IV
par les Peul Diawambé, que Mana-Maghan Niakaté avait amenés du Kaarta en Kingui,vers i25o. Pourtant le lieutenant de spahis Perraud, qui vint de la part de Faidherbe à Nioro, en février i865, dit que, d'après ce qu'il a entendu, « la ville a été fondée par les Soninké ».
Mungo Park, dont la curiosité est si éveillée, passait non loin de là en 1796. Il ne fait aucune allusion à cette agglomération.
La chute des Bambara Massassi et l'installation à Nioro du siège de la puissance toucouleure fut le signal de sa croissance rapide et brillante. Un nom nouveau : « la lumière » (du mot arabe déformé « Nour »), lui fut imposé par les conquérants musulmans, et l'éclat de ce « Nioro » fut tout de suite tel que d'autres Toucouleurs le donnèrent, quelques années plus tard, à la capitale religieuse du Rip, l'ancien Badibou, qu'ils occupaient et islamisaient dans le bas Sénégal, ainsi qu'au village sis près de Velingara, dont ils essayaient de faire le siège de leur puissance dans le Fouladou de la haute Casamance.
Nioro est toujours le boulevard de l'Islam noir dans là région du Haut-Sénégal. De Saint-Louis au Niger, c'est le centre le plus actif de vie religieuse et de propagande; il faut arriver ensuite à Dienné et à Tombouctou pour trouver une pareille manifestation de vitalité islamique, et il n'est pas sûr que ces deux vieilles villes songaï-poullo du Niger aient autant d'ardeur et d'exaltation dans leur foi, leur enseignement et leur prosélytisme. Du foyer de Nioro, fortifié encore par la proximité des maîtres maures, rayonnée une influence religieuse permanente et, par ces nombreux pasteurs et dioula locaux qui circulent dans tout le pays et sont les hôtes les plus assidus des marchés de Louga et de Kaolak, elle se répand, à travers les pays malinké du haut bassin du Sénégal, jusqu'à l'embouchure du Saloum et de la Gambie.
Métropole commerciale, centre d'études, où viennent se
perfectionner un grand nombre de jeunes Toucouleurs du Fouîa des deux rives, foyers très ardents de prière et de mysticisme, Nioro est, à mon sens, le pôle de Tlslam soudanais.
Un simple passager en aura l'impression en entendant au crépuscule l'appel à la prière. Un chœur harmonieux de trois muezzin lance en accord parfait sa pieuse invocation. A l'instant voulu, la cour de la mosquée s'emplit d'une centaine de personnes ; sur la place publique, sur le marché, les conversations s'arrêtent et les longues files tidianïa s'alignent : 200 à 3oo personnes sont là, pressées, compactes, hommes, femmes, enfants, Maures et Noirs, libres, baratines et captifs. Les fétichistes eux-mêmes s'y mêlent. On sent — même le chrétien — qu'on n'est pas dans le ton à rester là assis ou debout, et à regarder, même avec sympathie, cette foule recueillie et en oraison. Dans toutes les cases, les fidèles sont en prière. Au crépuscule, Nioro adore Allah, et il se dégage de cette attitude de la ville une troublante impression de foi et de force religieuse. Il est difficile que les Bambara et Kagoro qui y assistent n'en soient pas impressionnés.
Nioro a reçu depuis un demi-siècle la visite de plusieurs missionnaires des zaouïa tidianïa de l'Afrique du Nord : Fez et Aïn Mahdi, curieux de suivre de près le développement extraordinaire de cette filiale omarienne. Les principaux de ces missionnaires ont été : a) Cheikh Sidi Mohammed, dit Sidi Mohammed Lakhdard'Aïn Mahdi. Il venait de l'Adrar mauritanien, où il était installé depuis plusieurs années. Très âgé, il ne vécut qu'un an à Nioro et y mourut. Il était le disciple de SidTahar BouTaïba, d'Aïn Mahdi, qui comptait parmi les télamides mêmes du fondateur de la voie tidianïa ; b) Ahmed ould Çaïh, d'Abdellaoui, missionnaire de la zaouïa de Fez et qu'on verra plus loin.
IL — Personnalités Diakité.
La famille la plus importante de Nioro est certainement celle des Kaba Diakité. Dans l'ensemble du cercle, elle ne cède le pas — en fait de considération — qu'à celle des Tal, famille d'Al-Hadj Omar.
L'origine de son illustration remonte à Alfa Oumar, SarakoUé, originaire de Dioum, dans le Boundou (Bakel).
Mamadou Khadidya.
Alfa Oumar.
Fodé Bouyagui. Kisma. Al-Hadji Mamadou.
Mamadou Aïssa, xMoussa. Mamadou Khalilou Alfa Lansana.
Sellama. Diakité. Hosseïni.
Il fut un des amis les plus sûrs et les plus écoutés d'Al- Hadj Omar. C'est chez lui qu'était descendu le grand homme, lors de son voyagea la Mecque. Revenu à Dinguiraye (Guinée), Al-Hadj Omar le fit venir auprès de lui et utilisa ses services. Vers i85o, Alfa Oumar alla s'installer à Mounia, sur l'ordre de son maître, puis, laissant là sa famille, vint à Nioro, où il fut l'un des plus actifs lieutenants du prince dans ses luttes contre les fétichistes, et notamment contre les Massassi. Ce fut lui qui présida à la nouvelle répartition des femmes Bambara entre les Toucouleurs, et les Bambara qui n'atteignaient pas le chiffre canonique de 4. Il rencontra d'ailleurs de vives résistances, notamment à Kolomina, livra de durs combats et perdit, à la bataille de Karéga, vers i852-i855,plusde mille hommes, €t ne fut sauvé que par l'arrivée d'Al-Hadj Omar lui-même. Il mourut vers i865 en odeur de sainteté.
Il laissait trois fils : Taîné, Fodé Bouyagui, lui succéda et fut fait cadi du Kingui parAhmadou Chékou. Il ne resta
que neuf ans en place. A la suite de violents conflits avec Mountaqa, il démissionna et alla se plaindre au chef de l'empire, à Ségou. Il y mourut. Mountaqa, pour se venger des Kaba, les exila à Kamandapé, près de Nioro.
Kisma, deuxième fils de Fodé Bouyagui, était chef de la famille, lors de l'occupation de Nioro par les Français ( 1 89 1) . Il fut nommé par Archinard chef, cadi et imam officiel de la ville; tous les Soninké furent rappelés et les Toucouleurs expulsés. Kisma a rempli cette triple fonction à notre entière satisfaction. Il est mort en 1907, et a été remplacé comme chef par son neveu Moussa Kaba, et comme cadi-imam par le frère de celui-ci, Mamadou Aïssa.
Le troisième fils de Fodé Bouyagui était Fodé Demba^ qui, par piété pour son maître, un marabout de Niamina, prit son nom : Al-Hadji Mamadou. Il est mort vers 1887.
La génération actuelle comprend deux fils pour chacun des trois fils de Fodé Bouyagui. Les moins importants sont: Alfa Hosseïni et Lassana, fils de Fodé Demba et maître» d'école sans grande importance; Mamadou Sellama, né vers 1880, lettré fort distingué, personnage considéré, écrivain du cercle depuis 1907, et Khalilou Diakité, fils tous deux de Kisma; et enfin et surtout Mamadou Aïssa et Moussa, fils de Fodé Bouyagui.
Mamadou Aïssa, né vers i865, a eu pour mère Aïssa Diarissa. Il a été employé comme écrivain d'arabe au cercle dès 1896. Nommé cadi de Nioro, il fut licencié 'en 1912, mais a conservé ses fonctions d'imam. C'est un homme intelligent, lettré, sympathique et qui nous a rendu les meilleurs services. Il tient une école supérieure, assidûment fréquentée par 20 à 3o élèves, originaires de tous les points du cercle et qui sont la graine de futurs marabouts locaux. Il est l'auteur de deux opuscules arabes, qui ont permis aux administrateurs Adam et Delafosse de rédiger leurs ouvrages : Légendes du pays de Nioro et Traditions historiques et légendaires du Soudan occidental. Tamsir re-
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connu, marabout le plus instruit du cercle, il en est aussi le plus loyaliste et, textes en main, il a su maintes fois nous en donner les preuves. Il est moqaddem tidiani de la Voie omarienne. 11 a dans ce domaine plusieurs compétiteurs : les Silla, dont l'un l'a suppléé comme président du tribunal, et plusieurs Maures de Tichit, dont notamment Chérif Ramallah. Mais son influence sur les Diakité et plusieurs autres familles soninké est à peu près intacte, et elle lui vaut de beaux cadeaux et une fortune très appréciable. Il a deux femmes, toutes deux de Nioro, et plusieurs enfants en bas âge.
Moussa Kaba Diakité, frère aîné de Mamadou Aïssa, est île vers i85o. Il est chef de la ville depuis 1907. C'est un excellent homme, très dévoué, très bon conseiller pour les affaires du Kingui, un peu faible toutefois pour cette population de Nioro, hétéroclite, potinière et frondeuse. Il a fait preuve d'un grand zèle dans les divers recrutements, de 1914 à I9i7,eta donné son fils, le premier, à titre d'exemple. Son neveu maternel, Bakari Silla, caporal, a été tué aux Dardanelles. Moussa a été affilié au Tidianisme par Ahmadou Chékou.
En dehors de ces personnalités, il n'y a guère à citer que quelques marabouts de moindre envergure : a) Fodié Bouma Hamadi, né vers 1847, ^^ ^^^ ^^t mort en 19 17. Allié aux Kaba Diakité et aux Maguiraga, il jouissait d'une véritable influence. Il fut longtemps cadi de quartier, puis cadi intérimaire de la ville, puis assesseur au tribunal de cercle. Intelligent, honnête et dévoué, il était fort instruit, b) Dieïdi Silla, né vers 1878, la personnalité la plus remarquable des Silla, maître d'école en vogue avec 3o à 40 élèves et possesseur d'une belle bibliothèque, c) Fodié Saloum Maguiraga, né vers 1860, disciple de Fodié Dioum Tendigora, de Bakel, étudié ailleurs, et par lui de Mamadou Lamin, l'agitateur sarakoUé. d) Guibrirou Séméga, né vers 1880, assesseur au tribunal de subdivision.
LE SAHEL DE NIORO 2l5