trois indigènes. En passant à Danghéli, le lieutenant commandant le détachement fît arrêter le chef de village pour avoir trafiqué avec une tribu hostile à notre cause; une certaine agitation se manifestant chez les habitants, le lieutenant fît passer le chef du village par les armes. Cette exécution d'un homme que les gens de Goumbou n'avaient pas pu entraîner dans leur révolte et qui fut, suivant l'expression du commandant supérieur, « une déplorable erreur » précipita les événements. Arrivé à Goumbou, le lieutenant Canrobert n'y trouva pas Sadioka et le percepteur de Kassakary, qui étaient en tournée. Il voulut conférer avec le chef du village, Barkary Doukouré; mais celui-ci, qui, sans être l'artisan principal de l'insurrection, laissait faire, se refusa à toute entrevue ; les choses traînèrent en longueur pendant trois jours. Pendant ce temps, des émissaires rassemblaient la population des villages voisins; et le quatrième jour au matin, une foule menaçante en armes occupait les abords du campement des spahis. Canrobert dut se retirer. Sadioka, qui n'avait pas voulu quitter la perception, y subit une sorte de siège qui dura vingt heures, en compagnie du percepteur et de ses cinq tirailleurs. Deux coups de fusil seulement furent tirés, sans que Sadioka répondit. Finalement les révoltés laissèrent se retirer Sadioka et ses hommes ; la retraite fut protégée par le chef de village, Barkary Doukouré. Le percepteur retourna à Kassakary; Sadioka se retira à Guigné pour y rassembler du monde, et venir ensuite attaquer Goumbou (juin 1892).
L ISLAM EN PAYS BAMBARA Iiy
Pendant ce temps, les gens du village pillaient le magasin de la perception et se partageaient les produits de l'Oussourou ; les chefs du mouvement étaient Bassirou Doukouré, BadaraDoukouré et Samba Soumaré. Des tentatives furent faites pour entraîner dans la révolte le Kolon ; mais deux villages seulement répondirent à ces sollicitations, et la population vint s'établir à Karonga, près de Goumbou; c'étaient le village de Danghéli, dont le chef avait été passé par les armes par les spahis, et le village de Dossébougou. Le chef du canton du Kolon, Sambou Coulibaly, suivit ces deux villages dans leur défection.
Quant aux Peul Sambourou, sous la conduite d'Alpha Bouga et d'Alpha Sonka, et aux Mechdouf, aux ordres de Mokhtar Cheikh, ils avaient pris, sans faire ouvertement cause avec les révoltés, une attitude plutôt hostile.
Nioro s'occupa, dès le premier jour, de faire protéger les villages du Kolon restés fidèles, en attendant de pouvoir prendre l'offensive contre Goumbou. Ne disposant pas de troupes régulières assez nombreuses, il réunit des cavaliers et des fantassins (Bambara, Diawara et Diawambé) et s'assura le concours de Gossi Koulibaly et de Diama Diawara» Ce dernier en particulier fut envoyé à Dilli et se préparait même à marcher sur Goumbou, quand il reçut de l'interprète de Bamako l'ordre de n'en rien faire et de rentrer à Nioro ; les gens de Goumbou se montraient disposés à se soumettre. Ce brusque revirement était dû aux succès du commandant Bonnier en juin 1892 dans la région deSégou et de Sansanding. De plus, le partage des produits de Toussourou avait semé la discorde chez les révoltés ; enfin un notable de Goumbou, N'guiri Doukouré, nous était favorable.
Le commandant de Bamako avait voulu profiter de cet heureux concours de circonstances, et avait envoyé son interprète Boubou Bakili pour préparer à Goumbou le retour d'un percepteur; Aiassane Bodji arriva en cette qua-
Il8 ÉTUDES SUR l'islam ET LES TRIBUS DU SOUDAN
lité à Goumbou en août 1892, avec un caporal et cinq tirail-. leurs ; il fit rendre par les habitants une partie du sel et des moutons pillés, mais ne réussit pas à vaincre le mauvais vouloir des habitants. « La perception ne donna aucun revenu et la garnison vécut péniblement. Les Soninké de Goumbou vivaient dans l'espoir qu'entretenaient leurs marabouts que jamais une colonne de blancs de quelque importance ne pourrait venir jusqu'à eux. Musulmans fanatiques, travaillés par les envoyés d'Ahmadou, ils avaient fini par croire que nous ne resterions pas dans le pays, — et où Ahmadou pourrait revenir en maître». (Colonel Archinard.)
En mars iSgS, le colonel Archinard arrivait à Goumbou avec la colonne : le village fut frappé d'une amende en chevaux, or, argent ou guinées, représentant une cinquantaine de mille francs. Les biens de Bassirou Doukouré, un des notables les plus acharnés contre nous, furent donnés à Aguibou.
Diéri, dit aussi N'Guiré Doukouré, frère de Barkari, qui s'était montré favorable à notre cause, fut nommé chef de village ; il fut convenu qu'il toucherait 1/20*^ sur les perceptions de douane, à charge pour lui de nous signaler et de nous aider à réprimer les fraudes. Goumbou dut payer un impôt annuel de 6.000 francs, nourrir sa petite garnison, terminer et entretenir les constructions du poste. Le capitaine Alamadou Racine fut nommé percepteur à Goumbou ; cette perception avait d'ailleurs été rattachée au cercle de Nioro à la date du i^^ février 1898.
Barkari mourut en fin 1898, laissant un fils, Oumarou, né vers i885, qui fut misa l'école des fils de chefs de Kayes vers 1896 et qui dut être renvoyé en 1908 à cause de son mauvais esprit. C'est aujourd'hui un individu insignifiant.
N'Guiré devait se laisser entraîner à son tour dans le mouvement insurrectionnel de 1896, et fut fusillé avec le chef des Peul, Alfa Sonka.
Depuis cette date et suivant la coutume locale, les chefs
se sont succédé de frère en frère et de cousin en cousin, c'est-à-dire de plus vieux en plus vieux. Cette loi d'hérédité n'amène au commandement que des individus gâteux et provoque par leur mort successive de nombreux changements. Il n'y a donc aucun intérêt à les nommer. Leur influence est d'ailleurs en grande partie effacée par la gent maraboutique locale qui tient le haut du pavé.
Dans une société qui compte beaucoup de marabouts distingués, la personnalité la plus remarquable est, sans contredit, Sadio Qoreïchi, almamy et cadi de Goumbou, moqaddem qadri, président du tribunal de subdivision, né vers 1860. Il a fait des études complètes près de divers marabouts locaux : d'abord son père Youssouf, ensuite Fodé Saloum Badiaka, Fodé Harouna Silla, Cheikh Mohammed Doukouré de Gagny (Kayes). Ayant reçu l'ouird qadri de ce dernier, il alla faire un séjour de plusieurs mois successivement dans les campements de Cheikh Sidïa à Boutilimit, et de Cheikh Saad Bouh à Bou Dyaïbé. Il reçut du premier le titre de moqaddem des Qadrïa et, pour plus de précaution, se le fit confirmer par le second. Revenu à Goumbou, il ouvrit une école coranique qui fut dès le premier jour florissante. Elle ne compte jamais moins de 25 à 3o élèves. Sadio fait en outre un cours d'enseignement supérieur à une dizaine d'étudiants.
-Sa notoriété, sa science, les fonctions de cadi qu'il exerçait par l'assentiment général le désignaient à l'attention de l'administration pour la présidence du tribunal. Elle lui a été conférée le i^*" janvier 1902, et il l'a toujours exercée depuis cette date. Sa réputation de magistrat est bonne, et il nous paraît dévoué.
C'est en tout cas un homme fort distingué, instruit, intelligent, très ouvert. Il est fort documenté sur les traditions historiques du pays et possède une bibliothèque d'une soixantaine de volumes.
Parmi ses nombreux disciples et élèves disséminés à Goumbou même et dans la région, un seul mérite une mention : son cousin Kaka Qoureïchi, né vers 1866, marabout fort savant de Nima.
Outre le moqaddem qadri qu'est Sadio, Goumbou compte deux moqaddem tidianïa, nommés tous deux par un marabout marka du Diafounou : Alfa Hassan Niakaté, de Diagana. Celui-ci se rattachait par Abdallah ouldAl-Imam des Larlal (Nioro) ; puis par Mohammed Chérif, le Djaouni, à Chérif Tahar Bou Taïba, missionnaire du grand Cheikh Ahmed Tidjani.
i'' Kissima Mangané, né vers 1860, dont l'influence locale est considérable. Son école est toujours achalandée. Il a plusieurs télamides, marka comme lui, qui tiennent aussi des écoles. Ce sont : Karamoko Mahmoudou, Karamoko Ibrahima, Karamoko Hassana, à Goumbou même ; Cheikh Doukouré près de Goumbou ; AhmadouDiabi, àSansanné.
2'* Khalilou Diangana, né vers 1860, élève des écoles de Goumbou et de Mourdia. C'est un homme politique qui, malgré son attitude de chef religieux, s'occupe beaucoup plus de ses cultures et affaires commerciales que de prosélytisme.
A Goumbou encore : Boussika Dialigué, vieillard respecté qui vient de mourir en 1916. Quoique aveugle, il faisait, aidé par un des siens, un petit cours d'enseignement supérieur. Ses enfants ont abandonné l'enseignement et font du commerce.
Moussa Traolé, né vers 1848 ;GuiméGakou, né vers i85o, tous deux tidianïa et maîtres d'écoles coraniques. Le premier est un élève de Touba (Banamba) ; le second de Soumankidy (Kayes). Enfin 1 Samba Soumaré, né vers i852, actuellement écrivain d'arabe au poste de Nara, petit vieillard finaud et intrigant. Le petit-neveu du chef de la ville, Mamadou Samba Aïssa, né vers 1875, intelligent et ouvert, bon lettré arabe, méritait une mention.
A Kassakaré : Mamadou Silla, né vers i883. li a fait ses études à Sarmati dans le Guidimaka auprès d'Ibrahima Dangana, qui lui a donné l'ouird. Cet Ibrahima se rattachait par son maître Idrissa, de Bokidiavé, à Al-Hadj Omar. Kassakaré est un village de Kagoro, de Diamou Lantioro. Il a été fondé ou rénové vers 1880 par ces Kagoro venant de Ouaïnka, à la recherche de nouveaux terrains. L'Islam y est peu florissant et la mosquée consiste en un simple carré de terrain. Les villages voisins, comme Daouda Koulé, sont entièrement fétichistes.
. A Bassaka : Alioun Fofana, né vers 1868, almamy du village et moqaddem tidianïa par affiliation de Mamadou Diamé, élève et disciple d'Ahmadou Chékou. Il est mort en 191 5. Son frère et disciple, Mamadou Fofana, l'a remplacé dans tous ses titres.
A Kassambara : Mamadi Samoura, né vers 1860, imam du village, qui par son maître Mamadou Binton Doukouré, de Mourdia, se rattache au Taleb Ahmed, missionnaire de l'Afrique du Nord. Son frère Mamadou est un qadri qui, par Ramdan ould Mare, marabout local aujourd'hui défunt, se rattache à Mohamdi Bollé de Sansanding et par lui aux Kounta. Les gens de Kassambara sont des SarakoUé, originaires de Diongoye, qui, ayant émigré vers i85o, vinrent, après un court séjour à Agouinit et Médina, fonder le village de Kassambara vers 1875. Avant leur migration, ils étaient déjà musulmans.
B. — Les villages de haratines.
Bien avant notre occupation, plusieurs tribus maures, et notamment les tribus maraboutiques, avaient commencé à descendre vers le sud et à y prendre pied, plus solidement c[ue par la transhumance de leurs troupeaux sur le passage rapide de caravanes commerciales. A la lisière du Hodh et du Sahel, ils choisissaient un point convenable, où les
conditions d'eau et de terres cultivables se trouvaient réunies et y envoyaient, à l'époque des labeurs agricoles, leurs captifs et baratines, accompagnés souvent de troupeaux de bœufs et de moutons, dont le lait était nécessaire à l'alimentation des travailleurs. Eux-mêmes venaient les rejoindre au moment de la récolte. Quelquefois les maîtres envoyaient simplement leurs hommes s'installerauprès des villages noirs de la bordure saharienne et se faisaient concéder des terrains. C'est ainsi que les tribus sahariennes cherchaient à se procurer le peu de grain nécessaire à leur existence, et qu'il n'était pas toujours possible d'aller chercher dans les pays du sud.
Avec le temps, certains — peu nombreux d'ailleurs — des maîtres eux-mêmes ont fini par se joindre à leurs gens, et par s'installer quasi définitivement dans ces villages de cultures. La chose leur était d'autant plus facile qu'étan^t fortement métisés,ils se trouvaient par leur atavisme portés autant vers la vie sédentaire que vers la nomadisation. Ils entremêlaient donc les deux genres de vie, habitant plusieurs mois dans des cases de banco ou de paille, ou dans des tentes qui, à la lisière du village, ne se déplaçaient plus, et nomadisant le reste du temps sur une très petite échelle.
C'est de ces cas trop généralisés qu'on a conclu à la sédentarisation des nomades. On voit à quelle juste proportion il faut ramener la chose. Les tribus nomades, grandnomades comme les tribus à chameaux, petit-nomades comme les tribus à bœufs, sont et resteront telles, tant que le Sahara restera ce qu'il est, tant que le milieu où elles évoluent sera absolument impropre à la culture, partant à la fixation au sol.
Les principaux villages agricoles maures sont :
Médina. — Médina a été fondée par des Oulad Abd Er- Rahman. Cette fraction faisait partie de la tribu des Oulad Younès, qui, comme on le sait, ont été, au milieu des pre-
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miers Oulad Daoud, les conquérants arabes du Hodh ; les invasions successives rejetèrent les Oulad Daoud vers le sud et vers l'est. Les Oulad Younès proprement dits étaient poussés vers Sokolo, les Oulad Zaïm, les Keharat vers Boundoubadi et la région lacustre du haoussa nigérien ; les Oulad Abd Er-Rahman devaient se réfugier à Tenedié^ ou Tenja, comme ils prononcent, à i8 kilomètres à l'est de Nara, à la lisière des pays noirs. Ils y forèrent des puits et créèrent aux alentours, dit la tradition, 25 villages.
L'invasion des Oulad Mbarek chassa plus avant vers le sud les Oulad Abd Er-Rahman défaits. Ils durent se replier vers le Ségala, d'où Ndo, chef des Bambara de Ségou, les chassa encore. Ils revinrent alors vers le nord et, après un petit séjour à Karounga, projetèrent de s'installer à Médina, dont ils avaient jadis foré le puits. Y ayant trouvé fixés les g-ens de Sougouni, ils demandèrent leur expulsion à Goumfeou, capitale de la région. Satisfaction leur fut donnée. Le» gens de Sougouni évacuèrent les lieux et Médina fut reconstituée dans sa première forme (vers 1860).
Le village comprend aujourd'hui 5o feux et 168 imposables.
Trois tentes nomadisent la plus grande partie de l'année, deux avec les Talaba ; une avec les Derakla. Elles reviennent près du village au moment de la récolte. Elles sont d'ailleurs représentées à Médina, toute l'année, par des gens chargés de travailler les lougans.
La personnalité la plus notoire de Médina est Yahia ould Omar ould Yahia ould Taleb Othman ould Taleb Ahmed. Yahia se croit de lointaine origine aroussi, la grande tribu du Sud marocain, qui mettait jadis à contribution le Hodh, comme l'ont fait les Regueïbat jusqu'à nos jours. C'est son aïeul Taleb Ahmed qui serait venu le premier se joindre aux gens de Médina. Il venait de chez les Oulad Mbarek, où il avait pris femme et gagnait sa vie en faisant l'école aux enfants. Avec lui marchait un Sidi M'hammed, qui est l'an-
cêtre d'autres tentes Aroussïin, soit de Médina, soit de Berguénari. Yahia est moqaddem qadri et détient ses pouvoirs d'Al-Hadj Omar Diko ould Brahim, des Id Eizan, mort vers 1890, et qui, établi quelque temps à Goumbou, y a laissé de nombreux télamides. Ce Hadj Omar, qui a laissé le souvenir d'un grand cheikh, était le disciple de Mohammed Lamin ould Taleb Abd Al-Ouahhab, le Foulali, qui, par Taleb Ahmed ould Mohammed Rara des Tinouajiou, se rattachait aux zaouïa marocaines. Yahia a été l'imam du village; mais, devenu quasi aveugle et sourd, il a dû abandonner ses fonctions. Il dirige encore une école d'une dizaine d'élèves.
Kassambm^a-Adabaï est un gros bourg de SarakoUé, principalement de diamou Samoura. Un adabaï de captifs maures et de baratines en rupture de ban s'y est constitué vers 1895, dès notre apparition dans le Hodh, et s'est constamment accru par des apports nouveaux. On y distingue des Jouman de la fraction Ahel Mohammed; des Larlal des fractions Ahel Taleb Brahim et Oulad Moussa, des Tanouajiou, de la fraction des Ahel Habib; des Ida Ou Blal, de la fraction Ahel Aba ould Sidi.
L'arabe-hassanïa est couramment parlé dans ce village d'ex-Maures; mais le voisinage du village sarakollé contribue à répandre l'usage de la langue soninké.
Le sentiment religieux paraît bien attiédi, maintenant qu'on s'est dégagé de la tutelle des maîtres maraboutiques. Il n'y a ni imam ni mosquée. Il y a cependant quelques affiliations, soit tidianïa, données parMostafa ben Ahmed, des Roulam ou Mohammed Sarir ould Oubba, des Tanouajiou, soit qadrïa, données par Mohammed Lardaf des Jouman, Mohammed Fadel ould Sidi Mohammed ould Minni, des Ida Ou Blal.
Les relations ne sont pas entièrement rompues entre maîtres de jadis et serviteurs émancipés. Ceux-ci font encore
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des cadeaux sinon au maître, du moins au marabout. Ils vont pèleriner à leurs tentes, en cas de détresse morale.
Tichilit Al-Renem. Les habitants sont d'origine Oulad Mezzouq. Cette tribu des Oulad Mezzouq paraît extrêmement ancienne dans le Sahel et doit remonter aux plus hauts temps des invasions berbères. Il y a des Mezzouq un peu partout entre l'Océan et le méridien de Tombouctou, dans l'Adrar, le Tagant, chez les Oulad Mohammed, les Mechdouf (AboUat et Jenabja) et même, fait significatif, chez les Ladem, qui eux comptent manifestement parmi les premiers Berbères soudanais.
Il y a encore des Mezzouq dans les pays noirs du Sud : à Diébougou (Mourdia) ; à Kernia, àTirou,à Kanabougou même (Niamina), à Taroutalla, village de cultures d'Alasso.
Le Tarikh de Oualata dit que l'askia Al-Hadj, fils de l'askia Daoud, envoyait ses troupes mezzouq Tadmekket et Tadaamert à la fin du seizième siècle contre les Arabes déprédateurs du Hodh.
Cette union et action commune des trois tribus berbères indiquent bien l'identité de leurs origines, et permet de croire que les Mezzouq ne sont pas autres que les Imaziren, ou Berbères de l'Afrique Mineure et du Sahara, les Maziques des historiens anciens. Les intéressés savent d'ailleurs qu'ils viennent de loin et disent que leurs ancêtres habitaient Zemmour, nom berbère qu'on retrouve maintes fois au Maroc, mais qui peut aussi n'être que leur première étape en Mauritanie : le Zemmour du Nord de l'Adrar Tmar.
En ce qui concerne Tichilit Al-Renem, les Mezzouq de ce village sont originaires de Diabougou. Ils y habitaient depuis fort longtemps, et y avaient été rejoints par la suite par une fraction Oulad Mbarek : les Ahel Khreïja. Chassés de Diabougou, vers i885, par Wa, chef bambara, ils vinrent les uns et les autres à Tichilit alrenem, déjà village de culture des marabouts du Hodh.
Trois tentes nomadisent en permanence avec les troupeaux du village et suivent les Tafoulalet dans leurs déplacements. Elles ne séjournent à Tichilit qu'au moment de la récolte.
Karounga, ou comme disent les Maures « Reringa », est d'origine arma. Le village aurait, d'après la tradition, été créé dans les conditions suivantes. Le chef ou un chef des Arma de l'est, de Tendirma sans doute, d'où les Marocains du fleuve surveillaient le Takrour, étant parti combattre les gens du Fouta à la tête d'une forte colonne, fut complètement battu et mis en fuite. Quelques-uns de ses captifs et suivants restèrent dansleSahel sur le chemin du retour. Ils s'établirent à Samba d'abord, entre Moeïdia et Tinedié. Ils en furent chassés par la suite par les Larlal, et allèrent s'installer à Dabaï, près de Karounga, puis à Karounga même.
Ces origines arma sont très vivaces dans le village, et plusieurs notables peuvent donner leur arbre généalogique jusqu'à l'ancêtre qui se fixa dans le Sahel. Leurs voisins les désignent d'ailleurs sous le nom facilement reconnaissable d'Arrouman.
Une vingtaine de tentes nomadisent à petite distance entre Karounga et Djégui ; elles font paître la plupart du troupeau du village; les autres y restentavec leurs maîtres. Elles rentrent au village à la récolte.
Kamaniouma est un village dont la fondation, assez ancienne, doit être attribuée aux Peul, soit Sambourou, soit Ouwarbé. Ces deux fractions y vivaient paisiblement avec quelques débris des Oulad Younous, quand vers 1890, un peu avant l'occupation française, une fraction des Ahel Omar ould Hennoun (Oulad Mbarek) vint s'y établir. Les Peul ne tardèrent pas à vider la place, les Sambourou s'en allant vers l'ouest, les Ouwarbé vers l'est. Sur l'ordre du capitaine Mamadou Racine, chef de Goumbou, les Maures ne bougèrent pas.
Quatre tentes nomadisent en permanence avec les troupeaux à la suite des Ikherougen : l'une est maure Ahel Omar; les trois autres sont peul, qui marchaient d'abord avec les Gouanin, et qui s'en sont détachées pour venir chez les gens de Kamaniouma, dont ils sont les parents par alliance. Ces tentes reviennent au village à la récolte, puis en saison sèche descendent vers le sud.
Moussaouelij que les Maures prononcent Moïssa, est une création de haratines Oulad Mbarek, « les Habacha ». Ces Habacha, nationalisés Oulad Mbarek, sont d'ailleurs, dans le loitain, d'origine Oulad Delim. Quand les Oulad Mbarek furent chassés du Hodh occidental par les Mechdouf, au milieu du dix-neuvième siècle, les Habacha demandèrent des terrains aux autorités sarakollé de Goumbou, et se fixèrent, sur leurs indications, la plupart à Moussaouéli, et quelques autres au village déjà existant de Keïbané, à lo kilomètres au nord de Nara.
Le village comprend aujourd'hui 65 feux et 225 imposables.
Quelques habitants ont conservé leurs coutumes nomades, et leurs tentes, au nombre de douze, suivent les Zemarig (Oulad Mohammed) dans leurs déplacements. Ce sont tous des Habacha proprement dits. Elles ont d'ailleurs leurs représentants au village et y viennent elles-mêmes camper lors des récoltes.
Telles sont les agglomérations de sédentarisés maures qui ont quelque histoire et quelque importance. Mais il y a en outre, dans différents villages noirs, des quartiers maures constitués suivant les données précitées.
Ce sont : Souleyman, dont les habitants sont Oulad Mbarek, zenaga de la fraction même du chef Ahmed ould Al-Lab.
TiroUy peuplé de Kaïma, zenaga d'Oulad Mbarek et d'Oulad Younès.
128 ÉTUDES SUR l'iSLAM ET LES i RIBUS DU SOUDAN
Dougouni, peuplé de Mezzouq.
Berguenari et Msiguili, peuplés de captifs et baratines Ahel Taleb Mokhtar et Taliba.
GiiireU où l'on retrouve des Arrouman de même origine qu'à Karounga.
Et enfin Khir Algagny,d\\3iuss\. Douaïeh-bougou Koura, où vivent des descendants d'Où lad Younès, avec un afflux d'Oulad Albarek et d'Id Ou Aïch. Enclavé dans le canton de Digna, il est habité par des baratines, qui ont rompu toutes relations avec leurs tribus d'origine. Ce village semble être appelé à un certain essor, du fait que chaque année des captifs Oulad Mbarek viennent s'y réfugier.
Tous ces villages sont dans la province du Ouagadou et étaient plus ou moins sous l'autorité des gens de Goumbou.
D'autres continuent à dépendre de leurs suzerains maures, tels Laorch, village des Oulad Mbarek, et Trounbani, village des Roulam. Ils sont étudiés ailleurs avec les tribus auxquelles ils ressortissent. Certains jouissent de leur autonomie intégrale, tel Douaïeh-bougou, vu ailleurs.